Fall of Man
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Chapitre Trois: The Lucky Ones Died First
MessageSujet: Chapitre Trois: The Lucky Ones Died First   Chapitre Trois: The Lucky Ones Died First EmptySam 7 Mai - 15:57





Maire Mooney


La musique s'élève doucement dans la pièce. Je sirote mon verre de whisky. Ma chemise est sortie de mon pantalon, déboutonnée sur le haut. Ma cravate est largement desserrée, elle pend, informe. J'apprécie la mélodie nostalgique, presque déprimante, des instruments à corde. Je ferme doucement les yeux. Quelques chocs sonores se font entendre, mais je porte mon verre à mes lèvres. Le whisky, bien qu'assez âcre, dégage tous ses arômes. Je le respire autant que je l'ingère. Nouveau choc. Explosion. Les claquements d'armes à feu se font plus nombreux, en bas, dans la rue. La mairie est assaillie. Il y a vingt minutes, je regardais encore par la fenêtre avec espoir. Mais les infectés, tous ces réfugiés, canadiens et américains... L'armée a mis les bouts il y a trois heures et je pensais que c'était peut être le signe que s'ils étaient appelés ailleurs, c'était parce que Montréal n'était plus en danger de mort. Au bout de cinq minutes, j'ai mesuré l'ampleur de ma bêtise. Explosions, encore, alors que le violon me tord l'âme en tous sens, me lessive l'esprit. Je pense à Andréa, douce Andréa. Six semaines que je n'ai plus de nouvelles d'elle. Quand je pense à toutes les fois où je l'ai trompée. Elle ne méritait pas ça. Et Samuel, notre fils, dont je ne sais rien depuis qu'Harvard, aux Etats-Unis, a cessé d'émettre. Plus personne ne me dit rien. Je dirige une des plus grandes villes du pays, mais je pourrais coiffer des poneys qu'on s'en ficherait tout autant. Le Premier Ministre a disparu il y a des semaines, le gouvernement avec et les militaires s'en branlent de mes appels à l'aide. J'ai accueilli un million et demi de réfugiés en plus de la population. Maintenant, ça doit faire pas loin d'un million de zombies. Les autres sont morts. Les autres meurent au pied de la mairie pour défendre ce qui peut l'être. Les derniers coups de feu claquent et les hurlements retentissent jusqu'ici. Montréal est tombée. Tout est foutu.

J'aurais peut être dû me barrer avec les autres réfugiés, remonter le Saint Laurent et aller au Nord. Merde alors. Je vais mourir ce soir. Ma ville brûle, bombardée de tous côtés par l'armée qui joue sa propre partition. Faites que ça soit rapide. Montréal a cessé d'exister, il n'y a plus d'autorité entre ici et l'Océan.


© tumblr






Trois-Rivières


Trois-Rivières était une assez grande ville avant la Grande Panique. Ancienne colonie française, elle était assez vivante du fait de nombreuses industries bénéficiant de sa position idéale sur le Saint-Laurent. Les entreprises fleurissaient et le coin était assez fréquenté comme le nœud logistique d'importance qu'il était. La ville a même plutôt bien tenu face à l'Infection, dans un premier temps tout du moins. La police a su isoler les premiers quartiers infectés, et à confiner les contaminés dans quelques bâtiments. Mais voilà. Très vite, des réfugiés américains ou canadiens venus du sud ont charrié avec eux leur lot de proches contaminés, qui se transformèrent et attaquèrent les personnes restées saines. La ville fut peu à peu grignotée. La police, aidée d'unités militaire de second ordre, tint bon les carrefours, érigea des barricades. Les combats autour du campus universitaire furent sanglants et très vite, la rumeur enfla que la ville allait tomber. Les citoyens fuirent vers le Nord, vers l'aéroport dans un espoir fou de pouvoir partir vers l'ouest, vers là, où, disait-on, des zones sécurisées persistaient. Mais l'aéroport, transformé en camp de réfugiés depuis la chute de Montréal quelques jours plus tôt, était déjà devenu un charnier...

La horde américaine n'a pas eu à arriver pour dévaster la ville. L'hallali a duré plus longtemps que prévu, la lente agonie de la cité l'a enfoncée dans le chaos au fil des jours. Nulle horde, mais des contaminés qui partout, enfoncent les portes et traînent les survivants dans les rues pour les dévorer. La ville est tombée comme toutes les autres. Plus rien à voir avec ce qu'étaient les villes pendant la Grande Panique ; il n'y a presque plus de survivants qui, terrorisés, se cachent et ne forment plus d'enclaves humaines au milieu de l'Infection. Le temps rafraîchit grandement, il pleut des cendres et de la neige mêlés. La nourriture s'épuise. Les habitations délabrés côtoient les immeubles calcinés. Partout, les restes de l'ancien monde ; barricades, voitures, ponts et affichages publics. Mais l'électricité, l'eau courant, tout n'est plus qu'un lointain souvenir.

Dans cette nécropole, ne reste plus que les groupes épars de contaminés qui hantent la ville, cherchant toute créature vivante qu'ils pourraient dévorer.

Pourtant, malgré la mort et la désolation, de petites communautés continuent de survivre. Montréal ayant été détruite et Québec étant dévastée, il ne reste plus beaucoup de points de passage ; quantité de ponts ont en effet été détruits par l'armée dans sa retraite. Mais pas celui de Trois-Rivières... Arpenté de jour comme de nuit par des contaminés, qui tentent d'intercepter tout groupe ou véhicule qui irait vers le Nord...


© giphy






Le reste du monde


Le monde entier est en ruines. Les champignons atomiques se dissipent en vastes nuages noirs au dessus du sous-continent indien alors que partout, les gouvernements paniquent et tentent d'évacuer leur population vers des zones soit-disant sûres. Il n'y a aucun endroit où aller. Aucun bunker où se rendre. Oh bien sûr, l'Humanité n'est pas encore massacrée. Des milliards d'individus se cachent, fuient, sans cesse. Ils se regroupent, se défendent. Ils se tournent vers qui ils peuvent. Chefs de bande, leaders charismatiques, brutes épaisses, messies. Ils cherchent ce qui est leur permettra de passer l'hiver. Ce qui leur permettra de se nourrir, de se chauffer, de boire de l'eau claire et pure, de maintenir leurs enfants à l'abri. Il n'y a plus d'échappatoire, aucune autre porte de sortie que le carnage pour l'Humanité toute entière. Internet ne fonctionne plus. Les centrales énergétiques tombent en rade, en hibernation volontaire ou non, les unes après les autres. Les bateaux, pleins à craquer de réfugiés, chavirent, coulent, ou se trouvent être le théâtre d'un abattoir innommable lorsque des infectés se sont glissés parmi les passagers. Plus aucun avion long-courrier ne prend les airs. Plus de trains. Plus de voitures.


Plus rien que le grognement des monstres et les appels à l'aide des rescapés.


© tumblr






Vers le Nord


Coaticook est tombée, sur la frontière. De nombreux survivants étaient sur le passage de la horde. Parmi eux, des gens qui s'étaient rassemblés autour du médecin Miller. Ils vivaient tous dans un petit village, Compton, bien à l'abri des grands axes. Mais ce groupe « Padawan » fut bientôt chassé de son abris par les hordes venues du sud, des Etats-Unis. Un tapis de morts-vivants, couvrant l'horizon alors que le soleil se levait. Remballant leurs affaires, les survivants s'enfuirent à travers champs vers le Nord... Le groupe « Ordre », composant pour partie d'anciens flics, avait l'avantage, dans Coaticook elle-même, de disposer d'une radio. Philippe Esclavier pu entendre à la radio que l'armée évacuait la frontière et qu'une immense vague de contaminés remontait vers leur position. Ce groupe aussi s'enfuit vers le Nord, par les champs et les sous-bois. Chacun de ces deux groupes de survivants avait vu ses efforts de survie balayés en un instant par ces vagues titubantes qui avançaient dans leur direction. Coupant dans les bois, les deux groupes se retrouvèrent au nord-ouest de la ville par accident. Pourchassés depuis des heures, ils avaient englobé dans leurs rangs d'autres survivants, comme la fratrie Tyler. Tous se jaugèrent un moment alors que la mort était sur leurs talons.

Philippe Esclavier et sa fille Chloé luttèrent en arrière-garde contre les poursuivants ni vivants, ni tout à fait morts, tandis que l'arrière garde du groupe « padawan », dont Azrael Foster, furent pris également à partie par les morts-vivants. La lutte fut âpre et les coups de feu abattirent quantité d'infectés tout en en rameutant d'autres. Pendant ce temps, les survivants des deux groupes commencèrent à coordonner leurs efforts pour se frayer un chemin vers le Nord. Les frères Griffin furent bientôt embrigadés par Rafael et Charisma Tyler, tandis que Eva McAllister les menait vers le nord. Pourtant, le pire restait à venir.

Alors que chacun se préparait à fuir et à combattre pour sa survie, des véhicules firent leur apparition. Des militaires débarquèrent et engoncés sous leurs tenues camouflées et leurs masques à gaz, les soldats ouvrirent le feu sans discernement. Meneuse, Eva McAllister fut sévèrement touchée, autant que Skylar McReady, un jeune aveugle qui avait survécu jusque là par miracle mais qui se prit une balle. D'autres furent blessés. La situation empira lorsque le groupe « Padawan » fut séparé du groupe « Ordre » ; Pelleas Wilkins et Eileen Miller parvinrent à s'enfuir ensemble, tandis que d'autres fuyaient sans se soucier de leurs camarades. Beaucoup furent dévorés, comme Chris Wheeler ou abattus par les soldats comme Emily Ayleward. Le groupe « Padawan » avait cessé d'exister.

De son côté, le groupe « Ordre » ne comptait quasiment plus que des recrues venant d'être incorporées. Les Griffin, Ethaniel et Zakariah, s'avérèrent de précieux alliés pour ouvrir la route au reste des survivants à coups de fusil à pompe ou de mandales, tandis que les Tyler parvinrent à remettre sur pied, au moins provisoirement, les blessés les plus graves comme Eva et Skylar. Tous parvinrent, en ce coordonnant, à se tirer de cet enfer à peu près entiers. Le nouveau groupe, ainsi formé, parvint à se réorganiser et à panser ses plaies en quelques jours, avant de filer vers le nord avec une camionnette qui rendit l'âme près de Trois-Rivières. Il semblait que ces gens, si différents, soient capables non seulement de s'entraider, mais de former un groupe efficace pour surmonter les obstacles sur son chemin. Ce nouveau groupe, les "Protecteurs", a une cohésion encore fragile mais Eva, plus déterminée que jamais, applique les règles de son groupe précédent et essaie de faire en sorte que tous deviennent plus forts, plus solides, face à l'adversité. Il n'en reste pas moins que ces gens sont très différents les uns des autres, et qu'à la base de leur rassemblement il n'y a que l'instinct de survie.

Les Esclavier, quant à eux, durent s'extirper de dizaines de zombies et parvinrent, in extremis, à se faufiler entre les morts-vivants. Séparés de leur groupe, pourchassés des jours durant, ils survécurent de justesse en se nourrissant de baies, en buvant de l'eau croupie et en se cachant dans des coffres de voiture. Jusqu'à tomber sur les survivants du groupe « Padawan », Pelleas et Eileen. Ensemble, ce groupe de fortune avança vers le nord à son tour, à pied, sans quasiment de ressources. Ce groupe des « Egarés », composé de survivants purs et durs, dû faire face au désespoir né de la découverte de ponts détruits sur le Saint-Laurent et sur l'absence, voire la mort, de leurs anciens camarades.


© giphy






Andy Compton


J'ai faim. Putain, ça fait deux jours que j'ai pas mangé. Depuis que Montréal est tombée, avec tous les camps de réfugiés des alentours. La ville est en flammes, elle crame depuis sa chute définitive. Tout avait pourtant commencé comme il fallait, plan d'urgence, d'évacuation, confinement... Les flics et les pompiers, l'armée même, tout le monde était au bout du rouleau mais la ville tenait peu ou prou par quartiers. Jusqu'à ce que les morts soient trop nombreux et que l'armée se tire avec certains survivants des forces de sécurité locales. Le sud s'est tapissé de contaminés et l'infection a rampé jusque la ville. Le feu a pris, l'armée s'est défendue pendant sa retraite. Le ciel est gris foncé des cendres de la grande métropole, maintenant, et les gens sont morts par dizaines de milliers. Je cours. C'est l'aube. Mais les bois pullulent déjà d'infectés en quête de survivants à bouffer ou à changer. J'entends un bruit dans la fumée blanche qui nimbe jusqu'ici les bois, à des kilomètres de la cité. Je me rapproche. Et là, un gosse. Il me regarde. Derrière lui, sa tente. Des gens y dorment, j'ai bien l'impression. Il est figé de peur panique, brandit une fourche à barbecue dans une de ses mains crasseuses. Sans un bruit pour ne pas attirer la Mort sur nous, je lève les mains, paumes ouvertes, j'essaie de sourire. Il finit par se détendre. Je porte mes mains à ma bouche. Il me jauge, puis hoche la tête. Il se retourne pour attraper une des saucisses qu'il fait griller au dessus de quelques braises mais je suis déjà sur lui. Je le frappe à l'arrière du crâne et il s'écroule en poussant un cri. Ca bouge dans la tente. Aie aie aie. Je me brûle les paluches en piquant toutes les saucisses sur le feu et le sac à dos du gosse. Je me mets à courir sur les feuilles mortes alors que derrière moi, l'adolescent et ses copains crient après moi. Ils hurlent que je les condamne. Taisez vous, putain, taisez vous. Ils m'implorent de revenir. Ils m'implorent mais déjà je croise, au travers de la fumée, des infectés qui vont vers le campement sommaire. Les appels à la pitié se transforment bientôt en hurlements de terreur, puis de douleur brute. Mon visage, noirci par la suie, est strié de larmes alors que je les entends piailler et hurler. Désolé les gars. C'était moi ou vous. On en est là, maintenant. Je rejoins ma femme et mon gosse et je les entraîne derrière moi, alors qu'elle me demande où j'ai trouvé la nourriture. Je m'enfonce dans le brouillard artificiel des incendies et il pleut les restes de la ville, au dessus de ma tête.


© tumblr







Vers le Nord


D'autres survivants de Coaticook se sont retrouvés jetés sur les routes par l'arrivée massive de contaminés venus du sud. La frontière a été littéralement submergée sous un raz-de-marée de goules. Coaticook submergée, différents groupes se sont dispersés dans la nature, mais d'autres ont cherché à combattre. Le groupe « Marche » a tenu bon dans la grande maison où il avait élu domicile, et des combats au corps à corps toute la nuit durant ont eu raison de plusieurs de ses membres. La baraque envahie, tout le monde s'est barré par les toits. La ville était complètement envahie et il a fallu progresser à couvert. Heureusement, le groupe avait eu le temps de se préparer à ce genre d'éventualité ; Sean Fergusson et Morgane Beaulieu avaient testé la limite de résistance au froid des contaminés, tandis que les autres membres, Miriel Ornett, Katarina Gordov, avaient fouillé les environs pour préparer des réserves en vue de la longue marche vers le nord. En arrivant en périphérie de la ville, le groupe de survivants rencontra une église vaguement fortifiée, visiblement défendue.

Le groupe « culte » quant à lui, s’apprêtait à défendre sa vie dans la dite Eglise. Retranchés derrière un muret de pierre, les défenseurs furent cependant peu à peu submergés et le bâtiment principal lui-même fut envahi par les goules, qui dévorèrent de nombreux survivants. In extremis, Beth Sherman et son copain Ryan Tannen parvinrent à fuir le bain de sang en passant par une vitre brisée, alors que le père de Tannen, Jack, mourrait à l'intérieur du lieu de culte, dépassé par les morts vivants. Les survivants se regroupèrent dans le cimetière avant de s'enfuir, rejoignant les marcheurs puis plus loin, Katarina, Miriel et Jude Smith qui avaient été séparés de leur groupe pendant l'attaque des zombies. Le nouveau groupe aurait pu battre en retraite si Coaticook avait toujours été debout, mais ça n'était pas le cas. La ville avait été bombardée au plus fort de l'attaque de zombies par des F-16 canadiens, incendiée et dévastée par les explosions. Dans la pagaille, plusieurs survivants du groupe « marche » désertèrent pour de bon, comme Javik Lawson et Miria Graham, qui profitèrent de la confusion pour s'esquiver de leur côté, plus confiants dans leurs propres capacités que dans le groupe pour survivre à cette épreuve...

Une nouvelle communauté se forma donc à partir des survivants des groupes « marche » et « culte », chaque ancienne entité toujours dirigée par son leader. Pourtant, il fut bien vite évident que Clayton, l'ancien chef de sa secte, n'admettrait pas bien longtemps de diriger avec les leaders des marcheurs. Les tensions augmentèrent et un jour, il ne revint pas d'une expédition. Certains furent soulagés de sa disparition, d'autres apeurés que Morgane Beaulieu, partie avec le gourou, n'assassinent les survivants qui ne sont pas d'accord avec elle, même si elle se défendait d'avoir touché à un seul cheveu de Clayton. Quoiqu'il en soit, cela provoqua une scission au sein du groupe. D'un côté, les marcheurs englobèrent une partie des survivants des cultistes, tandis qu'une partie de ceux-ci comme Laïla Harrison, prirent leurs affaires et partirent. Certains sont d'ailleurs très vite tombés sur d'autres groupes de régufiés montant vers le Nord.

A court de tout, ces survivants débarquèrent bientôt dans la région de Trois-Rivières.


© giphy






Capitaine Matheson


La compagnie, ou ce qu'il en restait, se tenait prête, équipée et armée de pied en cape, sur les rives du fleuve. Vingt sept hommes, sur cent cinquante six trois semaines plus tôt. Et sur les vingt-sept, huit qu'on avait recruté chez des civils, dans un camp une semaine plus tôt. Il pleuvait des cendres et des poussières calcinées de Montréal en flammes, qui se trouvait pourtant à des dizaines de kilomètres, mais le vent soufflait ces gros nuages de feux dans notre direction, vers la mer. Nous étions sur l'un des derniers ponts encore en état sur le Saint-Laurent. Les charges étaient prêtes. Les civils qui s'étaient abrités sur la rive nord nous avaient regardé avec espoir, mais maintenant ils attendaient, le regard perdu dans le vide. Ils avaient tous vécu l'horreur, et je savais que presque aucun n'arriverait dans le Grand Nord tant recherché, pour éviter les contaminés qui gèleraient sur pied alors que l'hiver pointait le bout de son nez. Les charges étaient amorcées et les sapeurs me firent un signe, pouce levé. Leur barque s'éloigna de l'édifice. Loin, de l'autre côté du pont, on devinait déjà la silhouette d'infectés venus du sud, titubant dans notre direction. Les réfugiés les voient aussi, les entendent. La radio crache, contre mon torse.

| Unité Delta3, unité Delta 3, ici Foxtrot 21, je répète, ici Foxtrot 21. |


J'appuie sur le bouton d'émission de ma radio.


| Delta 3, les charges sont en place. |

| Reçu, Delta 3. Exécutez Opération Terre Brûlée |

Un signe de tête vers mon caporal, improvisé artificier. Il tourne un bouton sur sa manette, dont les diodes se mettent à clignoter. Geste de la main et il presse le bouton.

Une explosion de fin du monde emporte le pont dans un énorme fracas et un nuage d'écume incroyable, provoquant les cris de joie de la populace et des combattants réunis, qui laissent éclater leur soulagement de voir tout moyen de franchir ce fleuve détruit, au moins pour cette zone. Mais la radio émet toujours. Elle crisse à nouveau.

| Delta 3, c'est des civils que j'entends, derrière vous ? |

J'hésite, je panique, mais j'obéis. Non, pas ça.

| Oui. Mon colonel, ce sont des... |

Silence au bout du fil. Le colon réfléchit, pèse le pour et le contre. La radio se réactive.

| Ils sont en mesure de tenir, s'ils sont attaqués ? Vivres, armes, munitions? |

| Mon colonel, non, ils ne sont que... |

J'entends un long soupir. Le plus long du monde. Le plus blasé, le plus meurtri qui soit. L'homme répond laconiquement.

| Delta 3, exécutez Ordre 221 et replie sur repère GH-7-B. Terminé. |

Mon opérateur radio me dévisage. Je suis blême. Pitié, pas ça. Les hommes ont compris. Les plus résignés, les plus déterminés, les plus fous, savaient déjà ce qu'on aurait à faire. Ici, il n'y a que des crève-la-faim, ils n'ont ni nourriture, ni armes, ni cohésion. Ils n'ont rien. Et on va leur prendre le peu qu'il leur reste. Hochement de tête vers mon sergent. Ils l'ont tous entendus dans l'oreillette. L'ordre 221. Les fusils crachent la mort par rafales. Ils hurlent, ils fuient, ils implorent. Rien n'y fait. Nous les déchiquetons. Le visage baigné de larmes, je remonte dans mon blindé alors que mes deux « nettoyeurs » mettent par sûreté une balle de pistolet dans la tête de tous les civils laissés derrière nous. Alors que la colonne reprend sa route vers l'ouest, la radio crisse à nouveau.

| Ici Charlie 2 à Trois-Rivières, ils sont trop... Je... Nous avons besoin de renforts ! Nous ne pouvons pas tenir ! … Artificiers à terre... Le pont... Je répète, le pont est toujours intact, devons décrocher, terminé! |

Dieu ai pitié de nous, l'opération a échoué. Nous avons fait tout ça pour rien. Un pont est toujours en place sur le fleuve. Je regarde le ciel, chargé de cendres, de mort et de désespoir. Que nous reste-il, à part nos mains pleines de sang et nos gueules d'assassin ? Les blindés filent vers l'ouest, abandonnant cette partie du monde. C'est le territoire des morts-vivants, maintenant. Plus rien ne peut enrayer la contamination.


Les plus chanceux sont sans doute ceux qui sont déjà morts...

© tumblr



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Date Fin octobre 2015
Lieu Route Child & L'ouest, vers Stanstead
Qui Culte & Marche, Ordre & Padawan
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