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"Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]
MessageSujet: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Sam 5 Déc - 10:44

J'aurais voulu qu'on l'enterre au pied de la cathédrale, celle qu'on aperçoit au loin, sur la rive Nord. Mais bon, déjà qu'on n'a pas été fichu de trouver un moyen de passer la rivière... Enfin, le fleuve. Alors on s'est résigné à trouver la petite église de Nicolet. Après tout, c'est presque comme s'il n'avait pas quitté OldBridge. Hormis que c'est moins typé comme les Etats-Unis, on a devant nous le même genre de coin paumé duquel on était parti. Et nous aussi, on était près d'un fleuve, enfin de la mer, c'est presque pareil. Les rues sont plutôt dégagées, les maisons solides et espacés, puis il suffit de s'écarter à peine du centre pour voir des champs égayer le paysage, à moitié ensevelis sous la neige. J'ai même vu une supérette encore plus petite que la nôtre, et l'unique boulangerie du coin certainement. Le voisinage laisse un peu à désirer, mais c'est comme partout.

- Ca lui aurait plu d'habiter ici.


J'ai pensé à voix haute. Je crois que ce sont les premiers mots qu'on lâche dans ce silence retentissant, depuis que j'ai éteint ma console et qu'on s'est mis en route. Je ne m'attends pas spécialement à ce qu'Ethan réponde. On a beau avoir trouvé une vieille bâche dans une grange pas loin, il a quand même dû le jeter sur son épaule pour le transporter. C'est juste... Qu'on ne le voit plus là-dessous. C'est plus facile pour faire semblant que le monde ne va pas s'effondrer, c'est tout. Je me contente de le suivre en traînant un peu les pieds. J'ai trouvé deux lattes de bois, dans la même grange, avec de la corde. Je ne me suis jamais amusé à fabriquer une croix, mais ça devrait faire l'affaire. J'ai encore celle qu'il avait en pendentif enroulée autour de mon poignet. Il va falloir que je la lui rende, quand on aura fini.

Je relève la tête pour voir Torby trottiner entre les tombes du cimetière, à l'arrière de l'église. Je ne sais pas pourquoi je me suis imaginé le coin rempli de zombies qui sortaient leurs mains décharnés de terre... Un peu comme les vieux films d'horreur, mais on ne voit rien de tout ça. Les zombies sont aux abonnés absents, parce que ceux qui résident ici sont morts depuis longtemps... Et que personne ne s'attarde dans un cimetière. C'est un silence de mort qui nous accueille, quand on pousse le portail. Les fleurs ont fanées sur les tombes, plus personne ne vient pour les arroser ou les remplacer.

- Tu crois que ça ira ?


Je ne sais pas trop quoi dire. Si ce coin-là fera l'affaire. Si la croix va lui plaire. S'il va arriver à l'enterrer. S'il va tenir le coup... Je m'en veux un peu de ne pas m'en être inquiété avant, mais je ne pouvais pas, je n'y arrivais plus. Je baisse la tête. Je le suis entre les tombes, jusqu'à un coin assez isolé où de l'herbe a poussé avec le temps. Je m'assois à même le sol pour m'occuper de faire une croix décente, avec juste ces quelques bouts de bois et de la ficelle. Est-ce que c'est long, d'enterrer quelqu'un ? J'ai envie de partir d'ici au plus vite. J'essaie tant bien que mal d'occulter cette bâche bleue non loin de moi, qui recouvre mon père. Je ne sais pas comment il fait pour supporter cette vision.

- Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?


Je me mords la joue, après avoir posé cette question. Ca se fait pas de demander ça, mais je crois pas qu'il va vouloir parler. Moi j'ai besoin de parler pour tromper le temps, et pour rompre ce silence de mort qui m'oppresse encore plus que d'habitude. J'en ai besoin pour oublier un temps ce qu'il se passe juste là, sous mes yeux.
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Sam 5 Déc - 16:52


J'ai pas bien réfléchi à la façon dont on va pouvoir faire les choses. A dire vrai, j'ai l'impression d'être totalement anesthésié. Zak semble presque redevenu lui-même mais ce n'est qu'une façade qu'il s'est bricolé et un silence pesant s'est installé entre nous depuis que je lui ai donné ses piles. De toute façon, je vois pas trop ce qu'on pourrait se dire, je m'imagine pas trop être en train de discuter normalement, comme si de rien était. Enfin, si on peut dire qu'il serait normal de discuter avec son petit frère en portant son père emmailloté dans une pauvre bâche.

Il finit pourtant par briser le silenc et quand il me parle des alentours et du fait que p'pa aurait surement aimé vivre ici, je me bricole un sourire avant de souffler, d'un ton aussi léger que possible.

"Je suis pas sûr. Tu te souviens comment il passait son temps à se plaindre dès qu'il commençait à faire froid ? J'avais l'impression qu'on allait mourir de chaud dans la maison tellement il montait le chauffage pour compenser."

Je commence à être un peu à bout de souffle alors que commence à vraiment sentir le poids de mon père sur mon épaule. Je préfère ne pas le dire à haute voix, ça évitera de rappeler à Zak ce que je suis en train de porter. On passe le petit portillon du cimetière et je suis Torby du regard qui n'a pas l'air d'être inquiet le moins du monde. Bon, pas de zombies à l'horizon, c'est plutôt un bon début. Pourvu que ça dure parce que là, je me sentirais pas vraiment de me battre à nouveau. Je sens pourtant le poids de la machette contre ma jambe, que j'ai récupérée sur le corps de p'pa avant de l'enrouler dans la bâche. Je me suis dit qu'on en aurait plus besoin que lui, même si l'idée de le dépouiller m'a franchement déplu. Zak l'a pas vu non plus mais j'ai pris son portefeuille, sans bien savoir pourquoi. Comme si j'allais trouver dedans quelque chose pour me convaincre qu'en fait c'est pas vraiment lui, juste un gars qui lui ressemblait vachement. Enfin, je l'ai pas ouvert, le petit est arrivé auprès de moi à ce moment-là, son regard me rappelant qu'il est encore dangereusement sur la brèche.

Quand il m'interroge, je le fixe, fronçant les sourcils avant de souffler, à mi-voix.

"J'en sais rien."

Je suis même pas sûr de savoir à quoi je réponds et ce qu'il voulait savoir quand il a posé sa question. Parce que je ne sais pas si ça va aller mais en général. Pas besoin d'entrer dans les détails en fait.
Je dépose p'pa aussi délicatement que possible juste sous un arbre et je regarde autour de moi. Y a une pelle plantée sur un monticule de terre, juste à coté d'un trou qu'on a visiblement commencé à creuser. J'oserais, je dirais que c'est parfait même si une part de moi se demande ce qui est arrivé au pauvre gars qui creusait. Mais c'est le genre de trucs qu'il vaut mieux ignorer, parce que c'est encore un coup à retrouver des morceaux du mec un peu partout dans l'église ou un truc dans le genre.

J'attrape alors la poignée et je commence à creuser à mon tour, alors qu'il s'assoit par terre, juste à coté de moi. Je me focalise là-dessus et j'espère que ça me fatiguera suffisamment pour dormir d'un sommeil sans rêve. Mais faut pas rêver, ça risque pas d'arriver. Quand il reprend la parole, je me fige brusquement, la pelle serrée entre les mains, avant de lâcher, secouant la tête.

"T'en as de ces questions quand même."

Je continue de creuser avant de finir par planter la pelle dans la terre, pour souffler un peu et je réponds alors, avec un sourire en coin.

"Si je te disais que oui, tu répondrais quoi ?"

Je peux comprendre qu'il ait besoin de parler. A sa place, je serais pareil. Ce besoin de combler le silence, d'éviter de réfléchir à ce que je suis en train de faire, de se dire que, quand tout ça sera fini, on ne reverra jamais notre père. Mais de là à me demander un truc pareil, y a quand même un lien qui m'échappe. Enfin, s'il y avait que ça qui m'échappait, ça irait bien.
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Dim 6 Déc - 11:49


- Ouais... Je m'en souviens.


J'ai la gorge serrée, d'un coup. Je m'étrangle à moitié en prononçant ses mots, parce que je n'arrive pas à me montrer aussi léger que je le voudrais bien. J'ai les larmes aux yeux rien que de me souvenir de la maison et des parents, parce que j'en ai parfaitement conscience maintenant, ce temps-là est révolu. On ne sera plus jamais ensemble, comme une vraie famille. Et c'est tellement bizarre de se dire qu'Ethan et moi, on partage les mêmes souvenirs, alors qu'on ne les a pas vécu ensemble.

Le silence s'installe à nouveau, pesant. On s'installe au fond du cimetière. Je commence à préparer la croix. C'est seulement deux morceaux de bois à faire tenir ensemble. J'ai pas de clous ou de marteaux, mais je devrais pouvoir m'en sortir avec un peu de ficelle. Je ne regarde plus rien d'autres, parce que je n'ai pas plus envie que ça de voir Ethan creuser la tombe de p'pa, ou de réfléchir à ce qui est caché sous cette bâche. Au moins, on lui a trouvé un petit coin sympa, derrière l'église. Je suis sûr qu'il serait touché de l'attention... Enfin, difficile de savoir, mais j'espère que ça l'aidera à partir en paix. Je m'arrête dans mon geste. Je sens que je vais me remettre à pleurer si je continue de réfléchir à ça. Déjà que je tremble un peu... Et malgré le froid, je retire ma veste pleine de sang, parce que je préfère encore geler que de porter un vêtement maculé de son sang. Ca n'arrête pas de me faire revenir à cette scène, précisément quand Ethan a tiré. Je lâche finalement, sur un ton un peu piteux :

- Tu sais, des fois il se trompait. Il m'appelait Ethan... Et quand ça lui arrivait, ben je me rendais compte que c'était bien parce qu'il me voyait en toi. Je faisais un truc précis qui faisait que... J'en sais rien. Je sais que tu lui manquais, et que je t'en voulais pour ça.


Pourquoi je lui raconte ça ? Ce n'est ni l'endroit, ni le moment. C'est juste... P'pa serait peut-être content de savoir qu'on est tous les deux soudés maintenant ? Autant qu'on peut l'être, parce qu'Ethan reste un étranger pour moi, mais un étranger en qui j'ai appris à faire confiance avec le temps. C'est bizarre de se dire que c'est comme s'il avait toujours été là, maintenant, et que ce sont les parents avec qui ça ne me paraît plus le cas. Ethan n'a pas hésité à tirer quand il le fallait. Je serais certainement mort sinon, je sais que je n'aurais pas bougé. Et, si je lui en ai voulu pour avoir tiré, je me rends compte que je lui dois la vie, que ça a dû lui coûter d'agir ainsi.

Je sors de mes pensées pour poser une question totalement stupide, et déplacée peut-être aussi. J'hausse les épaules quand il m'envoie balader avec mes questions. Comme d'habitude, il esquive et ne répond pas...

C'est moi qui m'arrête finalement dans ce que je faisais alors qu'il me répond finalement, avec ce sourire en coin. Je lui rends un regard ahuri, sans bien comprendre.

- Euh... Sérieusement ?


C'était peut-être pas la réponse à laquelle il s'attendait, ça. Mais il m'a pris de court. Je lui balance, avec un temps de retard :

- Je savais que t'étais un taulard !

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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Mar 8 Déc - 11:45


Impossible de pas entendre son ton de voix quand il me répond et, de ma main libre, je presse doucement son épaule sans faire plus de commentaires. Bien sur que p’pa aurait aimé être là, ne serait-ce que pour passer du temps avec nous. Il aurait probablement ri aux éclats en voyant mon manque de chance karmique de ces dernières semaines, il aurait pensé à des trucs qui nous auraient même pas effleurés mais, surtout, il aurait veillé sur Zak bien mieux que moi, à n’en pas douter.

Si je savais pas pourquoi j’avais décidé d’aller le chercher et de m’occuper de lui jusqu’à ce qu’on retrouve ses parents, maintenant au moins, je me dis que depuis, les choses ont bien changé. Je sais toujours pas ce qu’on va devenir, à dire vrai, je le sais même encore moins qu’avant, mais je peux juste pas le laisser, plus maintenant.
Je commence à creuser, laissant de nouveau le silence s’installer avant de lever les yeux en direction du gamin. Il s’est débarrassé de sa veste et ça je peux le comprendre sans soucis. Je fais d’ailleurs de même, arguant intérieurement que je commence à avoir chaud en creusant, mais c’est surtout pour ne plus sentir cette odeur. Je vois alors dans quel état elle est et je réprime une grimace avant de la balancer plus loin. Plutôt crever de froid que la remettre finalement. Et, vu le peu de fringues qu’on a trouvé ces derniers temps, ça sera peut-être le cas d’ailleurs.

Zak brise une nouvelle fois le silence et ses propos me laissent un brin perplexe. Je le fixe, sourcils froncés, sans bien comprendre pourquoi il me parle de ça justement maintenant. Comme s’il se rendait compte lui aussi qu’il est maintenant trop tard pour dire certaines choses à p’pa alors qu’il faut essayer de compenser d’une façon ou d’une autre. Ou alors ça, c’est juste moi, je saurais pas trop dire. En tout cas, ce gosse réfléchit beaucoup trop pour son bien, il devrait pas avoir à penser à ça. Enfin, y a trop de choses qu’il ne devrait pas avoir en tête à bien y réfléchir.

J’ai un bref soupir et je finis par briser le silence, à mi-voix.

"Tu sais, je me suis toujours dit que je lui manquais pas. Il avait sa famille et j’étais juste une pièce rapportée d’une vie qui n’était plus la sienne, qui en plus faisait des conneries. Et je m’en voulais aussi pour ça. Entre autres. Bref…"

J’ai du mal à imaginer que j’ai pu lui manquer, même l’espace d’une seconde et, à cette pensée, mes mâchoires se contractent. Fais chier. Les choses auraient été bien plus simples à gérer s’il avait un père aussi indigne que moi. J’aurais pas à me trainer toute cette mauvaise conscience qui ne me quittera plus jamais. Et j’ai fait quoi moi pour le remercier ? Ah oui, je l’ai tué. Bien. Parfait. Je baisse les yeux pour voir ma main qui se met à trembler et je prends une profonde inspiration.

Surtout ne pas craquer, pas maintenant en tout cas. Ce serait franchement pas le moment. Plus tard, quand on en aura fini avec ça, que Zak sera en sécurité, là, je pourrais.

Et, alors que mon cerveau commence à se faire des nœuds tout seul, Zak enchaine. Sa question a au moins le mérite de me changer totalement les idées et je retrouve presque mon air habituel quand je lui réponds. A son regard ahuri mon sourire se fait plus large, sans que j’arrive à m’en empêcher. Je sais que le contexte ne s’y prête pas et que je suis probablement en train de péter un câble pour de bon, et pourtant, paradoxalement, ça me fait du bien d’avoir cette discussion totalement improbable.

"Sérieusement. Ca te laisse sur le cul on dirait."

Au reste de ses propos, je ricane carrément et je secoue la tête.

"Et non, je suis toujours pas un ex-taulard. Ca a pas changé depuis la dernière fois où tu l’as demandé. Je te mentirais si je te disais que j’ai pas failli finir en taule à plusieurs reprises mais j’ai toujours réussi à éviter le coup. C’était quand je travaillais pour l’armée il y a quelques années. Je faisais le chauffeur et je m’occupais de la mécanique des colonies de camions qu’on se trimballait. On a pris quelques mauvais coups et une fois, un local qui nous a filé un coup de main a mal fini. Ca nous paraissait normal d’aider sa famille après ça…"

Je sais même pas pourquoi je lui raconte ça. J’attends le moment où il va balancer une vacherie ou dire qu’il me croit pas. Comme d’habitude quoi. Enfin, s’il fait ça, ça veut dire que les choses sont redevenues normales non ?

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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Sam 12 Déc - 12:19

Sa lourde main qui se pose sur mon épaule m'arrache un sursaut, me sortant immédiatement de mes pensées. Je lève le regard vers Ethan, un peu désorienté, parce qu'il reproduit inconsciemment les mêmes gestes que p'pa avait envers moi. C'était sa façon à lui de me communiquer sa force, de me rappeler qu'il était toujours là pour moi. Je me rendais pas compte à quel point ils pouvaient avoir les mêmes gestes et expressions avant maintenant. Je déglutis difficilement, et baisse finalement la tête. J'aurais tellement voulu qu'il soit là.

- Tu sais, c'est con hein ... Même si j'avais trop envie qu'on soit à nouveau tous ensemble, j'avais peur de les revoir, parce que j'étais pas sûr qu'ils aimeraient savoir ce que je suis devenu. Quand j'étais à la maison, j'arrêtais pas de réfléchir au meilleur moyen de leur expliquer ce que j'avais dû faire, puis comment m'excuser pour les bêtes et... Les voisins aussi. Mais maintenant, je donnerais n'importe quoi pour pouvoir lui reparler une dernière fois, et le lui dire... Enfin pas ça, je veux dire... Lui dire qu'on a réussi, jusqu'ici. Ouais, c'est ça.

Torby se presse contre mon flanc. Je lui rends un mince sourire et lui gratte l'arrière du crâne avant de risquer une œillade vers Ethan. Je suis pas sûr d'avoir bien été clair, sur ce que je cherchais à dire, mais peu importe. Je m'atèle vite à monter cette croix, assis en tailleur dans l'herbe. Il décide enfin de briser le silence ... Je marque un temps d'arrêt et fronce les sourcils, un rien incertain, alors que je réalise.

- Et quoi... C'est pour ça que t'étais jamais revenu ? Parce que t'avais peur qu'ils t'aimeraient plus pareil qu'avant ? Ou c'était vraiment à cause de moi, parce que j'étais là ?

J'ai parlé un peu trop vite encore... Ouais, pour moi c'était limpide à l'époque, juste avant qu'il ne débarque à la maison pour me demander de partir avec lui, et ça l'est encore plus maintenant, à la lumière de ses explications. Ethan s'est barré de chez nous peu après ma naissance, et j'ai eu l'impression de grandir avec ce sujet tabou... A se demander à qui appartenait cette chambre vide, à entendre mon père se tromper de nom, puis ce voile dans leurs yeux quand ils en parlaient... Parce qu'ils avaient besoin de me dire que j'avais un frère pour que j'en prenne conscience, et que ça les peinait. Il était jamais là, alors quand il est revenu comme une fleur après des années, j'ai pas été capable d'être content... De me dire, trop bien, j'ai un frère, et même que je l'ai vu en chair et en os ! Non, c'était juste un étranger... Pire, un intrus. La vérité, c'est surtout que je me demandais de plus en plus qui était l'intrus de nous deux, et que c'est certainement pour cette raison que je pouvais pas le blairer et cherchais toujours à le faire passer pour un crétin. J'avais l'impression d'avoir quelque chose à prouver. Et il ne pouvait tout simplement pas refaire irruption dans ma vie comme si tout était normal, comme si on était frère alors qu'on ne l'a jamais été.

Et maintenant ? Maintenant, Ethan, c'est tout ce qu'il me reste. Le monde a commencé à vomir des trucs à moitié mort, mais pas totalement. Et puis, il m'a pris mes parents, mais pas totalement non plus. Seulement, il m'a rendu un frère dont je soupçonnais encore à peine l'existence. Un frère que je ne voulais pas avoir, et qui s'est encore imposé à ma vie... Si bien que maintenant, qu'est-ce que je ferais sans lui ?
Je sens les yeux qui me piquent à nouveau. Je prends une profonde inspiration et repose la croix au sol, dont les deux bouts de lattes semblent enfin tenir ensemble. Je me souviens encore de ce qu'il a dit, quand on est parti tous les deux de la maison... Que quand on retrouverait les parents, il repartirait de son côté, qu'il honorait juste sa dette envers p'pa avant de tracer sa route.

- Dis Ethan, tu... Tu comptes plus t'en aller ? On reste ensemble, hein ?

Je sais, c'est bizarre que ce soit moi qui demande ça alors que j'ai passé ces derniers mois à tenter de le semer, ou de lui faire comprendre que je pouvais très bien me passer de lui et me débrouiller seul. Ouais... Parce que j'avais encore quelque chose à me prouver, justement.
Je tremble. J'ai tellement froid sans ma veste. Je replie mes genoux contre moi et les enlace, pour me tenir chaud. Je continue de le regarder creuser, avec cette expression un peu incertaine, à me dire en boucle... Et après ? Ouais, et après ? C'est toujours cette même question qui demeure, à chaque coup dur, à chaque fois qu'on cherche une solution, parce que tout est provisoire maintenant, et qu'on se contente de joindre les deux bouts en espérant que ça ira mieux. On se raccroche juste à cet espoir, qu'un jour, ça ira mieux. C'est toujours moins pire que la seconde rengaine, à toujours parler de "l'Avant", parce que tout était bien plus simple, "Avant". Tous les adultes le disent, mais j'en suis pas si sûr. C'était simplement différent, et maintenant on vit autrement... Mais eux, ils ont du mal à l'encaisser.

Alors, je dis rien, quand je vois Ethan trembler. Je me dis que c'est simplement le froid, et que bientôt ça ira mieux. Je pose une question débile, parce que c'est toujours ce que je fais quand c'est plus simple de passer à autre chose. Ouais, c'est un rien glauque et déplacé, et je suis vraiment étonné qu'il se donne la peine de me répondre, lui qui préfère toujours les réponses évasives... Comme s'il comptait surtout pas parler de ça avec un gamin.

- Ben ouais, c'est trop bizarre ! Sauf si...

Ouais, sauf s'il a fait la guerre ou je ne sais quoi qui peut s'en rapprocher. Je me tais immédiatement et laisse mourir ma phrase quand il reprend, pour me donner davantage de détails. Je l'observe, avec des grands yeux ronds. Je relève la tête un peu brusquement, et réagis à ses paroles dès qu'il a fini, les questions se bousculant dans ma tête :

- Sérieux ? T'as travaillé pour l'armée pour de vrai ? Mais c'est trop cool ! T'as des plaques militaires comme Dean alors ? Et c'est pour ça que tu connais plein de trucs sur les bagnoles ? Et t'as fait quoi d'autres, juste des convois c'est tout ?

Je grimace un peu. Je m'arrête pour modérer ma curiosité et commence à le regarder avec un air un peu plus soupçonneux.

- Ouais en fait, c'est un peu glauque quand même... Mais je veux dire, c'est dingue, t'as fait des trucs de fou et même pas tu l'as dit, à me laisser croire que t'as juste enchaîné les petits boulots de merde toute ta vie ! Ah ouais en fait... Tu me fais marcher c'est ça ?
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Dim 20 Déc - 12:38


Il sursaute quand je le touche et je suis incapable de savoir pourquoi. S'il aime pas le fait que je pose ma main sur son épaule, si je lui ai fait peur ou si c'est encore totalement autre chose. A dire vrai, je me sens pas de lui poser la question, je me sens pas de faire grand-chose pour être totalement honnête. Quand il lève les yeux vers moi, je le fixe sans rien dire quelques instants avant qu'il ne détourne le regard. Je réprime un soupir et je l'écoute avec attention, ne comprenant que trop bien ce qu'il essaie de dire. Cette putain de fin du monde nous a tous transformés, enfants comme adultes, on est devenus des gens qu'on ne voulait peut-être pas  devenir par la force des choses et parce que c'est ça ou crever, tout bêtement. Mais là, de suite, je vois pas trop comment tourner ça pour pas lui filer encore plus mauvaise conscience.
Pourtant, il serait de bon ton de répondre un truc intelligent là, de suite. Je finis alors par souffler, à mi-voix, un peu perdu dans mes pensées.

"C'est pas con, loin de là. Ils auraient eu peur pour toi je pense mais ils auraient été fiers. Tu t'en sors bien, vachement mieux que bien des gens. Et t'aurais pas eu à t'excuser d'avoir survécu. C'est ce que tu as, tout seul, sans personne pour te dire quoi faire. Moi j'avoue, tu m'as impressionné quand je t'ai récupéré, en voyant comme tu t'en sortais."

C'est peut-être pour ça qu'il m'a agacé aussi vite. Il avait cette insolence de celui qui s'en sort très bien, qui n'avait pas besoin de moi. De mon coté, j'avais cette nécessité de me rendre utile, ce besoin d'enfin faire un truc que p'pa m'avait demandé alors qu'en face, il ne voulait pas du tout. Les choses ont changé, un peu, mais d'un coté, je me dis que ça aurait mieux valu pour tout le monde que ce soit p'pa qui s'en sorte au lieu de moi. Zak' aurait été en bien meilleure compagnie. Mes mâchoires se crispent à cette idée et les propos du gamin ne font qu'en rajouter une couche.

Je mets du temps à lui répondre, comme si les mots ne voulaient pas venir mais, finalement, j'y arrive quand même, bien malgré moi.

"C'est pas que j'avais peur, c'est que j'en étais persuadé. Et que vous étiez tous bien plus heureux sans moi. Je représentais sa vie d'avant, celle où il était malheureux et toi, tu étais son avenir. Pas de raison de venir mettre la merde dans tout ça hein…"

Je suis même pas sûr que mon explication tienne vraiment la route. En fait, maintenant que je le dis à voix haute, ça me parait juste totalement débile. J'ai perdu tellement de trucs en faisant ma tête de mule alors qu'on aurait pu passer de chouettes moments tous ensemble. Mais bon, c'est un peu tard pour ça. Enfin, je peux encore me rattraper avec Zak' même si le contexte aide pas franchement à ce qu'on passe de bons moments.

Le silence se fait de nouveau alors que je creuse et qu'il essaie visiblement de faire une croix. Voilà un truc que p'pa aurait apprécié tiens, c'est bien qu'il y ait pensé, ça nous évitera d'avoir à entrer dans l'église pour trouver un truc approchant et de risquer un tête à tête avec le prêtre devenu zombie. Cette idée a quelque chose de franchement dérangeant quand j'y pense et je me rends compte que je suis en train de doucement mais surement perdre pied. Heureusement, une fois de plus, la voix de Zak' me tire de là.

A sa question je déglutis et je laisse quand même encore filer le silence entre nous. C'est vrai, j'avais dit qu'une fois p'pa retrouvé je reprendrais ma route de mon coté et que je le laisserais enfin tranquille. Mais y a tellement de choses qui ont changé depuis que j'ai dit ça.
Alors je balance, le plus naturellement du monde, essayant de ne pas me focaliser sur cette boule qui pèse de plus en plus lourd dans mon estomac.

"Je sais pas. Tu veux que je reste ? Moi j'en ai envie en tout cas. Je vois pas où je pourrais être à part avec ma famille. Tu crois pas ?"

J'en ai surtout besoin. Si je pars, j'irais où ? Qui est-ce qui me donnera une raison de faire autre chose que de la merde ? Pour une fois, j'ai même pas peur qu'il m'envoie bouler mais je suis quand même content qu'il change de sujet parce que j'ai vaguement l'impression d'être vraiment sur le point de craquer pour de bon.

"Sauf si … ?"

J'ai un sourire qui se fait plus assuré à sa vague de questions. Tiens, j'ai réussi à remettre une pièce dans le jukebox et il a presque l'air d'être redevenu normal, enfin aussi normal que possible quoi. Son air soupçonneux me fait un bien fou en fait, étonnamment, et je commence par hausser les épaules à toutes ses questions.

"Je te l'aurais dit avant tu m'aurais pas cru. J'ai pas de plaques comme Dean non, j'étais pas vraiment militaire mais embauché par une boite privée pour bosser pour eux. C'est pour ça que je m'y connais bien en bagnole. Enfin j'ai aussi bossé dans un garage et j'ai toujours adoré la mécanique. Tu peux me filer une vieille voiture, je pourrais passer des heures à la démonter. Je pourrais te montrer si tu veux un jour."

J'ajoute alors, toujours sur le même ton, comme si on avait une discussion tout à fait normale et que j'étais pas dans un trou que je suis en train de creuser pour notre père.

"Je te fais pas marcher, promis. Mais j'avais l'impression que c'était plus simple pour toi de me croire totalement looser et inutile. Je me trompe ? Je dis pas que j'ai eu une vie vraiment utile ou ce genre de conneries et j'ai fait pas mal de boulots pourris, je l'admets mais j'ai aussi fait des trucs cools. Enfin, pour l'armée, j'ai passé deux ans à convoyer des marchandises, ça m'a suffit pour apprendre pas mal de trucs. Pas trop déçu que j'ai pas fait de la prison pour de vrai alors ? Enfin j'ai déjà dormi en cellule, ça compte ?"

J'aurais pu continuer à bosser avec l'armée en fait mais c'était m'engager dans un truc à long terme. Et ça, bien entendu, c'était tout simplement hors de question pour moi. On est cons jusqu'au bout ou on l'est pas hein. Là, d'un coup, je me dis que j'ai plus du tout envie de creuser ce trou, que j'ai envie de me barrer avec Zak', d'aller me poser dans un café comme celui qu'il y avait chez nous, voire celui-là exactement en fait, et de lui payer un coca, ou un chocolat chaud, ou une énorme glace. Peu importe, un truc normal, qu'on fait entre frères.
Et on pourrait parler, comme si rien de tout ça n'était arrivé. Je sais pas pourquoi mais cette pensée venue de nulle part me fait trembler de plus belle et je me raccroche à ma pelle pour essayer de faire en sorte que ça se voit le moins possible. Le froid, on va dire que c'est le froid.
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Dim 27 Déc - 23:47

J'hoche la tête, en signe d'assentiment. Ca sonne presque comme un compliment, dans la bouche d'Ethan. Et pourtant, quand il s'est pointé dans la baraque et une fois la surprise passée, j'ai eu besoin de me justifier auprès de lui comme s'il était les parents... C'était horrible en plus. J'ai cru qu'il allait pas être content et m'en foutre une ou... Je sais pas trop ce que je m'étais imaginé sur le coup, ça me paraît tellement lointain maintenant. J'arrêtais pas de m'inquiéter des bêtes mortes dehors, de comment expliquer que des mecs les avaient bouffées toutes crues, dans le sens premier du terme, et que j'avais rien pu faire. Maintenant ? On est sur les routes. Je sais très bien qu'on reverra plus jamais la maison, et maintenant je sais aussi que je reverrais plus jamais mon père.

- Je sais pas trop s'ils auraient eu peur pour moi, comme tu le dis, ou peur de moi en fait ... Mais t'as raison. Je sais bien que les choses seront plus jamais pareilles maintenant, je suis pas con. Alors on fait juste comme on peut avec ce que l'on a et puis... Ils ont sans doute dû en faire autant, depuis l'aéroport jusqu'ici, dans ce MacDo miteux... Je voudrais tellement savoir où est m'man, et si elle est... Elle...

Ma gorge m'étrangle, comme si un étau venait de se refermer dessus. Ca fait tellement mal, et les mots refusent de sortir. Si ça continue, je vais me remettre à pleurer, et ça va être encore pire. Je sens le museau de Torby qui me pousse le bras pour loger sa grosse tête contre ma poitrine. Je l'étreins en tremblant et supporte ses léchouilles baveuses sans broncher, jusqu'à ce que ça aille un peu mieux. Il faut juste que j'essaie de penser à autre chose...

- Et... C'est vrai, je t'ai impressionné ? Genre... Même quand je me suis rétamé avec le fusil en main ? J'ai pas trop l'habitude de tirer sur des gens, même pas sur des Zack, je les évitais. Tu sais, c'était plus facile de se glisser discretos et de piquer de la nourriture. Et en vérité, j'avais peur tout seul. Je savais plus quoi faire... Mais j'avais encore plus peur de quitter la ville, parce que je connaissais rien dehors et j'aurais pas su où aller. Et puis, quand j'étais enfermé dans la maison avec ma console, j'avais presque l'impression que la fin du monde était pas arrivée...

Mais elle est arrivée, et impossible de nier l'évidence quand je regarde cette bâche bleue jetée sur le côté. Mon monde s'est effondré. L'avant n'existe plus, et ne reviendra plus. La maison, l'école, les parents, les copains et la ferme à s'occuper... Tout ça n'existe plus. Il ne reste plus que l'après, maintenant. Et l'après, c'est le danger que représente les autres Zack, devoir lutter pour trouver sa bouffe et survivre, mais c'est aussi Ethan. Il existait à peine dans ma vie, et voilà qu'il n'est plus que le seul repère que j'ai.

-  Et maintenant, on est dans un monde parallèle. Parce que c'est lui, la vie d'avant, et toi l'avenir. Et c'est toi qui est venu me sortir de cette merde.

Je reprends exactement les mots qu'il vient d'utiliser, parce que ça me paraît totalement n'importe quoi ce qu'il dit... Je ne suis pas sûr de comprendre où il voulait en venir, mais ce dont je suis sûr, c'est ce qu'il représente maintenant et pas avant pour les parents... Qui sont même pas là pour lui dire s'il a tout faux ou pas. Je sais seulement ce que moi je pense, même si ça me fait bizarre de lui dire comme ça. Je dois débloquer un peu... Un peu beaucoup même. Mais, je sais pas trop... Ce qu'il me dit, c'est comme si subitement, j'avais plus besoin de chercher à faire mes preuves, à lui prouver que je serais pas un poids pour lui et que je sais me débrouiller. Peut-être simplement parce qu'il vient de me dire que je l'ai réellement impressionné, mais plus sûrement parce que, même s'il n'a plus aucune obligation envers p'pa, il compte rester. Ouais, il compte rester pour moi... Et non pour cette promesse. Juste pour moi.

Je cille et me frotte les yeux d'un revers de manche. J'inspire un bon coup et me redresse pour lui faire face.

- C'est trop bizarre, ce que tu dis... T'as passé ton temps à la fuir, et maintenant tu veux rester avec ta famille ?

Je marque un silence et lui rends un sourire hésitant.

- Je vois pas où j'irais non plus. Sans Torby et toi, il me resterait quoi maintenant ? Bien sûr que je veux que tu restes. J'aurais pas posé la question sinon... T'es bête !

C'est plus facile de parler d'autre chose, d'éviter de songer à ce qu'on est en train de faire là, de suite... Même si parler des autres gens qu'il a pu enterrer est tout ce qu'il y a de plus glauque, au moins, ça a le mérite d'éviter de réfléchir à qui on enterre actuellement. Je récupère la croix au sol et l'enfonce au plus droit et plus profond en face de la tombe improvisée. Je m'arrête seulement le temps de tirer le lacet en cuir de sous mon t-shirt, pour révéler la plaque militaire que Dean m'a offert.

- Moi j'en ai une ! Et je suis cadet !


Je la range assez vite, parce que je suis pas sûr qu'il apprécie plus que ça... Il a fait une drôle de tête le premier jour où Dean en a parlé, en y repensant. Pourtant, il devrait bien s'entendre avec les militaires vu qu'il a bossé avec non ?

- Donc en vrai, t'es garagiste ? Et tu sais faire démarrer une voiture sans les clefs, juste avec les fils là, comme dans les jeux vidéos ? Ca, ce serait carrément cool.


S'il sait faire ça... Il a intérêt à m'apprendre comment ! J'aurais bien voulu savoir conduire une voiture aussi, mais je crois que je vais devoir attendre pour ça. Ca fait vraiment chier d'être petit... Au moins, je sais monter à cheval, même s'il y en a plus tellement dans les environs.

Je grimace franchement quand il me confirme qu'il ne me fait pas marcher. Ouais, c'était peut-être plus simple de croire que c'était un looser... Mais je sais pas pourquoi, ça me dérange qu'il pense ça. Je regarde le bas de la croix, un rien gêné pour le coup. C'est vrai que j'ai pas été sympa...

- Mais non ! Enfin si, peut-être... J'en sais rien. C'est juste... J'avais peur que tu me laisses derrière si je me montrais pas utile quoi. Alors ouais, c'était peut-être plus simple de me dire que tu savais rien faire, comme ça, j'étais sûr que t'avais besoin de moi.

Voilà, c'est dit. J'ai l'impression d'avoir avoué une faute que j'ai commise... J'ai simplement cherché à assurer ma place pour pas me retrouver sur le banc de touche. Sans doute la même rengaine, avant même la fin du monde... Parce que j'avais ce même besoin qui revenait sans arrêt quand il se pointait, de chercher à me montrer meilleur que lui. J'avais horreur qu'on nous compare ou nous trouve des similitudes. Oui, dans sa tête, c'était peut-être moi qui lui avait pris sa place, mais dans la mienne, c'était lui qui menaçait de me prendre la mienne. Alors avoir besoin de lui à la fin du monde, c'aurait été comme lui céder une place dans ma vie qu'il n'aurait pas mérité. Maintenant, tout est différent.

Je lui rends un regard en coin. Un sourire fugace me vient. Je secoue négativement la tête avant de reprendre d'un air convaincu :

- Nan, dormir en cellule ça compte pas ! C'est ce que font tous les gentils quand on les accuse à un moment dans l'histoire, mais ils sortent toujours. Il y a que les enfoirés qui vont en taule en vrai !
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Dim 3 Jan - 22:44


Je me demande si les choses n'auraient pas pu mieux se passer si on avait réussi à se parler comme ça dès le début. Si on avait pas commencé à se prendre le bec à la minute même où on s'est retrouvés. Moi parce que je me sentais pas à ma place, lui parce que représentais trop de choses négatives pour lui. Enfin, rien de tout ça ne serait arrivé si je n'avais pas fait la connerie de me barrer quand il était tout môme. Mais ça, je pourrais jamais revenir en arrière de toute façon.

Je comprends ses doutes et les peurs qu'il pouvait avoir rapport à ses parents. J'essaie de le rassurer mais c'est compliqué, surtout avec ce qui vient de se passer. Mais il a l'air de piger ce que j'essaie de lui dire et ça marche à peu près, jusqu'à ce qu'il pense à sa mère. Je peux pas lui mentir et lui dire qu'elle va bien, qu'on va la retrouver parce que, après ce qu'on a vu, ce serait le prendre pour un con et il mérite pas du tout ça.

Je lâche alors, à mi-voix, après lui avoir laissé le temps de se reprendre un peu grâce à l'intervention magique de Torby.

"Tu fais du mieux que tu peux en tout cas. Tout le monde aurait pas tenu le coup comme toi, ne l'oublie jamais. Quoi qu'il arrive."

Je saisis la balle au bond quand il reprend la parole et j'acquiesce, essayant tant bien que mal d'avoir l'air vraiment amusé par ce qu'il raconte. Pour un peu, ce serait le cas en plus, si les circonstances avaient été un peu plus propices. Mais pour l'instant, je fais semblant. Et, à force, on finira tellement par y croire que ça redeviendra réel… non ?

"Mais carrément que tu m'as impressionné. J'ai cru ma dernière heure arrivée et j'ai même pas pensé à me foutre de toi quand tu t'es rétamé, rappelle-toi. Ca veut tout dire non ? Et y a que les débiles qui ont jamais eu peur. T'aurais pu tenir longtemps si je t'avais pas embarqué."

Au reste de ses propos, je garde le silence. Vrai que j'aurais bien aimé moi aussi croire que la fin du monde n'était jamais arrivée et, sans le coup de fil de p'pa, je l'aurais probablement fait un sacré bout de temps. Pourtant, j'ai été en plein dedans dès le départ, contre mon gré bien évidemment.

Quand il me dit que c'est moi qui suit devenu son avenir, autant le dire tout de suite, je ne sais pas quoi répondre. Je pensais pas qu'aussi peu de mots pouvaient autant me toucher, autant me donner enfin l'impression d'être à ma place. Et pour ça, il aura fallu toute cette merde, cette fin du monde, les zacks et même le cadavre de p'pa. Putain, si j'avais pu le comprendre avant.

Je finis quand même par répondre, mon regard se perdant dans le vide.

"Sans toi, y aurait pas d'avenir Zak. Tout simplement."

Je me fous totalement de cette promesse, elle n'a plus lieu d'être. Ce môme est devenu tout ce qui compte, tout ce qui peut avoir un sens. Je suis même pas sûr que je serais parti si on avait retrouvé p'pa en vie en fait. Le fait de devoir m'imposer à lui m'a obligé à assumer enfin quelque chose et je suis même pas sûr qu'il se rend vraiment compte à quel point il m'obligé à changer.

Quand je lui demande s'il veut que je reste, je le vois essuyer ses yeux du revers de la manche. J'ai un sourire malgré moi, presque soulagé qu'il réagisse comme ça. Et, à ses propos, j'ai un bref haussement d'épaules.

"Je suis bizarre, tu le savais pas encore ? Et j'ai plus envie de fuir maintenant que t'es là, va comprendre pourquoi."

Je laisse filer un instant de silence avant de reprendre, toujours sur le même ton.

"Bien. On reste ensemble alors maintenant. Tout le temps."

Le silence qui s'installe est brusquement le bienvenue et je le regarde planter la croix alors que je recommence à creuser doucement mais surement. J'avise alors la médaille et j'ai un large sourire.

"Merde alors, je vais devoir te saluer et tout ?"

Je lui décoche un salut militaire avant de hocher la tête au reste de ses propos.

"Ouais. En fait, c'est hyper simple à faire et je te montrerais si on trouve une voiture qui a encore assez de jus. Ca commence à être un peu tendu, surtout avec le froid. Et si on trouves une automatique pas trop haute, tu pourrais apprendre à conduire aussi… si ça te branche."

Il a l'air brusquement gêné quand je lui demande si c'était pas plus simple pour lui d'être un looser. J'ai un sourire que j'espère rassurant alors que je l'écoute avec attention et je finis par répondre, d'un ton tranquille.

"T'avais pas besoin de faire tout ça. J'ai besoin de toi Zak', bien plus que l'inverse. Et y a encore un tas de trucs que je sais pas faire, tu verras, tu pourras continuer à me pourrir quand t'en auras envie va."

Je lui décoche un clin d'œil avant de continuer, d'un ton amusé.

"Pourtant, je te garantis que les lits en prison, ils sont sacrément pas confortables, même quand t'as trop bu. Donc je trouve que ça devrait compter et ça pourrait augmenter mon charisme de badass ou un truc dans le genre. Surtout que visiblement je suis du coté des gentils alors, c'est ça ?"

Je me rends brusquement compte que j'ai creusé un trou assez profond pour qu'on passe à l'étape suivante. Et là, d'un coup, mon sourire se fane et je déglutis un peu difficilement. Je dépose la pelle juste à coté de Zak' et je m'appuie sur le rebord pour sortir de là. Je me fige quelques instants avant de m'assoir tout près de lui.

"Ce qu'on fait n'est pas facile, je sais. Et je suis désolé que tu sois obligé de vivre tout ça. J'aurais aimé que les choses se passent autrement. Qu'on le retrouve et…"

Ma voix se brise et je le serre contre moi quelques secondes avant de me relever. J'attrape alors les pieds bâchés et je les tire, réalisant brusquement que je suis à bout de force. Il faut que je tienne encore un peu, que je fasse les choses vraiment dans les règles pour une fois. Pour la première fois d'ailleurs. Je reste concentré sur ce que j'ai à faire et j'en arrive presque à oublier, l'espace d'une seconde ce que ça veut dire.

Mais, quand j'entends le bruit sourd du corps de p'pa qui roule au fond du trou, je me fige quelques secondes avant d'essuyer presque rageusement une larme qui coule sur ma  joue. Je dois avoir le visage recouvert de terre maintenant, mais on s'en moque non ? Je lève les yeux en direction de Zak et je reste silencieux alors que, l'espace d'une seconde, je me rends compte que s'il n'avait pas été là, assis tout près de moi, je n'aurais probablement pas eu envie de ressortir de là. Je me serais peut-être allongé à coté de p'pa, en attendant que le froid m'endorme pour de bon ou une connerie du genre.

Je prends une profonde inspiration et je sors à nouveau de ce trou avant d'attraper à nouveau la pelle. C'est consciencieusement que je jette chaque brassée de terre sur le corps sans vie de notre père, sursautant à chaque fois que les gravillons ricochent sur lui.
Au bout d'un moment, ça commence à s'atténuer mais je ne m'arrête pas, jusqu'à ce que la terre recouvre tout. Pour de bon.

Le silence s'est fait tellement pesant que je finis par lâcher, d'une voix rauque.

"Tu veux dire quelques mots ?"

Moi je peux pas, pas tout de suite en tout cas. Je me contente de me laisser tomber par terre et de fixer ce petit monticule de terre.
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Sam 9 Jan - 1:13


Les silences d'Ethan peuvent en dire long. Je commence à comprendre... Je crois que c'est comme ça qu'il exprime ses doutes, en évitant de répondre, de dire ce qu'on s'attendrait à ce qu'il dise. Je l'en remercierais presque, parce que je suis pas vraiment sûr que j'aurais retrouvé contenance s'il commençait à se montrer subitement compatissant. Ca aurait été la goutte de trop, et je crois que ni lui ni moi n'avons envie d'atteindre ce point de rupture. Quelque part, ça s'est déjà produit, quand j'ai subitement réalisé qu'on ne reviendrait pas en arrière et que la fin du monde venait de se produire là, juste sous mes yeux, juste avec un temps de retard... Je croyais que j'irais mieux ensuite, en cédant pour de bon à cette hystérie qui avait déjà contaminée tant de gens, les entraînant vers la mort plus sûrement que les autres Zack, mais en fait... Je crois qu'on ne s'en remet jamais vraiment. Ca reste simplement enfoui là, quelque part, juste sous la surface... Et rien ne dit que ça va tenir, ni combien de temps.

J'hoche la tête vigoureusement en réponse. Ouais, c'est ça. Je fais du mieux que je peux, et j'espère que ça suffira surtout. Même s'il faudrait être con pour pas s'en rendre compte, on doit tous la vie à une bonne dose de chance... Mais bon, à un moment donné, quand on est vraiment mouleux, la chance devient du talent non ?

- Je sais pas... Enfin. On n'est peut-être tous fous, je veux dire, ceux qui sont restés en vie. On s'en rend pas compte quand on est fou, nan ? Donc ça se trouve, on l'est, mais on le sait pas.


Je lui rends un regard extrêmement sérieux, pas parce que je crois que lui est fou, mais parce que je me rends compte que c'est pas le monde qui l'est. Je me suis trompé. Et, est-ce que je le suis ? J'en sais rien. Il y a tellement de choses que je fais qui me paraissent normales maintenant, alors que ça devrait peut-être pas, alors que j'ai vu des adultes rongés par le remord, et que moi, ça m'atteint pas. Je sais pas si c'est parce que je tiens le coup mieux qu'eux ou parce qu'il y a plus rien qui tourne rond, sauf eux... Ceux qui sont morts, parce qu'ils ont pas été capable de s'adapter à temps.

Il arrive à m'arracher l'ombre d'un sourire, peut-être le premier depuis que ce coup de fusil a scellé le sort de p'pa. Je me sens encore nauséeux, comme si je flottais et que rien n'est plus réel, mais je me raccroche à ce qu'il me dit pour chasser cette impression étrange, cotonneuse. Il y a plein de choses qui me font peur, et là, c'est bien de perdre des morceaux d'Ethan ou de Zak bêtement, et pas dans l'estomac d'un autre Zack.

- Ouais... T'y as cru ? Moi j'y croyais pas, de te voir là, et encore moins que je t'avais tiré dessus. Je me souviens m'être repassé le scénario je sais pas combien de fois dans la tête. La carabine sous l'escalier, si on force la porte, je tire et... Et ben on verra bien. C'était vraiment con. Mais les premiers mecs qui sont passés, c'était pas pour venir me chercher, hein. Et je me rappelle très bien du coup de crosse ouais...

Je grimace, rien que d'y repenser. Je devrais éviter de lui dire qu'après ça, j'ai pas arrêté de craindre qu'il me frappe quand je le cherchais un peu trop. Le pire, c'est qu'il l'a jamais refait ensuite, comme s'il se doutait que ça allait empirer le truc, et qu'il était parfaitement conscient que j'avais aussi peur de lui. L'important, c'est que maintenant c'est plus le cas, non ? Bon ok... J'ai toujours un peu peur qu'il arrive à nous tuer tous les deux accidentellement, des fois. Ca reste mieux que tout le temps.

- Ouais mais p'pa me répétait toujours que si on montre sa peur, on la laisse prendre le contrôle sur soi... Donc qu'il faut toujours chercher à l'oublier, juste un peu, juste assez pour qu'elle vous rappelle d'être prudent mais sans montrer que ça vous rend faible. Enfin, quelque chose comme ça...

Je n'ai pas pu m'en empêcher. J'ai regardé vers la bâche, comme s'il était à côté à nous écouter. Je frissonne, malgré moi. C'est d'un glauque de parler de lui comme s'il était pas là, alors qu'il l'est encore en partie. Ca fout les jetons. Je me sens subitement épié, et pas dans le bon sens du terme. Alors quand Ethan fait le silence, je me contente de prier en bougeant seulement les lèvres, à retourner la croix dans ma main comme si ça allait chasser les mauvais esprits. Je relève la tête avec un temps de retard quand il se décide enfin à briser le silence. Je lui souris, cette fois plus franchement, autant que je le peux en ces circonstances. Je sens ma voix un rien enrouée même si je parle avec entrain :

- Ouais ! On reste ensemble maintenant ! Tout le temps.


Je répète ses mots, presque à l'identique, comme une nouvelle promesse qu'on scelle. Une promesse capable de balayer la précédente qu'il aurait pu formuler. Je me sens presque mieux.

- Et tu sais, la normalité c'est surfait, surtout en ce moment ! Les frères Griffin contre le moooonde !


Je me suis relevé dans le même mouvement, même si c'est pour planter la croix. J'oublie un temps où nous sommes et ce qu'on est en train de faire, parce qu'il me parle d'anecdotes comme si on était simplement à se boire un truc à la maison. Je lui rends un regard ébahi quand il me rend un salut militaire. J'aurais peur d'être ridicule à lui rendre après ça...

- Euh ouais, mais pas trop hein... Je suis que Cadet moi. C'est vrai ? Je pourrais vraiment apprendre à conduire ? C'est à la voiture qu'il faudra demander si ça la branche !


J'hausse les épaules, un peu raide, quand il m'assure que j'avais pas besoin d'en faire autant. Va savoir... Ca m'incitait à donner le meilleur de moi-même, donc c'était pas si mal que ça, non ? Même lui le reconnait. J'ai du mal à le fixer alors qu'il me sourit si tranquillement, comme si tout allait bien. C'est pas vraiment vrai.

- Ouais mais... Ah bon ? Ah ouais, pour donner un sens à ta vie ! C'est ça ?


Qu'est-ce qu'on doit répondre à ça ? Il a besoin de moi, sérieusement ? Et plus que moi de lui ? Je comprends vraiment rien, c'est vraiment ça ? Et il y a peut-être plein de trucs qu'il sait pas faire, mais je suis pas sûr de lui apprendre grand-chose moi. Je ne sais plus trop où me mettre d'un coup. J'ai même plus mon sweat pour me planquer les mains dans les poches, la tête sous ma capuche à mordiller le cordon. J'ai intérêt à vite m'en retrouver un autre si je veux pas me sentir dépourvu, et surtout frigorifié. Et pourquoi je pense à ça ? Gamin quoi.


- Nan. Ca plombe un peu ton charisme de badass si t'as fait de la taule juste parce que t'étais totalement déchiré... Oh. Nul quoi ! Mais ouais chez les gentils torturés, ceux qui boivent pour oublier et tout, qui font plein de conneries en se prenant pour des ratés, et après ils sauvent le monde. Moi j'y crois !


L'ambiance se fait bien plus pesante quand Ethan repose enfin la pelle, annonçant ainsi qu'il a fini de creuser le trou. Je me fige et deviens blanc comme un linge, à le regarder remonter et s'assoir à côté de moi comme si c'était un fantôme. Et après ? Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? J'ose à peine jeter un coup d'œil vers la bâche... Et j'ai la gorge bien trop serrée pour arriver à lui répondre quand il se décide à en parler vraiment, de ce que nous sommes en train de faire. Enterrer p'pa.

Je crois que s'il m'avait serré plus longtemps contre lui, j'aurais à nouveau éclaté en larmes. Là, ça a juste eu le temps de me perturber. Et cette voix qu'il prend... J'agrippe Torby un peu trop fort, la main droite enfouie dans son pelage. La brave bête me regarde avec cet air de cocker où perce une certaine inquiétude. Il ne comprend pas ce qu'il se passe ? Tant mieux. J'aimerais bien être à sa place alors.

Je suis Ethan du regard quand il approche la bâche du trou béant qu'il vient de creuser, avant de l'envoyer au fond. Je n'arrive plus à rester accroupi à côté, et me lève comme un ressors pour venir le rejoindre. Je fais semblant de ne pas l'avoir vu pleurer, mais c'était avant de voir ce regard qu'il me porte... Comme p'pa le faisait parfois. C'est exactement le même, après un même silence pesant, et moi qui le rompait à l'embêter en parlant de chiens, de jeux vidéos ou de mes notes en classe, sans même songer qu'il devait penser à quantité de choses sérieuses avant que je débarque. Je le serre dans mes bras et enfouis mon visage contre son torse. Ca m'est venu si spontanément. J'étouffe un sanglot. Je me raccroche à lui encore quelques secondes, avant de me détourner aussi subitement pour faire face à cette tombe qu'il vient de creuser. Je ne m'étais pas rendu compte avant à quel point Ethan était immense en fait. Et p'pa... Il a l'air de rapetissé sous cette bâche bleue.

J'essaie de rester calme, pour ne pas le perturber tandis qu'il recouvre progressivement la tombe de terre. Je sens des larmes couler le long de mes joues et tracer constamment le même sillage à travers la poussière qui me recouvre le visage. Je pleure en silence, et quand Ethan se retourne vers moi pour me demander si j'ai quelques mots à dire, je ne vois qu'à peine la tombe à travers ce rideau humide. J'avais pas promis de ne pas pleurer cette fois, mais j'aurais bien voulu éviter de prendre la parole avec une voix aussi chevrotante.

- Je sais pas quoi te dire p'pa... Parce que t'es le premier enterrement que je fais, tu sais. Je connais pas les textes et tout, mais je te fais une croix au moins. Elle est pas très jolie, mais elle a l'air de tenir à peu près droite. On pourra pas te ramener à la maison, mais nous deux on est là, à tes côtés. C'est comme si tu l'étais en quelques sortes, non ?


Je marque une pause, le temps de prendre une puissante inspiration pour me donner du courage.

- Ethan et moi, on va continuer notre route. On a décidé de suivre la même, et ça, c'est uniquement grâce à toi. T'as réussi à nous réunir. Tu ne le sauras jamais, mais tu nous as sauvé pour ça. On t'aime, p'pa.
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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Mar 12 Jan - 21:53

C'est marrant. Ca fait des mois qu'on se supporte tous les deux et il aura fallu d'un truc comme ça, encore pire que la fin du monde, pour que j'ai enfin l'impression d'avoir à nouveau une famille. Enfin, je suis pas sûr qu'on puisse que c'est marrant. C'est même un peu dramatique en fait mais, au final, ce qui compte, c'est que je me rends vraiment entièrement compte à quel point je suis maintenant prêt à tout pour veiller sur ce môme. Je ne veux pas qu'il ait de nouveau à enterrer quelqu'un, ou alors, je ne veux surtout pas qu'il puisse trouver ça normal. Pour quelqu'un qui a passé toute sa vie à fuir tout ce qui pouvait s'apparenter à de la responsabilité on peut dire que, pour le coup, je me pose là.

Et, pour la première fois depuis des mois, j'ai l'impression qu'on arrive à avoir une vraie discussion, sans qu'il m'attende au tournant en me traitant d'abruti, sans que j'ai envie de lui en coller une. Je laisse pourtant filer de longs silence et, bizarrement, ça me rappelle p'pa quand il prenait toujours le temps de bien peser le pour et le contre avant de décréter quelque chose. C'était le truc qui me rendait complètement fou, surtout quand ça impliquait que je puisse ou non faire ce que je voulais. Je guettais ses réactions, le moindre signe qui m'aiguillerait sur ce qu'il allait dire mais, à chaque fois, il arrivait à me prendre à contre-pied.

Quand Zak' se remet à parler, c'est exactement à ça qu'il me fait penser. Sa mine abominablement sérieuse, son froncement de sourcils qui me rappelle pourtant sa mère et ses propos emplis d'une sagesse venue d'on ne sait où. Enfin si, j'ai une petite idée et je suis probablement en train de la porter  avec difficulté sur mon épaule.

"C'est possible tu sais. Après tout, pour s'en sortir dans un monde qui ne tourne plus long, c'est peut-être ce qu'il faut. Et, au final, est ce que c'est vraiment un problème ?"

J'arrive à le faire sourire, même fugacement et je me dis que tout n'est pas perdu. Pourtant, on évoque un moment pas franchement glorieux, autant pour lui que pour moi. J'ai pourtant un hochement de tête alors que je lui rends son sourire.

"Je te jure que j'y ai cru. Et que j'ai flippé comme pas permis. Bon ok, après, que tu t'envoles a un peu pété le truc mais c'était impressionnant aussi. Désolé pour le coup de crosse en tout cas, je crois que je te l'avais jamais dit. J'ai des sales réflexes quand on me braque avec un fusil."

J'ai une grimace alors que je me tais à nouveau. Vrai que je suis un peu colérique mais j'ai jamais été violent. Enfin si, mais pas gratuitement comme ça. Merde c'est qu'un môme quoi, j'aurais pu grave lui faire mal en fait. Ca va qu'il a la tête dure en fait, sinon ça aurait été sacrément problématique. Je secoue brièvement la tête, chassant cette image totalement débile d'un gamin en train de baver et je reporte mon attention sur lui alors qu'il continue, toujours aussi sérieux.

"Ouais, j'me rappelle. Il me disait ça quand je voulais pas dormir tout seul parce que j'étais persuadé qu'il y avait un monstre dans ma chambre. Qui s'est avéré être un pauvre mulot qui se baladait dans les murs. Il m'a obligé à l'affronter moi-même, lampe de poche à la main pour que je comprenne."

Je le vois frissonner alors qu'il jette un regard à la bâche mais j'y peux pas grand-chose. Ca ira mieux, plus tard. Quand on aura fini ça, quand on sera rentrés et qu'on essaiera à nouveau d'avancer. Mais là, de suite, c'est pas terrible. Je finis par lui demander s'il veut qu'on reste ensemble. Enfin, c'est lui qui demande mais, dans le fond, on a besoin de le savoir tous les deux.

Et à sa réponse, je me bricole un sourire, le cœur serré à voir son sourire et son ton assuré.

"Toujours ouais."

Par contre, impossible de ne pas lâcher un rire au reste de ses propos.

"Les frères Griffin contre le monde. Ca me plait ça. A deux, personne pourra rien faire contre nous, tu crois pas ?"

Et je le vois se relever d'un bond, comme s'il retrouvait son entrain habituel. Bon, ça ne dure pas mais là encore, ça me rassure. Alors, plutôt que de continuer à sombrer dans la guimauve, je préfère embrayer sur des sujets un peu plus légers, lui raconter des anecdotes sur mes expériences avec l'armée. Je vais éviter de tout lui raconter quand même, ce serait un peu glauque vu le contexte mais ce que je lui dis l'amuse, c'est déjà ça de pris. Quand je lui parle de conduire, sa réaction m'arrache un sourire.

"Ouaip, tu pourras. Faudra juste qu'on se débrouille pour pas que ça attire tous les zacks du coin. Mais on trouvera. Et on va éviter de faire ça sous la neige, la conduite sur glace c'est marrant cinq minutes."

J'ai un clin d'œil avant de reprendre et de me faire bien plus sérieux. Je sais pas trop pourquoi je lui balance tout ça, comme sans même chercher à arrondir les angles, à enrober le truc. J'ai un haussement d'épaules à sa réplique et je souffle, d'un ton tranquille.

"Ouais, donner un sens à ma vie. Un truc dans le genre."

Je rajoute rien, il a l'air déjà assez gêné comme ça. Il est presque attendrissant à mâchonner son capuchon mais je vais éviter de lui dire, je suis pas sûr qu'il s'en remette. J'enchaine alors, ricanant quand il parle de mon charisme de badass.

"Donc là, j'ai passé le stade de raté et je vais sauver le monde ? Putain, y a du boulot et avec ma chance, va falloir que tu m'aides à déglinguer du zack hein."

Je me concentre alors sur ce que j'ai à faire et, une fois le trou assez grand, je galère aussi bien physiquement que moralement à amener le corps de p'pa où il doit reposer. J'essaie de me répéter que ce n'est plus vraiment lui, que c'est juste une putain d'enveloppe charnelle et que son esprit est parmi nous pour toujours. Ce genre de foutaises qu'il répétait quand on allait sur la tombe de m'man. Mais j'ai jamais réussi à le croire. Et j'ai pas l'impression que ça s'arrangera.

Et, alors que j'ai l'impression que je vais craquer pour de bon, c'est le moment que choisit le môme pour se serrer contre moi. Je me raccroche à lui quelques secondes sans rien dire, autant qu'il se raccroche à moi et je le laisse aller tout aussi spontanément quand il décide de rompre le contact.

Je jette alors une première pelletée, et puis une autre. Et encore une autre. J'ai l'impression que ça n'en finira jamais, qu'il ne pourra jamais reposer en paix. Quand j'ai fini, je me rends compte que je suis incapable de parler mais qu'on peut pas rester comme ça. Alors, je me tourne vers le gamin, qui s'y colle.

Je garde le silence alors que je pose doucement mes deux mains sur les épaules de Zak, autant pour lui montrer que je suis là que pour me rassurer aussi, me raccrocher à lui comme un naufragé. Ses paroles me touchent, encore plus que je ne l'aurais cru et, quand il finit de parler, je me rends compte que j'ai la gorge trop nouée pour dire quoi que ce soit. Pourtant, il faut que je le fasse, je peux pas lui dire adieu comme ça.

Alors, sans même y réfléchir, je commence à souffler doucement, me rappelant de sa voix quand il récitait ce psaume.

"Le Seigneur est mon berger,
je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre,
il me conduit par le juste chemin
pour l'honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis,
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m'accompagnent
tous les jours de ma vie,
j'habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.
"

Je m'arrête alors à nouveau alors que j'effleure le sommet du crâne de Zak'. Je soupire et je reprends une inspiration avant de reprendre, toujours sur le même ton.

"Je veillerais sur lui, c'est promis. Aussi longtemps que je pourrais. Merci papa. Pour tout."

En fait, si, il est peut-être finalement avec nous pour de bon. Tant qu'on restera tous les deux, il sera là. Je presse alors doucement les épaules de Zak pour qu'il me regarde et je souffle, avec un sourire.

"Tu sais que je t'aime gamin."

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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   Dim 17 Jan - 19:07


J'hausse les épaules, quand Ethan me répond. C'est sûr, si le monde ne tourne plus rond, c'est plus la peine que ça tourne rond là-haut aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais l'entendre me dire ça... Ca me fait du bien. C'est comme s'il disait qu'on doit accepter les choses comme elles viennent, que c'est bien moins grave que je le croyais, et que c'est même bien de changer avec le monde. P'pa n'est plus là pour que la question vaille encore la peine de se la poser, mais Ethan, lui, ça le dérange pas ce que je suis devenu, et ce qu'on peut devenir. Qu'est-ce qui importe vraiment encore, en dehors de faire ce qu'il faut pour rester en vie, et qu'on reste tous les trois ensemble, avec Torby ?

- Nan, t'as raison. C'est pas un problème...


Je lui rends un pâle sourire, peu convaincu, mais un sourire quand même. On évoque le passé, mais étrangement, dans une situation pareille, on ne parle pas de ce qui s'est passé avant... On parle de notre passé à nous, celui qui a débuté quand le monde a changé. Je suis dans un autre monde, en fait. Les parents ne sont plus là, mais Ethan l'est. Tout est différent, pas pire selon moi. Seulement... Différent.

- Je crois... Enfin j'imagine que je l'avais un peu mérité, j'aurais pu te tuer mais... J'ai plus vraiment peur que ça se reproduise maintenant. C'est l'essentiel, hein ?

J'aurais sans doute encore à tirer sur des gens, ou des gens qui ne le sont plus, dans la situation actuelle. Je pense que je suis déjà prêt à ce genre d'éventualités, rien que parce que j'ai pris le flingue de p'pa en main comme un vieil automatisme. Je crois avoir visé Ethan avec... Je suis même plus sûr en fait. Seulement, j'ai pas tiré cette fois. J'en avais pas l'envie, même si cette vision cauchemardesque d'Ethan qui explose la tête de p'pa alors qu'il allait me bouffer... Elle va continuer encore longtemps d'hanter mes nuits.

C'est marrant parce que, sans qu'on se soit connu avant, on a un peu les mêmes souvenirs. Son histoire de mulot qui se balade dans les murs me le prouve encore. J'hoche lentement la tête, sans rien répondre. J'ai encore la gorge serrée, rien que d'y penser. C'est pas trop le moment pour moi. Est-ce qu'un jour j'arriverais à en parler sans avoir envie de pleurer ? Je sais pas trop. C'est plus facile de penser à nous, ce nouveau nous.

- A nous trois ! Il y a Torby oublie pas ! Mais carrément que ouais.


Le berger allemand étouffe un aboiement, nous regardant tour à tour avec cet air parfaitement... Canin. La langue qui pend, les oreilles pointées en avant, attentif. Ouais, il a bien compris qu'on parlait aussi de lui. Je lui gratte la tête en passant, quand je me lève pour fixer la croix. On part sur des sujets plus légers, l'espace d'un instant, comme si on voulait oublier ce que le monde nous force à faire dans l'immédiat. C'est mieux de m'imaginer au volant d'une bagnole que d'observer cette bâche bleue.

- Ca va être trop cool.


Je le dis avec moins d'entrain que voulu, mais je pense qu'il comprendra. Par contre, il me perd pour de bon à me dire qu'il a besoin de moi. Okay... Je crois que je lui redemanderais quand j'aurais les idées plus claires, pour le moment ça sonne bizarre dans ma tête. On a beau passer notre temps ensemble, sans arrêt, depuis qu'il est venu me chercher à la maison... On n'a pas vraiment appris à se connaître avant aujourd'hui. Je me dis qu'il va quand même nous falloir du temps, même si les choses s'améliorent.

- Pas de prob' ! Tous les héros ont une team pour les épauler, tu sais.


Les choses deviennent bien plus compliquées, pour lui comme pour moi, quand on se rend tous les deux compte qu'il a fini de creuser et qu'il va falloir passer à la suite. Je ne sais pas qui a le plus besoin de courage pour ça, entre nous deux. J'ai pris le temps de pleurer, moi. C'est peut-être pour ça que j'arrive à parler en premier, même si je ne reconnais pas ma voix et que je dois trembler comme une feuille morte. Je me sens super mal, mais on s'en fout dans l'immédiat. C'est pour P'pa que je fais ça. Et je sais très bien aussi qu'on ne pourra pas se recueillir sur sa tombe comme tous les gens normaux. C'est peut-être pour ça que je garde son pendentif en croix plutôt que de le laisser accroché à cette croix. S'il a vraiment quitté cette enveloppe-là pour rejoindre un monde meilleur, alors il pourra m'entendre peu importe où il sera. J'espère que c'est vrai... Et qu'il repose en paix.

Je sens les deux mains d'Ethan reposer sur mes épaules, et me donner assez de courage pour ne pas m'effondrer. Je laisse couler quelques larmes, en silence, alors qu'il récite cette prière qui m'est très familière, mais dont j'étais incapable de me rappeler sur le coup. Je serre la croix dans ma main et l'accompagne dans sa récitation, après un temps de retard.

Je relève la tête vers lui quand il me presse les épaules pour attirer mon attention. Je crois que les larmes ont tracé des sillages dans la saleté qui me recouvrait le visage. J'ai envie de me remettre à pleurer autant que de lui sourire en retour quand je l'entends me souffler juste ces quelques mots, pourtant lourds de sens. Je dois faire une grimace bizarre entre les deux alors que je lui réponds d'une voix étranglée :

- Ouais. Moi aussi frangin.

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MessageSujet: Re: "Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]   

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"Hey, Ethan... T'as déjà enterré quelqu'un ?" [Livre I - Terminé]
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