AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
[Terminé ] Just breathe...
MessageSujet: [Terminé ] Just breathe...    Lun 18 Jan - 12:10

Il faut absolument que je prenne l’air. Que je sorte d’ici, même si, pour l’heure, je n’ai nulle part où aller. Je ne peux plus rentrer chez moi depuis des jours déjà et j’ai du m’habituer à leur présence. Fréquenter des humains est devenu bien plus compliqué que je ne l’aurais cru. Des semaines, des mois même, de solitude donnent des habitudes pour le moins particulières.

Et ce, sans compter la présence des zombies qui rajoutent une petite touche pour le moins amusante dans ce qui s’apparente à un nouvel enfer sur terre. Et encore, je trouve que je sous-estime largement la situation.

Certes, prendre l’air et me retrouver seule n’est pas uniquement mon but, autant être tout à fait honnête avec moi-même. Il faut aussi que je trouve de quoi boire et surtout, un endroit où le faire en paix. Les stocks du restaurant sont ma foi bien minces et j’ai réussi à planquer quelques trucs mais l’idée de devoir me sevrer brutalement et dans un contexte aussi peu propice n’est pas franchement à mon goût, même s’il semblerait que je doive m’assoir sur une clinique de luxe en Suisse, où je serais choyée et dorlotée. De toute façon, même avant que toutes ces catastrophes n’arrivent, c’était tout de même plutôt compromis.

Alors, je suis sortie ce matin, le jour à peine levé, emmitouflée dans une veste dont l’odeur de naphtaline me fait penser qu’elle n’a pas été portée depuis longtemps ou que, pire encore, son propriétaire est mort depuis un temps certain. Je n’ai malheureusement pas pu profiter de la garde-robe maternelle. Outre le fait qu’elle a été pillée par je ne sais qui, elle était bien trop petite pour que j’en aie un réel usage.

Je frissonne sous l’effet du froid alors que je déambule dans les rues désertées par tous, même les zombies. J’ai les mains qui tremblent mais je mets ça sur le compte de la température, ce sera nettement plus simple à gérer que de chercher une autre explication qui aurait tendance à me mettre dans l’embarras. Le silence pourrait presque passer pour assourdissant si, d’un coup, je ne sentais pas une présence derrière moi. Je ne me retourne pas immédiatement. A dire vrai, j’ai toujours l’impression d’être suivie, depuis que je suis partie de New-York et ça n’a pas toujours été le cas. Ca l’est même rarement à dire vrai mais ça ne m’empêche pas de me sentir épiée à chaque pas que je peux faire, que ce soit par les vivants ou par les morts.

Mais le bruit que j’entends ne peux pas être uniquement dû à mon imagination alors je finis par me retourner, mon pauvre tisonnier à la main, avant de pousser un soupir de soulagement. Bon, je ne le suis pas totalement, soulagée par ce que je vois j’entends,  mais c’est déjà mieux de tomber sur cet homme que sur n’importe qui d’autre. Je le suppose en tout cas. Je me bricole un sourire que j’essaie de rendre avenant, même si c’est devenu un exercice particulièrement difficile après des mois de solitude et je lâche, d’un ton léger.

"Et bien Philippe, je ne m’attendais pas à vous trouver dans les parages. J’espère que je ne vous ai pas réveillé en sortant tout à l’heure."

J’ai une moue, me demandant s’il n’était pas en train de me surveiller, s’il ne cherche pas à savoir ce que je vais faire et, si c’est le cas, ce que je vais bien pouvoir inventer pour qu’il ne se méfie pas encore plus de moi. Enfin, je ne sais même pas s’il se méfie vraiment mais, à sa place, c’est ce que je ferais en tout cas. C’est ce que je fais même plutôt, pour être parfaitement honnête.
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Mer 27 Jan - 22:21

En arrivant aux Ormeaux, dans ce petit village de la rive sud du Saint Laurent, nous y avions découvert plusieurs choses. La première et la plus évidente, était que nous n'avions les moyens ni logistiques ni humains pour franchir le grand pont par dessus le fleuve. Il nous aurait fallu des vivres, plus de munitions, un véhicule solide en état de marche, capable d'emmener de nombreuses personnes. Mais nous n'avions rien de tout ça. La seconde chose que nous avions découverte, tout aussi évidente que la première en fait, était que les secours ne nous attendaient pas à Trois Rivières. La zone était aussi déserte de soldats, de policiers et de pompiers que tout le reste du pays que nous venions de traverser. Autant dire que nous n'avions pas fait bonne chair, sachant que l'endroit avait de toute évidence déjà été pillé. La dernière découverte avait été de nous rendre compte qu'on n'était pas seul dans le coin. Des contaminés, oui, c'était évident. Nous en avions tué ou chassé plusieurs en arrivant dans la petite bourgade. Mais aussi des vivants. Un type à moitié fou et son frère. Et cette toubib canadienne ou américaine, je ne savais jamais, qui était bien comme tous ces gens friqués de quand il y avait de l'argent qui circulait ; propre sur elle, tout miel et pourtant, on le voyait bien dans sa manière de nous regarder, pas vraiment du même monde. Pas du tout.


Je me demande ce que cette nénette peut apporter au groupe. Jusqu'à maintenant, elle a surtout rafistolé les bobos. Mais on n'avait plus vraiment de bouffe depuis longtemps et jour après jour, nous étions en train de crever de faim. Autant le dire que ça n'avait rien d'agréable.


Quand elle sortit, je la suivis. Nous créchions dans le restaurant du village, qui faisait aussi hotel la nuit. Un espèce d'endroit vaguement accueillant comme nous en avions connu plein sur la route. Rien d'exceptionnel, mais nous étions tout de même au chaud alors que les températures dehors descendaient bien en dessous de zéro. Je me méfie d'elle. Comme de tous les autres. Alors comme je dors en bas et que j'entends quelqu'un se lever, je ne fais pas un geste pendant un moment... Et sitôt la personne partie, je termine de me préparer et sors à mon tour. Je jure dans ma barbe désormais fournie alors que mes pieds s'enfoncent dans la poudreuse tombée pendant la nuit. Je suis la femme parce qu'elle a un truc qui me met pas à l'aise, un truc qui titille mon instinct de flic. Elle n'est pas ce qu'il y paraît. Et puis son histoire... Je progresse, fusil coincé entre les bras et mains plaquées sous les aisselles pour garder le plus de chaud contre moi. Je me demande où elle va, et pourquoi elle y va toute seule. Je finis par me faire repérer, au bout d'un moment où je relâche ma garde, car j'ai enfin l'intime conviction qu'elle ne bosse pas pour quelqu'un d'autre qu'elle même. Alors pourquoi dehors ? J'allais le lui demander, lui rendant un sourire de l'acabit du sien.



| Bonjour, Anna. Eh bien, si en fait. J'ai un peu tendance à me comporter en mère-poule, mais que quelqu'un s'en aille sans prévenir personne dans le froid et sans arme digne de ce nom m'inquiète. QU'est ce que vous alliez faire dehors, toute seule ? C'est dangereux. Vraiment. |

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Jeu 11 Fév - 11:33

Philippe a été la première personne que j’ai croisée depuis des mois et qui ne m’a pas effrayée au point de rester cloitrée dans un coin en attendant de le voir disparaitre. Enfin, il m’a fait peur, comme le monde entier à présent, je ne vais pas me leurrer, mais c’est probablement le fait qu’il ait été blessé et surtout accompagné de sa fille qui m’a aidé à surpasser cette peur qui commençait à devenir totalement irraisonnée.

Nous n’avons pour autant pas vraiment fait connaissance, nous contentant d’essayer de tenir bon pour le moment à défaut d’autre chose. L’idée d’une soirée au coin du feu à discuter me parait tellement improbable que je n’ai même pas songé que qui que ce soit pouvait voir les choses autrement. Et puis, à part connaitre les grandes lignes de mes raisons ici, pourquoi en savoir plus ? Rien de ce qui a pu se passer avant n’a désormais d’importance  et surtout, inutile de juger les gens sur ce qui est arrivé avant que les zombies décident de décimer la planète entière ou presque. En tout cas, j’essaie de m’en persuader et, la plupart du temps, c’est efficace.

Et voilà qu’il me suit, la mine décidée qui plus est et nullement gêné par le fait que je le découvre. Enfin, il n’a pas non plus cherché à se cacher, c’est déjà une bonne chose. Je ne l’aurais probablement pas vu s’il l’avait fait, tant j’ai du mal à distinguer ce qui peut être le fruit de mon imagination ou la réalité. Et puis, autant être honnête, je ne suis pas très douée pour ce genre de choses.
Quand il me répond, j’ai un bref haussement d’épaules avant de rétorquer, le plus naturellement du monde.

"J’ai passé l’âge depuis longtemps d’avoir une mère poule qui surveille mes faits et gestes vous savez. Et encore plus maintenant que j’ai pris l’habitude de veiller sur moi toute seule depuis plusieurs mois déjà."

Je ne m’en suis pas si mal sortie non ? Malgré mon arme qu’il juge peu efficace et qui n’en est pas vraiment une, autant être réaliste. J’ai réussi à survivre alors que le monde entier semble être en train de se décimer. Alors oui, j’étais terrée chez moi, je n’ai pas eu à vivre ce que bien des gens ont eu à supporter mais peu importe, j’ai tenu bon, plus ou moins bien.

Je reprends, toujours sur le même ton.

"Je suppose que je devrais m’excuser pour vous avoir réveillé alors. Ce n’était vraiment pas la peine de vous déplacer pour moi, vous avez déjà largement de quoi vous inquiéter avec Chloé. Je sais que le monde est dangereux, vous pensez que je serais toujours en vie si je ne l’avais pas compris ?"

Mon sourire s’est fait amusé alors que je me décide à reprendre ma marche. Qu’il me suive ou non m’importe peu et, de toute façon, je sais qu’il le fera. A voir sa mine, c’est définitif, il n’a manifestement pas confiance en moi et à il est guère possible de lui en vouloir. A dire vrai, mis à part le fait de les avoir soignés quand ils sont arrivés ici, il n’y a rien que j’ai pu dire ou faire qui pourrait le faire penser différemment de toute façon.

"A votre avis, que pourrais-je être en train de faire dehors ? Prendre l’air, profiter du calme des alentours ? Vous savez que l’endroit était réputé à une époque et particulièrement touristique ? C’est fou comme les choses ont changé n’est ce pas ?"

Evidemment, je ne vais pas lui répondre vraiment sur mes intentions de sortie. Je ne suis pas sure qu’il appréciait que je ne rêve que d’une chose, trouver de quoi m’enivrer suffisamment pour oublier le monde aux alentours. Ou alors, à défaut, pour être sûre de ne pas me mettre à trembler quand le manque se fera trop important. Pour l’heure, je maitrise encore parfaitement la situation, mais impossible de savoir combien de temps ça va durer.
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Mar 16 Fév - 19:00

Je me rends compte que je ne suis pas le plus discret du monde. Au temps pour cette foutue neige. Elle crisse à chacun de nos pas et si on peut assez facilement trouver des manières de rendre la chose moins foutue compliquée, mais quoiqu'il en soit mon sens naturel de la discrétion en prend un sacré coup. Non, non, je n'exagère absolument pas, on est d'accord. Mais c'est la merde. Et les zombies qui ne gèlent toujours pas... Même si, il fallait le reconnaître, ils étaient tout de même carrément moins actifs que d'ordinaire. J'avais l'impression qu'on en voyait moins, aussi. C'était peut être le signe que Dieu était enfin en train de se bouger le cul, ou que le virus faiblissait, ou qu'on avait tué assez de ces choses. J'en savais rien, bordel de merde, et ça me gonflait un peu je ne le cachais pas. J'ai l'impression en tous cas de faire un raffût de tous les fiables, sans compter que je manque de me casser la gueule une paire de fois. Les rangers, c'est bien. Mais ça agrippe pas super bien le sol gelé. Mieux que des convers' on est d'accord, mais il n'en reste pas moins que je suis toujours dans la merde pour tenir debout. J'ai l'impression que le poids de mon équipement m'aide, tant que je ne fais pas de mouvement brusque. Quoiqu'il en soit, je négocie un peu mal mon approche et je suis repéré. Damned. Je vais avoir l'air d'un con et j'ai le choix entre dire la vérité ou balancer un bon gros mensonge éhonté. Allez chercher ce que je devais répondre maintenant, on prend les paris ?


Ok, je balance une vérité, une demie vérité, et un pure mensonge. En deux phrases. Record absolu ! La canadienne me dit qu'elle a passé l'âge d'avoir quelqu'un pour la protéger. Je me demandais si elle avait vraiment conscience de la connerie qu'elle venait de balancer. Je n'en avais pas forcément l'impression... Je sens aussi le mensonge à trois kilomètres, oublions pas que j'ai interrogé des centaines de personnes en vingt ans de métier. Alors franchement, les petites bourgeoises qui se la racontent...



| Vous êtes sûre de vous ? Je n'ai pas eu l'impression que ça allait super fort pour vous, quand on s'est rencontrés. Je juge pas, vous devez effectivement être une dure à cuire pour avoir survécu seule un bon moment. Mais on est plus costauds en se serrant les coudes au minimum, pas vrai? |


Sinon, je me demandais vraiment ce qu'elle foutait encore avec nous, si elle pensait ça. Et voilà qu'elle suppose devoir s'excuser. J'ai bien du mal à ravaler mon ironie, alors je décide de pas la ravaler du tout.


| Je pense bien que vous l'avez compris. Ce qui vous a échappé peut être, c'est que maintenant vous n'êtes plus seule. Si vous disparaissez sans rien dire, on peut être amenés à s'inquiéter de ce qui vous est arrivé ou de ce que vous faites. Le mieux c'est encore de prévenir, même si on n'attend pas à ce qu'on nous demande l'autorisation de sortir. Juste de savoir où vous êtes. Pour vous aider, le cas échéant. Et si on peut pas vous aider, on peut être amené par ces saloperies qui rôdent à fuir l'endroit, donc si on sait pas où vous retrouver, vous allez vous retrouver à vous branler dans un coin en attendant la mort. |


ok, c'était brut de décoffrage mais quand même pas si éloigné de la vérité, n'est-ce pas ? La fille réembraie sur sa motivation à être sortie en utilisant tout d'abord un ton qui me ravit pas tellement, vous l'imaginerez aisément, tout en délicatesse comme d'habitude. Elle me parle de ce qu'était ce coin avant la Grande Panique, des touristes et tout ça. Je hausse les épaules.


| J'imagine que c'est pas pire que nous regarder nous-même dans un miroir, Anna. Vous étiez toubib, j'étais flic. Maintenant on n'est plus que des pouilleux crasseux qui sont renvoyés à l'âge de Pierre. |

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Mer 24 Fév - 22:51

Je n'arrive pas encore à me décider si je suis agacée ou non d'avoir été suivie par Philippe. Une part de moi veut qu'on la laisse en paix, pour continuer à vivre comme je l'entends sans avoir de compte à rendre à personne et une autre, que je me refuse encore d'écouter réellement, est tout simplement soulagée de voir que quelqu'un se soucie à nouveau de moi, suffisamment en tout cas pour ne pas me laisser mourir dans la neige ou que sais-je quelle autre mort atroce ce nouveau monde pourrait me réserver. Pour autant, je sais pertinemment qu'il s'agit plus de la survie du groupe que de la mienne à proprement parler, il faudrait être stupide pour ne pas m'en rendre compte, surtout que je n'ai tissé des liens avec personne, me gardant bien de leur donner plus de détails que le strict nécessaire.

Alors je me contente pour le moment de l'interroger sur les raisons de sa présence ici, tout comme il le fait avec moi, occultant ces pensées qui sont plus dérangeantes qu'autre chose soit dit en passant. Elles impliquent pour moi un changement de comportement pour lequel je ne suis pas prête, pas aujourd'hui, pas avec tout ce qui a pu se passer et je ne veux pas y réfléchir dans l'immédiat.
Je l'observe avec une curiosité non dissimulée alors qu'il rétorque avec ce qui ressemble à une franchise qui aurait fait grincer bien des dents dans mon entourage et, sans bien savoir pourquoi, je rétorque, la mine pensive.

"Je ne suis plus sûre de rien. Et ce depuis longtemps, bien avant que le premier zombie ne décide qu'il était temps de décimer toute la population. Si l'on peut dire qu'il ait réellement décidé de ce genre de choses. Enfin, peu importe. Ca n'allait pas fort non. Et ça ne va toujours pas, ce serait mentir que de vous affirmer le contraire. Et vous avez l'air d'être doué dans l'art de percer le mensonge sans trop de difficulté, je me trompe ?"

Mais j'ai tenu bon jusque là, c'est vrai aussi. Je n'ai pourtant pas envie de mettre ça en avant, sans bien arriver à savoir pourquoi. Peut-être parce que cette survie tient du miracle et surtout, parce que sa façon de parler d'être plus forts en se serrant les coudes sonne faux à mes oreilles, sans bien que je sache pourquoi. C'est probablement parce que c'est exactement ce que j'ai besoin d'entendre, que ça tombe un peu trop à point nommé à un moment où j'ai l'impression que les derniers débris de ma vie explosent les uns après les autres.

Et puis, je laisse filer un rire au reste de ses propos, sans bien savoir pourquoi. Une part de moi, celle qui commence doucement mais surement à mourir, l'ancienne Anna, aurait probablement été outrée et aurait pris une mine choquée qui aurait été parfaite en d'autres circonstances. Mais là, je ris. Il a pointé du doigt ce que je pensais de ma présence dans le petit groupe sans le moindre scrupule ni prendre de gants, voilà qui au moins a le mérite d'être clair.

"Vous avez un sens de la formule pour le moins intéressant vous savez ? J'ai effectivement encore du mal à me faire à l'idée que je ne suis plus seule même si je ne comptais pas m'esquiver pour… et bien faire ce que vous dites si élégamment."

Je le fixe quelques instants avant de reprendre, un peu plus sérieusement et d'un ton un peu plus abrupte qui ne me ressemble guère en temps normal.

"Pourquoi auriez-vous envie de m'aider ?"

Je ne sais pas pourquoi je demande ça et encore moins s'il va me répondre autre chose qu'une énième évidence. Parce que nous sommes les derniers humains vivants ou me répéter encore qu'il faut s'entraider, ce genre de choses qui ne me touche pas sans que j'arrive à saisir pourquoi. J'étais médecin après tout, je devrais me soucier de l'humanité ou de ce qu'il en reste non ?

Mon regard se perd dans le vague alors qu'il continue de parler et je finis par reprendre, pensive.

"Je ne me suis plus regardée dans un miroir depuis longtemps. Très longtemps. Je l'ai fait une fois, quand des gens que j'ai croisés ont eu l'air d'avoir plus peur de moi que des zombies qui les pourchassaient. Et j'ai beaucoup de mal à l'idée d'avoir été renvoyée à l'âge de pierre."

Je manque de rajouter que je ne sais ni quoi faire ni comment réagir mais ce serait pousser la confession un peu trop loin. Et j'ai comme l'impression d'en avoir déjà trop dit. Je m'éloigne doucement mais surement du but premier de cette sortie mais je me vois difficilement mettre le sujet sur les rails, comme si de rien était. Enfin, au moins, je n'ai rien repéré d'autre dans la rue, c'est toujours ça de pris.  
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Lun 29 Fév - 22:13

Alors que je suis en train de parler, de jauger la toubib, j'ai les tripes qui se tordent et l'estomac qui gargouille. Le son est étouffé par les couches de vêtement que je porte. D'un autre côté, il n'y a rien qui permette de tenir le coup ces derniers temps, niveau rations. On en était réduits à ne plus rien manger, ou que de la merde niveau expédients. On n'en sort pas, de cette situation de merde. Ce n'était plus seulement la disette mais carrément la famine à ce stade-là. Bientôt, nous serons tellement affaiblis que ceux qui le supporteront le moins bien finiront probablement par mourir de froid la nuit. Se recouvrir de tonnes et de tonnes d'épaisseurs ne fonctionnait qu'un temps. Il fallait manger, ou le système se vampirisait lui-même en quête d'énergie, les organes fonctionnaient mal et de moins en moins bien jusqu'à extinction totale des feux. Ne cherchez pas plus loin ; il fallait qu'on trouve une solution à ce problème. Et plutôt que chercher justement à le régler, je me retrouvais en train d'en régler un autre. Cette femme m'intriguait et je me méfiais d'elle. Il y avait quelque chose qui clochait chez elle, c'était l'évidence même. Pourquoi venir ici, toute seule, et pourquoi rester dans ce village pourri alors qu'elle était arrivée avant nous, quand le pont était probablement encore dégagé ? Je n'en savais rien. Mais il y avait quelque chose dans son regard qui me mettait sur mes gardes. Je la sens quelque peu réticente à s'expliquer, Anna, mais d'un autre côté elle semble, je ne sais pas si elle est heureuse, mais en tous cas curieuse que quelqu'un sintéresse à elle, justement.


Ce qu'elle me dit me confirme immédiatement qu'il y a anguille sous roche. Indécise depuis longtemps, son propre univers bousculé. Décès, maladie, ruine, il pouvait y avoir beaucoup de raisons à ça, mais toutes la rendaient forcément un peu moins stable qu'une personne qui avait encore de la famille. Après, peut être que sa situation l'avait aidée à traverser la Grande Panique... Allez savoir. Les déprimés d'autrefois sont peut être les meilleurs survivants aujourd'hui. Quand on n'est guère friand d'espoir à l'origine, quand reconnaître le moment où il disparaît totalement.



| Je ne sais pas si je suis doué comme vous dites, mais assez expérimenté. J'étais flic, avant tout ce bordel. En France. Je passais pas mal de temps à interroger des types en vrai, du coup, on apprend un peu à lire les gens. Dans leurs faits et gestes, leurs paroles, leurs regards. Et vous, vous m'avez l'air sacrément plus torturée que beaucoup des gens du groupe. |


C'était une constatation, pas une accusation ni rien de ce genre. Je voulais qu'elle sache qu'elle ne pourrait pas me cacher grand chose, et qu'elle comprenne que cela ne produirait aucun bien qu'elle vienne à me cacher l'essentiel. Ce qui la taraudait. Le groupe nous unissait, dans une certaine mesure en tous cas. Alors il fallait lâcher un peu de lest, si on voulait survivre. Ou alors tout cela ne servait à rien et je n'avais plus qu'à me tirer de mon côté avec Chloé, sans me préoccuper du sort des autres. J'en étais arrivé à un certain équilibre en tous cas, entre ce que je vivais au sein de notre groupe précédent, et ce que nous avions vécu juste tous les deux avec Chloé. La fille rit, et je sais pas trop pourquoi. Je fronce les sourcils. Ma manière de parler la fait rire, dirait on. Je souris doucement, du coin des lèvres.


| Ce serait votre droit le plus strict. Mais pour ce genre de choses, inutile de partir trop loin ni trop longtemps, ça foutra tous les autres sur les nerfs. |


Ca, je gageais qu'elle l'avait bien compris. Cette drôlesse là me faisait beaucoup d'impressions différentes mais sans pour autant que je sache vraiment la cerner. Pas encore en tous cas. Je regarde la maison la plus proche.


| Ecoutez, on verra bien de quoi demain sera fait. Et vous ne faites pas si peur que ça. Ma propre tronche... On dirait un des hommes de main de mafieux que je pourchassais, y'a pas si longtemps que ça encore. En attendant on se pèle ici. On pourrait pas discuter de votre manque de précaution à l'intérieur? Peut être même qu'il y a du whisky, là dedans. Un peu de chaleur... J'ai hâte que les températures baissent encore un peu, que ça neutralise ces saloperies, qu'on puisse enfin faire un gros feu dans la cheminée du restau ! |

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Mar 1 Mar - 13:53

Philippe semble déterminé à me raisonner ou en tout cas à comprendre ce qui me passe par la tête pour me ramener à la maison. Enfin, comment pourrais-je qualifier ce restaurant où nous avons trouvé refuge ? La maison est loin, de l’autre coté de ce pont devenu inaccessible. Pourquoi suis-je restée ici déjà ? Je me rappelle à peine des raisons de ma venue aux Ormeaux mais je me souviens que si je suis restée plus longtemps que prévu, c’était pour les soigner. J’aurais pourtant pu repartir dès qu’ils avaient l’air de tenir debout mais, sans bien savoir pourquoi, je suis restée. Par besoin de compagnie humaine ? Avec les dernières expériences que j’avais peu avoir, c’était peu probable mais pourtant, pas impossible, quand bien même faire confiance à quelqu’un était devenu tout simplement inimaginable, surtout dans un monde comme le notre. Et après, il était trop tard. La route était coupée.

Je ne saurais jamais si c’était la bonne décision, surtout quand je sens le regard de l’homme qui me fait face peser sur moi, me scruter, comme si de cette façon il allait pouvoir me cerner. Oh, je ne dis pas qu’il en sera incapable, loin de là, je ne pense pas être si difficile à comprendre. Mais c’est agaçant. Et, d’un autre coté, ressentir ce genre d’agacement à quelque chose de rassurant. Je réprime un soupir, dérangée une fois de plus par ce flot de pensées contradictoires avant d’esquisser un sourire à ses propos.

"Flic… en France. Voilà qui a le mérite d’être original. Et comment avez-vous fini par vous retrouver errant aux abords de Trois-Rivières en plein hiver ? Quant au reste…"

Je laisse échapper un bref haussement d’épaules, me demandant à quel point je peux différer du reste du groupe. Pourtant tout le monde a pris des coups, avec plus ou moins de violence certes, mais je ne peux me targuer d’avoir été celle qui la le plus souffert. Ce serait faire preuve d’une présomption dont je reste encore incapable, fort heureusement.

"… c’est possible. Je ne saurais dire à quel point mon existence d’avant peut encore impacter sur ma vie actuelle et cette mine torturée que je semble avoir. Mais je vous avouerais qu’il est parfois difficile de concilier ses anciens démons avec ceux que l’univers entier semble vouloir nous faire affronter."

Il a pourtant l’air de bien prendre ce qu’il constate à mon égard. Mieux que je n’aurais pu le faire à sa place. Comme s’il avait déjà compris bien plus de choses que moi sur ce nouvel univers, ce qui, dans le fond, ne serait pas vraiment étonnant. Mais pour autant, difficile de me résoudre à lui parler de ce qui me tracasse réellement et, surtout de quelle façon aborder le sujet. J’essaie de chasser cette pensée de mon esprit, persuadée qu’elle n’entrainerait que leur fuite à tous et mon abandon au milieu de ces monstres et j’écoute ce qu’il me raconte, avec une attention non feinte. Je ne suis tellement plus habituée à réellement converser avec quelqu’un que je me demande si je ne trouvais pas n’importe quelle autre conversation tout aussi intéressante à dire vrai.

Je laisse alors filer, avec un sourire amusé.

"Vous êtes bien aimable de me donner l’autorisation pour ce genre de choses. Et je m’en voudrais de vous mettre sur les nerfs si je quitte le restaurant uniquement dans ce but. Ce serait aussi stupide qu’inconscient, je vous l’accorde."

Je sais qu’il continue de me scruter, de me jauger probablement et j’avoue, je ne sais pas vraiment sur quel pied danser avec lui. Enfin, c’est à peu près le cas avec le peu d’êtres humains que j’ai pu croiser ces derniers temps mais je n’avais encore pas passé suffisamment de temps avec eux pour m’en soucier réellement. Cela ne m’intéressait pas du tout. Je ne dirais pas que les choses ont changé maintenant, à dire vrai, je n’en ai pas la moindre idée. Mais je ne pourrais pas rester figée de la sorte éternellement et Philippe semble en avoir plus conscience que moi.

Je trésaille au mot whisky et j’espère vaguement qu’il mettra ça sur le compte du froid qui continue de nous transpercer la peau. Je laisse filer un instant de silence, mon regard se perdant dans la contemplation de la maison visiblement abandonnée qu’il désigne.

"Nous pourrions faire cela effectivement. Sauf si vous comptez me confronter à un interrogatoire en bonne et due forme. J’ai bien peur que mon avocat ait passé l’arme à gauche depuis longtemps. Mais j’avoue que je ne serais pas contre un peu de chaleur… et de répit."

J’imagine, l’espace d’une seconde, ce feu dont il parle et j’ai un sourire même si je frissonne bien malgré moi, la réalité se faisant toujours aussi tenace.

"Je vous avoue que je commence à me demander si le froid ne va pas nous terrasser avant qu’il ne s’attaque aux zombies. En tout cas, ce sera un vrai plaisir de voir un bon feu brûler à nouveau. Et au fait, je suis supposée vous remercier de m’avoir dit que je ne fais pas si peur que ça ou dois-je m’en offusquer ?"

Tout en parlant, je commence à marcher en direction de la maison qu’il a désignée, grelottant de froid. J’ai un regard en direction de mes mains alors que je resserre mon manteau par réflexe et j’ai un sourire désabusé en regardant mes ongles. Ces mains dont je prenais tellement soin et qui sont maintenant recouvertes par des mitaines que même un sans-abri ne voudrait pas. Je grimace avant de reporter mon attention sur Philippe.

"En espérant que nous ne fassions pas trop de mauvaises rencontres."

Mais je réalise que, si c’est le cas, je ne serais pas toute seule. Voilà qui est perturbant. Encore plus que le reste.
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Ven 11 Mar - 18:56

C'est visiblement plus fort que moi. Je ne pourrais jamais faire grand chose contre cette nature de Saint-Bernard que je me trimballais. Je m'étais forcé, en compagnie de Chloé pendant notre fuite vers le Nord, de m'en foutre, de me séparer de tout ce dont j'avais sans arrêt peur, même pour des inconnus. Ca avait marché, un temps. Mais il semblerait que je sois véritablement irrécupérable. Un flic jusqu'au bout des bottines. Même maintenant, je ne pouvais pas m'empêcher d'aider les autres. Cela ne voulait pas dire que je les aimais, ou que perdre ces têtes connues allait me bouleverser. Je faisais ce que je pouvais. Après, advienne que pourra je n'aurais plus de pouvoir sur quoi que ce soit. Mais malgré cette posture, je continuais, encore et encore de m'assurer que les gens aillent bien. Ou alors, j'essayais de me convaincre que j'étais encore un flic sous ma carapace de meurtrier et de mec prêt à tout, alors que cette même carapace était devenue comme une seconde peau. J'étais peut être un tueur, un mec sans foi ni loi qui s'intéressait surtout à la survie des autres... Pour sa propre survie. Un groupe solide donnait de meilleures garanties à la survie de Chloé. Je n'en savais rien et je m'en fichais. je faisais ce que je sentais devoir faire, un point c'est tout.


La femme ne s'émeut pas beaucoup de me voir la fixer de la sorte. Elle ne semble pas très touchée par ces regards, par cette attention. Anna est quelqu'un que je ne connais pas et dont je ne sais pas grand chose, mais elle ne se laisse pas démonter, elle ne se laisse pas avoir par quelques simples regards. Anna s'étonne de la nature que je lui révèle et me demande des précisions après un soupir. A quoi bon cacher son passé? Je le sentais dans mes tripes, jamais je ne retrouverais ma vie d'avant, ni même probablement mon pays. Autant en faire son deuil, ça évitera les désillusions.



| J'étais en vacances. Croyez-le ou non. Avec ma famille. En fait, ce n'était même pas prévu, mais j'ai eu quelques soucis au pays et pendant que les collègues géraient la situation, j'ai voulu qu'on se mette au vert quelques temps, histoire que ça se calme. Je sais pas si je saurais un jour si les choses se sont "calmées"... Et vous savez ce que c'est. De fil en aiguille, les événements empirent, la situation dégénère. |


Y aller au jeu des confidences, même limitées, ne servait qu'un but. Détruire la distance, instiller un rien de confiance. Pas de quoi faire de nous les meilleurs amis du monde, mais faire en sorte que nous ne soyons pas de parfaits inconnus. Les parfaits inconnus ne mourraient jamais pour ma fille. Donc je travaillais dans le sens voulu en conséquence de cet état de fait. Ma vis-à-vis reste quelque peu nonchalante, se contente d'acquiescer à mes paroles. Je souris doucement à ses paroles, me rendant compte que j'ai affaire à une grande cynique. On dirait que nous sommes faits pour nous entendre... J'étais cependant assez chirurgical dans mes considérations, déterminé à ne pas me laisser abattre par tout ce que je pouvais traîner comme un poids dans l'existence. Il convenait donc de prendre garde à ne pas trop se laisser dépasser par nos propres démons.


| Il faut faire table rase du passé, sinon vous perdrez en concentration sur le présent. Peu importe qui nous étions avant. Maintenant, nous ne le sommes plus, et ne le serons plus jamais. Autant se concentrer sur des choses sur lesquelles nous avons un vrai pouvoir, non? |


J'essayais de partager ma vision des choses, mais sans jamais avoir été particulièrement éloquent pour autant. Je n'étais pas politicien ou avocat, je n'étais jamais qu'un simple flic. Lieutenant d'accord, mais on ne m'avait pas recruté sur la base de mes talents d'orateur. Quoiqu'il en soit, c'est ce même instinct de flic qui me permet de me tenir sur mes gardes concernant Anna. Je sais qu'elle cache quelque chose. Tout le monde le fait malgré la fin du monde, mais je sens un poids très lourd derrière ces secrets là. Je me demande si je dois m'en inquiéter... Mais il est encore temps de tirer les vers du nez de la canadienne. J'ai l'impression quie je l'amuse, maintenant qu'elle sourit. Elle est belle quand elle sourit, ça lui va bien. Elle garde toujours son air raffiné de bourgeoise, mais elle semble je ne sais pas, moins distante, plus accessible... J'ai l'impression qu'elle n'est pas très familière de ce genre de sujet, et je m'engouffre dans la brèche.


| D'autant que nous avons tous notre endroit où dormir. Inutile d'aller chercher le danger dehors pour quelque chose qu'on peut sans doute faire très bien dedans en toute discrétion. |


J'étais ironique, bien sûr que je ne le faisais pas moi-même. Je ne disais pas que je ne le faisais jamais, bien au contraire, mais ces derniers temps je n'y pensais pas vraiment; Y penser me rappelait Eva, et je ne voulais pas me la rappeler. Avancer, encore et toujours. Comme il le faut, pour Chloé, pas pour moi. Je me suis permis de déxconner sur ce sujet pour plusieurs raisons. La première et la plus évidente est que je cherche à briser la glace. Cela n'a rien de si facile que ça, avec des personnes qui nous sont étrangères et dans un cadre comme le notre. Je note sa réaction physique au mot whisky. Je garde ça pour moi, ne réagit pas à l'extérieur. Vieux réflexes de flics. Je note l'information mais sans rebondir dessus. Je me décide assez rapidement pour prendre l'attitude qui est la mienne quand j'enquêtais. Je vais découvrir pourquoi, et comment. Je tends la main en avant.


| Allons y alors, après vous. Nous trouverons sûrement une bouteille pour nous réchauffer. Quant à l'interrogatoire, ça m'arrange bien. Je n'ai jamais aimé les avocats. Ils m'auraient sans doute empêché de vous parler seul à seul, de vous garder des heures durant, si tel serait mon bon plaisir. |


Ok, la tournure semblait étrange, mais c'était normal. Je n'étais pas bilingue et j'avais appris l'anglais quelques années plus tôt, puis le pratiquais plus couramment depuis six mois environ. Mais je ne connaissais pas encore les subtilités de cette langue et avais la drôle de manie, d'après Eva, d'utiliser des formules fort ampoulées. Nous marchons dans la neige en direction de la bâtisse. Je prends mes précautions, mais il ne semblerait pas que nous soyons dérangés par un mort ou un vivant. je coule un regard amusé dans la direction d'Anna, quand elle me tend la perche pour un compliment. Qu'attendait-elle de moi? Probablement que je lui dise qu'elle était bien conservée malgré les circonstances, ce qui serait vrai. Elle était, de tous les survivants de notre groupe, la femme la plus attrayante. Impossible de s'y tromper. Je l'avais déjà remarqué. Mais je n'y avais jamais vraiment pensé, jusqu'ici, jusqu'à sa pique.


| Ne vous en faites pas, vous êtes la quadragénaire la mieux conservée du groupe... |


Une pique et une plaisanterie, la rançon du succès. Je pousse la porte et me retourne, avec un nouveau sourire taquin.


| Vous m'avez rencontré moi. |


J'avance en braquant mon arme, et voit dans le salon... Un lit de bouteilles à moitié pleines couchées en tous sens, devant la télé. Et un corps gelé, dans le canapé. Le type s'est soulé à mort, et s'est tiré une balle dans la tête, le papier peint sur le côté fenêtre étant couvert de tâches brunes. Ca ne sent rien du tout, avec le froid.


| Bingo. Verres ou goulot? |

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Dim 13 Mar - 20:04

Dans ce nouvel univers, où la règle du chacun pour soi semble être devenu la norme, en tout cas si l'ont peut encore supposer que l'ont peut encore édicter des règles, l'attitude de l'ancien policier est plus que surprenante. Elle cache quelque chose, c'est évident, mais dans l'immédiat, je ne suis pas sûre d'avoir réellement envie de creuser plus loin. Quand j'y repenserais, dans quelques heures, ses motifs me paraitront clairs, après tout, il ne peut décemment pas faire ça par simple sympathie, le monde ne tourne plus assez rond pour ça.

Mais, en attendant, maintenant que je ne peux de toute façon plus vaquer à mes occupations comme je le voudrais, autant profiter de sa compagnie. Et j'affronte son regard sans ciller. Je ne saurais dire s'il me juge, s'il a pitié ou quoi d'autre encore, mais je n'ai pas vraiment l'intention de faire quoi que ce soit pour changer cette image qu'il est en train de se forger de moi. Quand il parle des raisons de sa présence ici, j'arque un sourcil, l'écoutant avec attention avant de répondre, d'un ton pensif.

"Ma foi, des vacances improvisées qui ont pour le moins mal tourné, je crois qu'on peut dire ça comme ça. J'ai toujours su que le destin avait un sens de l'humour et de l'à-propos particulièrement difficile à cerner mais là, j'avoue que vous avez fait plutôt fort. Et je pense que, finalement, tout a du se calmer pour de bon."

A dire vrai, je ne sais même  pas à quel point la contagion a été mondiale ou pas. Une part de moi se met brusquement à espérer que nous sommes le seul continent touché et qu'au-delà de nos frontières, il existe encore un monde où les choses tournent rond.
Mais, je sais pertinemment que ce n'est qu'une chimère et qu'il n'y a aucune raison logique à ce que d'autres aient pu être épargnés.

"Dégénérer … voilà un doux euphémisme pour parler de ce chaos abominable qu'est devenu notre univers. Je me demande souvent si je suis capable de fixer une date précise et de pointer du doigt ce moment où tout a dégénéré pour moi."

Je ne comprends toujours pas pourquoi il se confie de la sorte. Probablement pour en savoir plus pour moi, une espèce de psychologie inversée à laquelle je ne suis guère habituée. Et ça marche pas trop mal, en tout cas pour le moment. Mais je fronce les sourcils au reste de ses propos. Pour être parfaitement honnête, j'ai du mal à vraiment adhérer à tout ce qu'il dit. Ce serait à la fois trop simple et trop effrayant. Tout abandonner ce qui a pu m'amener à être moi, le bon comme le mauvais, pour me concentrer sur notre existence actuelle me parait trop brusque.

"Vous pensez vraiment que nous ne sommes plus du tout ces gens ? Qu'il n'en reste pas la moindre trace ? Et ça ne vous fait pas peur de plus savoir qui vous êtes ? A 20 ans je m'en serais peut-être accommodée mais, aujourd'hui, avec cette existence bien cadrée qui avait pu être la mienne, j'avoue que l'idée est un peu plus complexe à assimiler. Et il y a déjà tellement de choses à accepter aujourd'hui qu'une de plus pourrait être une de trop."

Voilà qui me donne matière à réflexion, plus que je ne l'aurais supposé. Mais voilà qu'il aborde un sujet pour le moins… improbable. Je ne suis pourtant pas coincée, bon, peut-être un peu, mais, tout de même, parler de ça avec une quasi inconnue, c'est vraiment une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Et, j'avoue, il arrive à me faire rire. Là encore, c'est inhabituel pour moi ces derniers temps mais ça me fait un bien fou, plus que je ne l'aurais cru.

"Et voilà, maintenant je vais me dire que vous vous ferez des idées à chaque fois que je voudrais m'isoler un peu. A moins que ce ne soit l'inverse."

Je me fais malicieuse l'espace d'une seconde. Voilà qui ne m'était pas arrivé non plus depuis bien longtemps tiens. Parler avec lui s'avère plus agréable que je n'aurais soupçonné au premier abord. Enfin, à dire vrai, je n'ai jamais vraiment songé au fait que sa compagnie pourrait être autre chose qu'une nécessité ou une obligation avec cette impossibilité de retourner chez moi. Et puis, à mesure que passent les jours, voilà que ça pourrait peut-être être différent.

Je prends alors le chemin indiqué et, quand il évoque à son tour les avocats, je laisse à nouveau filer un petit rire, bien plus discret cette fois. L'immensité du silence qui nous entoure me donne le tournis et, à chaque fois que nous prononçons quelques mots, j'ai l'impression de la reprendre en plein visage.

"Des heures durant ? Vous n'auriez pas eu peur de vous lasser bien avant ? Quant aux avocats, j'avoue que j'ai arrêté de les apprécier depuis mon divorce. A croire qu'être du coté de celui qui a le moins d'argent a quelque chose de rédhibitoire."

Impossible de cacher l'ironie de mes propos, même si j'observe avec moi avec une tension que je ne cherche pas à dissimuler non plus. Je ne sais pas trop ce que j'attends quand je l'interroge mais je tique à sa répartie avant de souffler, amusée.

"Grands dieux, il y avait bien longtemps que je n'avais pas entendu ce doux mélange d'ironie et de compliment. Voilà de quoi égayer ma journée."

Je laisse filer un rire alors que je secoue la tête avant d'ajouter, d'un ton léger.

"Alors, à quel moment pourrais-je me conforter dans l'idée que vous êtes une bonne rencontre mon cher ?"

Je me fige alors que je vois le cadavre allongé là, au milieu des cadavres de bouteilles. Mon regard se perd dans le vide de longues secondes sans que je sois capable de dire quoi que ce soit.
Je m'efforce de sourire alors que je regarde aux alentours et que j'avise ce qui peut ressembler à un buffet. J'attrape deux verres dont la propreté laisse à désirer et je les tends en direction de Philippe.

"Gardons encore un tant soit peu de bonnes manières avant de décider de boire à la bouteille."

Et, alors qu'il remplit les verres, je reprends, à mi-voix, mon regard s'attardant une nouvelle fois sur l'homme dans le canapé.

"Ca aurait pu être moi. Si je ne vous avais pas rencontrés."

Ca l'aurait certainement été même. La frontière avant de basculer est tellement infime, surtout lorsque l'on est seul depuis trop longtemps. Je fronce les sourcils, ne sachant pas pourquoi j'ai dit ça. Je n'ai même pas l'excuse d'avoir trop bu, mais je pourrais tout de même arguer le manque d'alcool qui me fait manquer cruellement de lucidité.
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Dim 3 Avr - 20:59

J'ai bien du mal à me dire que j'en suis là où je suis aujourd'hui. Seul, sans Juliette, Sans Gab', plus qu'avec Chloé. Plus de voyous à aller attraper et plus non plus d'horaires à respecter, d'organisation à prévoir, de matériel à préparer. Tout se passait bien, finalement, avant. J'avais une belle maison, même si je n'avais pas tant de temps que ça pour en profiter. L'été, on faisait des barbecues dans la cour de ce vieux corps de ferme, on faisait des grillades. Quand il pleuvait pas. Dans le Nord, tout de même... Je regardais mon fils adoptif jouer aux jeux vidéos, ma fille s'adonner à ses propres passions. J'aimais Juliette. Et il avait fallu qu'une de mes enquêtes nous mette en danger. Quelle chienlit ! Nous avions manqué de tout perdre, dans cette fichue enquête, et il s'en était fallu d'un cheveu pour que ma famille fasse carrément les frais de mon travail. Chloé avait été attaquée et molestée. Cette gamine était forte, elle s'en était remise. Il n'en restait pas moins qu'on avait été mis en danger par ma faute. Et depuis tout s'était enchaîné à une vitesse... Le côté idyllique des vacances, leur aspect de plus en plus sombre et angoissant, jusqu'au paroxysme de New York et de tout ce qu'il s'était passé sur la route. J'avais perdu Juliette, qui s'était enfuie. Je la savais morte. Je nourrissais toujours un mélange d'amour et de haine à son encontre, même si je la avais passée de l'autre côté depuis des mois. Elle avait abandonné ma fille. Son fils aussi, l'avait abandonnée. C'était n'importe quoi. Je ne pouvais pas pardonner ça. Jamais. La femme en face de moi réplique.


| Oui, on peut dire ça comme ça. Quand tout le monde autour de soi a tendance à mourir, il me semble logique de considérer que les choses se calment. D'un certain point de vue seulement. |


Tout ce que je sais, c'est qu'un silence de mort recouvre maintenant le monde entier d'une chape de plomb. Il n'y a plus rien à la radio. Plus rien non plus à la télévision. Rien qui passe par satellite, rien qui passe tout court, ni maintenant, ni jamais. Nulle part. Nous sommes prisonniers de nous-mêmes. Pour le meilleur et pour le pire. Je haussais les épaules à ses paroles suivantes, sur le fait de savoir quand précisément les choses ont commencé à tourner au drame. Maintenant ? Avant ? Jamais ? Le drame c'était ce que nous, nous faisions de nous-mêmes.


| Ca n'a plus vraiment d'importance maintenant, de savoir quand tout ça a commencé. |


C'était le cas de le dire. Je n'étais pas homme à m'appesantir sur des sujets aussi triviaux, surtout quand ils ne servaient à rien d'autre... Qu'à remuer le couteau dans la plaie. Ce que je souhaitais avant tout, c'était de pouvoir avancer. Pas forcément sereinement, pas forcément avec fougue pour autant, mais avancer. Arrêter de traîner toute cette culpabilité, ces questions que je pouvais me poser et qui m'empoisonnaient la vie. Je ne voulais pas trop réfléchir, car je ne voulais en aucun cas trop comprendre. Je comprenais toutefois ce que me disait la médecin, à propos de notre identité, de qui nous étions. J'essayais de paraître homme plus simple que je ne l'étais en réalité. Ce n'était pas forcément une très bonne chose.


| Je pense qu'il en reste des traces, mais qu'on ne doit plus se laisser guider par qui nous étions autrefois. Franchement, on ne doit surtout pas se laisser toucher comme ça par ce qu'autrefois nous tenions pour acquis. Quel intérêt ? De toute façon, on n'est pas prêt de retrouver nos vis d'avant. Ni nos maisons. Ni notre confort. Ni même de la putain de nourriture. |


Et ça putain, il n'y avait rien de pire. J'étais las et fatigué, affamé depuis bien trop longtemps. C'est beaucoup à supporter pour un homme, pis encore quand il s'agissait de voir sa fille dépérir à son tour. Je n'enviais personne dans ce genre de situation, vous pouvez me croire. Je savais trop ce que c'était. Je souris aux paroles d'Anna. Parler ainsi, masturbation, c'est quelque chose qui a plutôt tendance à briser la glace. Plus en tous cas que ressasser sans arrêt les mêmes problèmes de faim et d'approvisionnement. Je ne poursuis pas sur le sujet. Parce que sans le vouloir maintenant, je pense aux morts. Je pense à Juliette, à Eva. A deux femmes que j'ai aimées, mais qui ne sont déjà plus là. S'attacher dans ce nouveau monde est puéril, stérile même. J'apprends que la femme est divorcée, alors que nous nous « installons » dans un endroit qui n'est pas chez nous, et qui n'y ressemble même pas.


| Je suis quelqu'un de déterminé, moi, madame. | plaisantais je sur le sujet des avocats et de la durée d'interrogatoire.


Et là voilà qui semble se satisfaire de ce que je lui balance, elle rit. Je souris à mon tour d'un air enjoué, presque conspirateur d'ailleurs.


| Au moment où je vous dis que je compte sur vous pour m'aider à survivre, ma fille et moi? |


Je remplis les verres qu'elle nous a trouvés, et dresse le mien comme pour porter un toast.


| A nos femmes et à nos petites chéries. | dis je en français avant d'engloutir le verre.

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Mer 13 Avr - 13:38

Si mon passé semble résolu à vouloir me hanter encore et toujours, j'ai le sentiment que je ne suis pas la seule, quand bien même Philippe semble vouloir à tout prix ne pas s'attarder sur ce que nous avons perdu. Difficile de savoir si c'est réellement sa façon de voir les choses ou s'il essaie de s'en convaincre pour ne pas perdre pied pour de bon. Dans tous les cas, il a presque l'air convaincant mais, pour ça, il faudrait que j'arrive à croire quelqu'un réellement, ce qui n'est plus arrivé depuis bien longtemps.

A ses propos, je laisse filer un silence avant de reprendre à nouveau, la mine pensive.

"Je ne peux que vous croire sur parole. Les gens autour de moi ont eu tendance à disparaitre plutôt qu'à mourir. Je ne sais pas ce que sont devenus mes proches et, quand je suis revenue ici, la ville n'était plus qu'une ville fantôme. J'essaie de ne pas imaginer que ma famille fait partie de ces horreurs mais ce serait me leurrer que de le croire réellement."

Et, une fois de plus, voilà qu'il ne semble pas vouloir se pencher sur le passé. Je me demande si en fait, je n'ai tort de chercher à tout prix à savoir ce genre de choses, si ça ne me fait pas plus de mal que de bien.

"Vous avez raison, ça ne changera pas grand-chose mais ça me donne la sensation de maitriser un peu la situation. C'est stupide n'est-ce pas, il n'y a bien longtemps que je ne maitrise plus rien du tout."

Je secoue la tête, laissant échapper un bref sourire, soulagée de voir qu'il semble avoir abandonné l'idée de savoir ce que je faisais dehors. Ou alors, ce n'est que partie remise et il essaie au final de m'amadouer pour mieux revenir à la charge plus tard. Alors, je reste sur mes gardes, le fixant avec curiosité quand il me répond, évoquant nos vies d'avant.

"Je ne sais pas. Peut-être tout simplement pour ne pas oublier que nous ne sommes pas que des sauvages qui n'ont pas d'autres objectifs que de gagner un jour de plus. Je sais que c'est ridicule de le croire mais peut-être qu'un jour, tout ça s'arrêtera et alors, nous ferons quoi ? Si nous avons perdu ce que nous étions avant pour de bon, que restera-t-il ? Une bande de sauvages tout juste capables de s'entretuer pour un morceau de pain rassis ?"

A dire vrai, c'est exactement ce qui restera. S'il reste quelque chose. A mesure que je le dis à haute voix, je m'en rends compte et cette pensée me fait soupirer sans que j'arrive à m'en empêcher.
Heureusement, Philippe aborde un sujet pour le moins inattendu qui m'amuse autant qu'il me choque. J'arrive tout de même à garder un semblant de dignité et ce semblant de discussion a au moins le mérite de me détendre plus que je ne l'aurais cru.

Au reste de ses propos, je laisse filer un rire qui résonne dans le silence assourdissant qui nous entoure, sursautant même un peu au bruit provoqué. Je reste un instant figée, guettant un bruit qui ne vient pas, avant de reporter mon attention sur l'homme qui me fait face.

"J'ai effectivement cru deviner que vous étiez quelqu'un de déterminé très cher. Reste à savoir si je suis plus entêtée que vous ou pas. A votre avis ?"

Je lui adresse un sourire amusé alors que je décide de ne pas m'appesantir sur les souvenirs qui continuent de refluer, que je le veuille ou non. Difficile de ne pas repenser à cette vie d'avant qui s'était effondrée bien avant que les premiers zombies ne commencent à fouler le sol mais, pour une fois, j'arrive à regarder tout cela avec un détachement et une ironie que je n'avais encore jamais réussi à trouver.

Et voilà qu'il arrive à me faire rire. Entendre ce son me surprend moi-même tant cela fait longtemps que ça ne m'est pas arrivé. Je me demande si je perds définitivement pied ou si, au contraire, je commence à retrouver un semblant de raison. Mais ça n'a pas grande importance, je préfère, pour l'heure, profiter de la mine enjouée qu'il aborde sans me poser de questions sur ce que les conséquences que peut avoir un semblant de proximité avec d'autres humains sur cet avenir auquel je ne voulais plus songer.

"Vous comptez réellement sur moi ? Vous n'avez pas peur que je sois un boulet plutôt qu'une véritable aide ? Car, à la réflexion, je me dis que j'ai probablement plus besoin de vous que l'inverse."

Et, alors que j'avale mon verre d'une traite à mon tour, je sens la chaleur de l'alcool se répandre dans mon organisme qui se détend instantanément. Je dois avoir l'air d'une droguée qui vient enfin d'avoir sa dose ou quelque chose dans le même acabit mais, dans l'immédiat, peu m'importe. Après tout, je peux aussi avoir l'air d'une femme qui se sent à son aise pour la première fois depuis longtemps non ?

"Et bien, voilà une expression que je ne connaissais pas. J'espère que vous en avez d'autres dans le même genre car il va falloir en trouver une nouvelle pour notre prochain toast."

J'ai répondu dans la même langue, sans même y réfléchir. Et, soudain, je me rends compte que j'ai même oublié, l'espace d'un instant, la présence du cadavre à quelques mètres à peine de nous. Comme quoi, l'on finit vraiment par s'habituer à tout. J'agite alors mon verre vide dans sa direction, avec un sourire en coin sans faire plus de commentaire.

_________________

       
If I look back I am lost
“Tu noies tes chagrins dans l’alcool ? Méfie-toi, ils savent nager.”
       
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 20
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Messages : 383
Membre du mois : 0
J'ai : 40 ans
Je suis incarné(e) par : Famke Janssen
Crédit(s) : je sais pas
Je suis un(e) : Docteur Queen
“Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants.”
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    Dim 8 Mai - 19:20

J'avais toujours eu du mal à résister à l'alcool. Depuis que j'y avais goûté la première fois, voici bien des années, il avait accompagné mes fêtes, mes soirées, chaque occasion qui était digne d'être célébrée, c'est à dire à peu près toutes, en fait. Et plus le travail s'était avéré difficile, et plus j'avais volontiers célébré tout et n'importe quoi. Cela avait causé quelques problèmes avec mon ex-femme, qui n'aimait tout simplement pas que des gens puissent boire. C'était comme ça. Famille vieille école, qui considère que la boisson et ben, ça avilit l'homme et tout ça tout ça. On ne pouvait pas dire que ça soit quelque chose qui puisse être rébarbatif chez tant de gens que cela, et pourtant... C'était comme ça. On ne cherche pas plus loin hein, les pète-sec ont probablement plus de chances de survie que les derniers des alcooliques, mais je m'en branle, je compte bien la niquer cette bouteille-ci, bordel de merde ! Je comprends ce que dit la toubib à propos des disparitions. Comme l'Humanité refusait obstinément de crever sur place, il y avait toutes les chances pour que la majorité des gens ne meure ou ne soit contaminée dans cent cinquante mille endroits différents. Ainsi va la vie. Et la contamination. Finalement, les seules certitudes que j'ai sont à propos de Chloé. Même Juliette je ne sais pas du tout comment elle est morte, ni où ni quand. Ni son fils Gabriel. Bwah.


| Oui, on en est tous là aujourd'hui. Plus de téléphone, plus de mail. Aucun moyen de savoir ce que sont devenues les dizaines, les centaines de personnes que l'on connaissait. Tout ce que je sais aujourd'hui, c'est que ma fille Chloé est en vie. Et c'est tout ce qui compte. |


Je pars d'un petit rire quand la toubib me dit qu'elle ne contrôle plus rien du tout. Je ne peux pas m'empêcher de rebondir sur ma propre situation. Après tout, c'est le propre des parents non ? Je veux dire, de perdre le contrôle, de devoir lâcher la bride... De gré ou de force d'ailleurs.


| J'ai renoncé à contrôler les choses avec mon boulot, et plus encore quand j'ai eu une gosse. J'ai dû me faire à la réalité assez crue que dans ma vie, je ne contrôlais absolument quedal. L'épidémie a juste redonné un peu d'équilibre à tout ça, comme on ne contrôle plus rien en dehors de soi-même... C'est toujours ça, non? |


Je constate tout de même que la femme a du mal à se confier. Les choses semblent assez pénibles pour elle et je la catalogue presque directement dans le groupe de ces femmes brillantes qui sont si intelligentes, qu'elles comprennent le manque de sens de leur existence et en sus, qu'elles ne savent plus se satisfaire de ce qu'elles ont, qui très prosaïquement n'est pas à leur hauteur, ambitions insatisfaites et ennui, on ne peut guère faire mieux. Je souris aux paroles amènes de la médecin, qui sont cependant très dures sur leur fond. Je préfère voir au jour le jour comment survivre, comment tenir bon. Je lui offre un sourire jusqu'aux oreilles alors que je termine mon verre et nous en ressert un. Je me sens déjà ivre, si ce n'est pas pathétique.


| Je m'en fiche de quoi j'aurais l'air, tant que ma gamine sera en sécurité. Et tuer pour un morceau de pain rassis, j'ai déjà fait. Et je sais que si c'est pas votre cas, vous y avez déjà pensé. Sinon vous seriez déjà morte, comme tous ceux qui n'ont pas eu le courage de faire ce qui est nécessaire. |


Je préférais parler de choses plus amusantes, surtout maintenant que l'alcool à lui seul contribuait à m'amuser. Anna rit de bon cœur. C'est un rire chaud, un rire intelligent. On reconnaît tout de suite les têtes des gourdes finies, chez les femmes. C'est aussi simple que ça ; ce rire cristallin, de bon cœur, n'est ni facile ni trop ouvert. Elle rit aussi sans doute parce qu'elle a été prise par surprise. Je fais semblant de l'analyser, de la jauger du regard, en plissant les yeux. Ca donne plus l'air teubé que flic, mais qu'importe. C'est pour la blague, pour détendre l'atmosphère. Je n'ai absolument aucune envie de voir les choses changer de posture ; on a enfin réussi à installer une atmosphère un peu plus fraîche, un peu plus détendue, et je ne vais certainement pas gâcher cette drôle d'atmosphère par des considérations un peu trop terre à terre.


| Je pense que vous êtes sacrément obstinée si vous y mettez du vôtre. J'ai raison? |


Bien sûr que j'ai raison. Tiens, l'alcool me souffle que de toute manière, toutes les femmes sont comme ça. C'est pas totalement faux, cela dit. Je me rends compte que l'affaire est définitivement gagnée quand je vois la réaction de la toubib devant l'alcool qu'elle ingurgite. Elle est soulagée. Je sais le reconnaître. Je me suis déjà vu dans un miroir, et je sais ce que ça fait de toucher à un verre d'alcool après un bon moment. Je sais ce que ça fait, et cela me fait me sentir proche de cette femme que je n'aurais côtoyé sous aucun prétexte, sauf si elle aurait eu affaire un jour à la justice. Je me lève finalement pour porter ce nouveau toast dont elle défie mon inspiration à en trouver un nouveau qui soit plus que correct.


| Allez, on n'a qu'à dire que tant que vous continuez de vous branler en silence, tout se passera bien. Je porte donc mon verre à la masturbation physique et intellectuelle en pleine apocalypse, contexte qui nous permet d'excuser nos soufflettes aux mains par la survie! |


Ridicule, mais j'engloutis mon verre et nous ressert.


Ce soir, nous avons brisé la glace.

_________________

Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
avatar

I'm a legend
Compétences:
Points de vie : 30
Running After My Fate
Messages : 8670
Membre du mois : 11
J'ai : 38 ans
Je suis incarné(e) par : Christian Bale
Crédit(s) : Kanala
Je suis un(e) : Lucky Luke
Vos Liens :
Spoiler:
 

. :
Running After My Fate
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vetrragnarok.forumactif.org/
MessageSujet: Re: [Terminé ] Just breathe...    

Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
 
[Terminé ] Just breathe...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fall of Man :: 
Rive Sud du Saint-Laurent, Canada
 :: Les Ormeaux :: Les Rues et Logements
-
Sauter vers: