Fall of Man
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So Take This Night [Livre I - Terminé]
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyLun 13 Oct - 21:57

Je le dévisageais, sur son fauteuil, alors qu’il accusait le poids de la nuit que nous venions de passer, qu’il accusait aussi les nuits à s’inquiéter pour les siens. Il n’était pas pour autant décidé à accéder à ma requête, à se reposer réellement et à décompresser – autant qu’il le pouvait, du moins. Croyait-il réellement à ses propos ? Je ne pouvais le penser. Je n’y croyais pas, en tout cas, pour ma part. Il finirait courbaturé, et de fort mauvaise humeur le lendemain, s’il s’assoupissait effectivement. Quoi qu’il en dise, c’était réellement pour le groupe, qu’il avait besoin de se reposer réellement, sur un lit, sans avoir besoin d’être aux aguets. A la différence de Juliette, de Chloé et de Gabriel, je pouvais me défendre. Je ne m’étais pas illustrée comme ça ce soir, mais je le pouvais malgré tout. Et je le devais. Peu importe comment. Mais il était inutile, pour le moment, de raviver la colère qui avait brièvement fait son apparition, quand je lui avais reproché de nous avoir liés l’un à l’autre. Non, je devais être plus subtile, et moins échauffée. Je devais, simplement, le convaincre par la force des mots. Et ça n’était pas vraiment mon fort.

Je me levais, réprimant un frisson à sentir l’air ambiant sur mes jambes toujours nues, les chiffons même étant tombés, et non plus protégées par la chaleur de la couverture. Je ne savais toujours pas quoi dire, quels mots employer. Y avait-il réellement un moyen de le convaincre de se poser sur le lit, par la discussion ? Essayer de l’y contraindre de manière plutôt déloyale ne serait pas nécessairement la meilleure solution, mais je n’avais guère d’autre idée. Me levant, boitant encore, je prenais une chaise dans la cuisine, et la posait à côté du fauteuil sur lequel il avait pris place, lui adressant un regard, entamant une conversation muette. Très bien, puisque tu refuses de bénéficier du confort du lit, alors je veillerai et surveillerai avec toi ici. C’est ce que j’aurai dit, si j’avais décidé d’énoncer ce qui n’avait nul besoin de l’être. Mais il n’était pas stupide, il comprendrait parfaitement bien l’intention.

Je me figeais, malgré tout, en l’entendant. Perplexe. Perdue, aussi, n’ayant rien vu venir. Et ne comprenant pas davantage. Il ne disait de toute évidence pas ces trois phrases sans raison. Pas d’une telle façon, lourde de… regret ? Culpabilité ? Je ne savais pas bien. Si je comprenais généralement ce qu’il disait, je ne saisissais pas toujours l’intonation qu’il y mettait. Comme en cet instant. Je me tournais vers lui, attendant. Je ne briserai pas le silence. S’il avait balancé quelque chose comme ça, il allait devoir s’expliquer. Et il devait en ressentir le besoin. Sinon, jamais il n’en aurait dit la moindre chose. Mais je ne lui tournerai pas le dos. Pas comme ça, pas sans savoir.

« Je t’écoute. »

Je n’étais ni froide, ni distante, simplement concise. Pas particulièrement chaleureuse, mais décidée à l’écouter, et à lui donner la chance qu’il méritait. Il pouvait avoir fait des erreurs, nul n’était infaillible, mais il avait malgré tout tort. Je ne savais pas le flic qu’il était, mais j’avais pu voir le père et le compagnon qu’il était. L’inquiétude qui tirait ses traits, à l’idée de perdre le moindre membre de sa famille, même Gabriel qui n’était pas son plus fervent admirateur, sa propension à toujours prendre soin d’eux. Peut-être devrait-il se racheter, peut-être avait-il réellement merdé, mais il veillait sur eux, et était un appui incontestable pour eux. S’il devait être ébranlé, il le serait, mais il serait malgré tout toujours là. Je ne comptais pas lui dire tout cela, cependant. Pas maintenant, en tout cas. Peut-être jamais. Tous les mots que je pourrais avoir ne serviraient à rien, s’il était persuadé être indigne de sa famille. Mais chaque chose en son temps.
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 14 Oct - 9:20

J me sentais de plus en plus las et fatigué. C'était vraiment éprouvant, ces sorties face aux morts, et ma famille l'était tout autant, éprouvante. J'avais l'impression de ne jamais en sortir. A chaque fois que je pensais régler un problème, un autre émergeait. C'était peut être devenu ça, notre nouveau quotidien. Prendre les merdes au fur et à mesure qu'elles venaient. Franchement, cela ne me changerait pas tant que ça. J'avais eu le même genre de vie au boulot, pendant des années. Vous bouclez quelqu'un, réglez un conflit... Et tout recommence. Celui que vous aviez fait coffrer est relâché, deux gangs rivaux se refoutent sur la gueule, un de vos potes doit à nouveau dépasser la limite ou c'est vous même qui devez le faire. Ca n'a jamais de fin. Beaucoup de flics pètent les plombs à cause de ça. Beaucoup de soutien psychologiue, beaucoup d'actions mises en place pour essayer de parer au problème. Mais rien n'y fait. C'est toujours de se rendre compte que malgré tous nos efforts, tous nos sacrifices, le mal dehors va perdurer, et que nos actions ne peuvent que le contenir dans une certaine mesure, dans la limite du prix que nous sommes prêts à payer, que ce soit au niveau sociétal ou individuel. L'homme à renoncer à contrôler sa propre nature et sa propension au crime en libéralisant son mode de vie. Ne reste qu'à accuser le coup. Je me souviens de ce film vu avec Juliette, y'a des années.


Soit on meurt en héros, soit on vit assez longtemps pour se voir endosser le rôle du méchant.


Nous étions tous amenés à franchir la limite, un jour ou l'autre. Les simples flics, à la circulation ou en patrouille, prenaient aussi leur part du gâteau. Maigre salaire et pas assez soutenus. Ceux qui comme moi étaient plus gradés et en contact étroit avec le crime organisé finissaient par bosser avec les criminels. Finalement, c'était peut être pas plus mal que Z dehors fasse disparaître tout ça. Mais je ne faisais pas partie des naïfs qui y voyaient peut être l'occasion de « repartir à zéro ». Quand on sera enfin arrivés au nord, rien n'aura changé. Les mecs les plus prêts à tout feront comme toujours. Ils prendront le contrôle. Ainsi va l'homme, et je ne serais pas du côté des perdants. Eva se lève et va chercher une chaise dans la cuisine. Et elle est encore à moitié à poil, bordel. Elle se met à côté de moi, et soutient mon regard. Je soupire. Cette fille est parfois franchement exaspérante. Avant de continuer, comme elle m'y incite, j'attrape du bout des doigts la couverture sur le canapé, et la pose sur ses jambes. Inutile de prendre froid. Les journées sont chaudes, mais les nuits sont glaciales. Plus encore quand on échappe à Z. Je ne la regarde pas, quand je reprends.



| Ca fait longtemps que mon équipe et moi on se comporte plus comme des flics. Oh, on enquête et on arrête, bien sûr. Mais on utilise tous les outils à notre disposition pour faire notre propre justice. J'ai pas mal de sang sur les mains, et j'aurais beau me justifier par toutes les bonnes raisons du monde cela ne suffirait pas. Mes collègues et moi avons commencé à rendre coup pour coup il y a longtemps, jusqu'à ce que l'escalade fasse couler beaucoup de sang. Récemment, des gros bras sont venus chez moi et ont menacé ma famille, via Chloé. Je ne sais pas comment ils nous ont trouvé. J'ai préparé un piège pour ces mecs avec mes partenaires, et le plan c'était que je parte aux USA avec les miens le temps que tout soit prêt. Maintenant, Chloé ne reverra probablement plus jamais sa mère, ni le reste de notre famille. Chloé sait ce qu'il se passe, et n'encaisse pas. Juliette, je lui ai dit hier. Je crois que je suis allé trop loin pour que les choses s'arrangent un jour, mais je devais le lui dire. |

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 14 Oct - 11:23

Je n’aimais pas particulièrement la tournure que prenaient les choses. Pas le ton lourd de toutes ces choses que je ne savais pas, que Philippe venait d’employer. Pas les révélations à venir, qui sont tout sauf légères. Nous ne devrions pas en être là. Pas à ajouter encore davantage de tension, à un début de nuit qui en était déjà bien trop chargé. Nous devrions célébrer le hasard qui nous a valu d’être encore en vie, vider la bouteille que j’avais entamée, pour essayer d’endormir la douleur que je ressentais encore. Mais j’avais bien trop peur pour me laisser aller ainsi, bien trop peur des conséquences, si nous succombions à l’ivresse et n’étions plus maîtres de nos gestes. Je soupirais. Inutile de ressasser tout cela, comme je venais de le faire alors qu’il nous avait attachés l’un à l’autre. Non, je devais me concentrer sur ce qu’il avait à me dire, sur cette intimité qu’il faisait naître, en me dévoilant un aspect de son passé. Intimité qui pouvait amener bien des désagréments. Je ne peux pas pour autant l’ignorer, l’empêcher de continuer. Pas plus que je ne le veux, par ailleurs. Personne ne cracherait sur l’envie de connaître mieux une personne qu’elle fréquente, quelles qu’en soient les conséquences, ou les circonstances qui amènent à cela. Moi pas plus qu’un autre.

Alors je ne fuis pas la discussion, je le fais la poursuivre. Développer sa pensée. Et s’il dit des choses que je ne peux accepter, eh bien… Aurais-je vraiment le choix ? Il ne changera pas son passé. Et je n’étais pas non plus ignorante des déviances dans la police. L’histoire de la police parlait pour elle, même si tout était beaucoup plus règlementé maintenant. Ca ne changeait rien. Combien de mes collègues avaient trempé dans les affaires louches, combien avaient manipulé des criminels pour leur propre avancée dans le métier ? Combien s’étaient même alliés à eux, pour mener à bien une affaire ? La frontière entre la légalité et l’illégalité était bien maigre, et elle était allègrement franchie. Ca n’était qu’un secret de polichinelle, savamment gardé par les alliances qui se faisaient et se défaisaient. J’avais ma conscience de n’avoir jamais pris une part active à tout ça, mais comme tout le monde, je m’étais tue. Comme tout le monde, j’avais toléré tout ça. Je serai, au final, bien hypocrite de le juger là-dessus. Mais peut-être que j’extrapole à tort, encouragée par le silence qui s’installe.

Je relève les yeux, sentant la couverture sur moi, et le remercie à voix basse. J’en avais presque oublié être à demi nue, absorbée par mes pensées comme je l’étais. Je ne brise pas davantage le silence. Ca n’est pas à moi de parler, pas après ce qu’il a dit. Il ne peut de toute façon plus reculer, et doit m’en dire plus. Sans ça, je n’aurai de cesse de me méfier de lui. De toute façon, un gars qui répand la mort et fend les rangs des zombies comme ça n’est pas innocent. Ce n’est pas le cas de tous dans le métier qui est le nôtre. Beaucoup se voient justiciers, et se retrouvent incapables d’agir. Ils font les fiers, mais ce sont des lopettes. Nombreux sont ceux qui se seraient faits dessus, face aux zombies. Je bafoue la mémoire des morts, mais je ne fais que dire la vérité. Mais je me disperse. Je regarde à nouveau Philippe, et me concentre sur ses mots. Que lui dire, que lui répondre ? Que ça ne me choque pas, pas plus que ça ? Que parfois, les choses prennent des proportions que l’on n’aurait jamais imaginé ? Que je n’ai pas réellement d’opinion sur ce qu’il a pu faire ? Je ne suis pas et n’ai jamais été bien pensante. Plutôt cynique, au contraire. Désabusée, même. Et sans me laisser de marbre, je ne suis pas rebutée par ses aveux. La seule chose qui m’offusque, ce soit que Chloé ait été en danger. Qu’il ait fini par aller suffisamment loin pour ça… Mais avais-je mon mot à dire ? Je ne pouvais ni le réconforter, ni l’accabler pour ça. Et pas réellement compatir à ses problèmes avec Juliette. Réalisait-il la position dans laquelle il me mettait ? Avait-il la moindre idée de l’étendue de l’affection que j’éprouvais à son égard, et de l’ambiguïté des sentiments que faisaient naître en moi l’idée que rien n’allait, avec Juliette ? Sûrement pas. J’espérais l’avoir mieux dissimulé que ça.

Je ne pouvais pas garder le silence pour autant. Je soupirais. « Ecoute... Je ne vais pas t’offrir des phrases creuses, je ne vais pas te dire que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce serait pour les gens naïfs, et ceux là sont morts et revenus à la vie, maintenant. Je ne sais pas ce qu’il faudra à Chloé pour te pardonner, ni combien de temps. Je ne sais pas si Juliette en sera capable, et je n’ai pas à donner mon avis là-dessus – pas plus que je ne le veux. Ce que je sais, c’est que Chloé aurait peut-être eu à affronter en face votre famille, décimée. Zombifiée, et prête à vous dévorer. Elle ne les reverra peut-être jamais, mais elle n’a pas eu à affronter ça. Elle est forte, mais elle ne s’en serait pas remise. J’ai vu ma famille m’être enlevée, je les ai vus, me terrifier, me glacer les sangs. Même moi, je ne suis pas capable d’affronter ce que j’ai du faire, pour m’en sortir. Je ne me souviens même pas de les avoir tuées, et pourtant je sais que je l’ai fait. J’ai mis fin à leur calvaire. Alors Chloé, même si elle a subi des torts, n’a pas subi celui la. Le reste est horrible, peut-être, mais dérisoire. Elle est intelligente et sensée, elle s’en rendra compte. Et elle se rendra compte des extrémités jusqu’aux quelles tu peux aller, pour sa survie. Et elle acceptera, un jour. A toi de tenir aussi longtemps que nécessaire. »

Et voilà, j’en venais à essayer de le réconforter, tout en disant la vérité, crue. En étant parfaitement sincère. Ca n’était pas mon rôle, et je ne voulais pas réellement de cette place. Celle de bonne poire. Je soupirais à nouveau, bien lasse. Mais j’avais agi comme je devais le faire.
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 14 Oct - 17:18

Je ne sais pas si je fais bien de m'ouvrir comme ça à Eva, je ne sais absolument pas si c'est une bonne idée. Depuis le début de toute cette merde, j'essaie plus que tout de raisonner clairement, de penser les choses plutôt que de les provoquer par pure témérité. Là je ne fais qu'agir d'instinct, et cela n'a absolument rien de bon. Parce que mon instinct, mes tripes, tout ce que vous voulez, avait fait de moi un excellent flic, mais un très bon ripoux aussi. Ce flair s'était complétement foutu en l'air, maintenant il m'avait fait m'éloigner de ma compagne, de ma fille. Sans parler de Gabriel, qui me détestait plus que jamais. Plus je faisais confiance à ce que je semblais être juste, et plus je prouvais que je foutais tout en l'air, que je n'étais doué que pour démolir les choses plutôt que pour les rafistoler. Je ne sais pas si Eva a vraiment envie de savoir ce que je m'apprête à lui avouer, je n'en ai absolument aucune idée. Elle prête déjà une oreille attentive. Probablement aussi bien pour jouer le rôle de soutien que pour savoir si elle pouvait toujours me faire confiance. Eva était une survivante dans l'âme, comme Juliette. Elle s'adaptait aux choses qui se présentaient. Moi, je ne faisais que leur appliquer une solution immédiate, à court terme. Elles étaient bien plus faites que moi pour ce nouveau monde.


Elle m'écoute sans bruit. Je ne sais pas si elle me juge, mais tant pis. Juger est humain. Nous jugeons tous à tout bout de champ, et nous n'avons même pas besoin de la queue d'une raison pour ça. C'est dans notre nature. C'est ainsi. Je vais peut être trop loin;je le saurais très vite. Eva me remercie pour la couverture. Je passe, je ne la regarde toujours pas. Elle finit par soupirer, alors que mon regard se perd dans l'obscurité visible par delà l'encadrement de la porte du salon.Elle me dit ce qu'inconsciemment j'attends d'elle. Bien sûr qu'elle ne peut pas vraiment me conseiller sur ma propre famille. Je redresse mes yeux vers elle quand elle me dit qu'elle a tué les siens. Je ne fais pas partie de ceux qui se cachent dérrière l'excuse du cœur qui arrête de battre avec la contamination. Flinguer des infectés est un meurtre, et j'assume la tuerie. Mon respect pour Eva augmente, avec sa propre honnêteté.



| Je l'ai toujours su. Dès que je t'ai vue. Tu avais la mort sur ton visage, dans le fond de tes yeux. Tu l'as toujours, cette lueur. |


Je repose mon flingue sur l'accoudoir, me frotte les yeux et me gratte la barbe, avant de me recaler dans le fond du fauteuil. Que pourrais je dire de plus, sur sa famille ? Je ne pourrais pas, moi. Mais aucune parole qui me venait à l'esprit n'avait l'air intelligente, ni susceptible de la réconforter.


| Je tiendrais aussi longtemps qu'il le faudra. Tant pis, si Juliette ne veut plus de moi, si Chloé a peur de moi, si Gabriel me déteste. Tout ce qui compte, c'est leur sécurité. Et la vôtre aussi. |


Instant de faiblesse éphémère. Je déglutis et j'encaisse, j'avance parce qu'il le faut, parce que je le fais depuis le début.


| Tu te sens capable de continuer, avec moi ? De continuer à couvrir les arrières d'un type qui n'a eu aucun scrupule à abattre de sang froid des types désarmés, bien avant que le monde ne tourne en cacahuète ? Tu dois savoir que si je dois le refaire, je le referais. Tuer est loin d'être la chose la plus difficile que la Grande Panique exige de moi. |

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 14 Oct - 20:37

Qu’est-ce qui lui traverse l’esprit, alors qu’il s’ouvre, et me confie ça ? Sa morale douteuse, sa capacité à jouer avec la légalité, puis le fait qu’il ait franchi un point de non retour ? Je n’ai de cesse de penser à ça, alors que je l’écoute, que je réfléchis à mes propres mots. Qu’attend il de moi, sinon de la compréhension ? Je savais que beaucoup de choses hantaient Philippe. C’était écrit sur son visage, aussi surement que ça l’était sur le mien. Aurais-je pu seulement imaginer quoi ? Aurais-je pu envisager que davantage que l’idée de savoir sa famille en danger, il redoutait ce qu’il aurait pu leur faire subir par leur seule faute, à ses collègues et à lui ? Croire, un seul instant, qu’il craignait de perdre sa fille, tout comme sa compagne ? Chaque famille avait ses difficultés, la mienne autant que les autres, mais jamais je n’aurai estimé qu’elles étaient telles. Jamais, même, je n’aurai pensé qu’il aurait pu compromettre leur sécurité. Mais qui étais-je pour juger, même si je désapprouvais, bien malgré moi ? N’avais-je pas, à un niveau et dans une mesure toute différente, perdu le contrôle bien des fois, et été trop loin ? J’avais simplement eu la chance que tout cela soit réversible. Peut-être aurais-je pu perdre le soutien et l’affection de ma famille, au cours de mes provocations et errances. Alors devais-je lui tourner le dos, lui affirmer qu’il avait été trop loin, y compris pour moi ? Devais-je l’abandonner, quand il se montrait vulnérable ? Devais-je, même, refuser d’en savoir plus ?

Je recentrais mes pensées sur l’instant présent, quand il releva les yeux vers moi, pour me regarder d’un regard perçant, et presque effrayant. Que voyait-il en moi, pourquoi, soudainement, confrontait-il mon regard ? Je retenais une grimace, aussi bien que mon souffle. Je n’avais avoué le meurtre de ma famille que parce que l’instant s’y prêtait, et que ses confidences avaient provoqué les miennes. Je ne le regrettais pas, mais je n’étais pas certaine de vouloir savoir ce qu’il en tirait. J’avais tout bonnement sacrifié ma famille, pour ma propre survie. J’avais échoué à les protéger, et je n’avais pas essayé de les maintenir en vie – malgré leur transformation -, pour chercher un remède. J’avalais difficilement ma salive, en l’entendant. Etait-ce une bonne chose ? Dans un monde tel que celui dans lequel nous avons été propulsé avec l’apparition de ces abominations, abominations non moins humaines même si évoluées, peut-être. Voulais-je la porter en bandoulière ? Je n’en savais rien. Mais je ne pouvais plus revenir en arrière, pas annuler le fait que j’ai tué ma famille, jusqu’au dernier. Je haussais les épaules. Je refusais de m’appesantir là-dessus. C’était bien trop douloureux.

J’écartais ces pensées insupportables, pour l’écouter, encore. Sans l’interrompre, le laisser parler jusqu’à être sûre qu’il ait fini. C’est tout à son honneur, de ne pas vouloir abandonner, malgré toutes les possibilités que tous lui tournent le dos. De continuer à les protéger, alors même qu’ils pourraient le rejeter, violemment. Je ferme les yeux, un bref instant, en l’entendant. En entendant sa question. Qu’en est-il ? Suis-je réellement prête à le suivre ? Il se dit sans foi ni loi. Peut-être l’est-il. Mais suis-je aussi innocente que je le prétends ? Puis-je continuer à me convaincre de ma morale sans faille ? Certainement pas. Et puis, putain, je tiens à lui. Je n’ai aucun port d’attache, dans ce monde qui me dépasse, si ce n’est lui. Eux. Ce groupe. Alors oui, je continuerai, et je couvrirai ses arrières. Peu importe celui qu’il est. Je ne vaux pas mieux.

« Sans hésiter, et sans un seul regard en arrière. »
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 14 Oct - 21:37

J'ai froid à mon tour. Je suis fatigué et sous alimenté. J'ai eu peur. J'ai toujours peur, d'ailleurs. Et même la honte tenace que je ressens, toutes ces émotions négatives qui se bousculent en moi... Je ressens la faim. Le froid. Pas la solitude, par contre. Eva est à côté de moi. A deux nous sommes forts. Ma famille me manque aussi, maintenant. Je ne souffle plus mot, j'en ai assez dit. Eva n'a rien à savoir de plus sur les circonstances et les détails qui m'ont conduit à déshonorer la fonction de justicier. Qu'est ce que ça peut lui faire, que lorsque j'avais quitté ma femme, j'ai eu recours à des prostituées « gratuites » dans les bordels de la côte, contre un coup de main dans le cadre de bisbilles avec les commerces des grandes villes plus au nord ? Que j'ai fermé les yeux sur tout un trafic de cocaïne sur Dunkerque, avec le port et l'usine sidérurgique, pour coincer les chinois qui faisaient passer des armes pour alimenter le pipeline en direction des flamands ? J'avais mes priorités. J'ai fait mes choix. Pourquoi expliquer les véritables exécutions ou les fusillades que j'ai commis, sous couvert de la vengeance ? J'ai assez d'intelligence pour comprendre qu'il y a des principes qui guident notre société, et que je les ai transgressés. Peu importe les raisons, même si elles étaient les meilleures du monde, je ne pourrais pas réparer ma faute, ni retrouver la dignité de mon statut.


Je capte son regard quand elle me lance une déclaration qui m'émeut, emprunte d'une telle loyauté que cela me bouleverse. Je redirige mon regard droit devant, reprenant le contrôle de mes pensées, de mon corps aussi.



| Je... Merci. |


Ouais, je me sens bête. J'ai rien d'intelligent à dire. Je n'ai jamais fait partie de ceux qui savent toujours quoi répondre. Je tourne à nouveau mon regard vers elle. Couvre sa main de la mienne.


| Tu sais... Je n'en parlais pas parce que... Voilà, mais bon. |


Je me jette à l'eau ; il le faut bien.


| Si tu veux me parler de ce qu'il s'est passé, de là où tu viens, je suis là. Je vois dans tes yeux que ça a été horrible. Je me laisse bouffer par des problèmes qui paraissent bien stupides en comparaison. Donc si tu veux en parler... Je suis là. Si tu ne veux pas, c'est comme tu veux. Juste, je suis là. |


Je tire ma flasque, piquée sur un flic mort, et la tend à nouveau à Eva.


| Tu ne vas pas te transformer, Eva. Je te le promets. Il faut qu'on se calme avec ça. Ta blessure est pas belle à voir. Mais elle n'est pas mauvaise. C'est juste une grosse égratignure, comme on en aura souvent en affrontant ces saloperies, d'accord ? Tout ira bien. |

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMer 15 Oct - 18:47

Je souris légèrement, en l'entendant hésiter sur les mots à avoir. Je n'aurai pas dit davantage moi-même. Se perdre dans de longs discours ne me ressemblait, et à lui non plus de toute évidence. Sa surprise me suffisait de toute façon à comprendre et l'étendue de mes propos et la gratitude, peut-être, que ça lui inspirait. Je ne saurai le dire. Je n'attends pas plus, de toute façon. Je n'attends pas qu'il me promette la réciproque, qu'il me donne son avis sur les propres horreurs que j'ai perpétrées. Je ne pourrai que lui tourner le dos, s'il avait comme moi tué sa famille. Je lui lance un regard surpris alors que sa main se pose sur la mienne, troublée plus que de raison par ce geste probablement innocent pour lui. Troublée parce qu'il suffit à me rassurer quant au fait qu'il ne me laissera pas tomber bien que j'ai tué ma famille, mes collègues. Pour ma survie, rien que pour ma petite vie insignifiante. Jamais le retour de bâton n'avait été aussi violent qu'en l'instant, jamais la prise de conscience n'avait été aussi dure, quant à ce que j'avais fait. J'avais décimé la seule famille que je n'avais jamais eu, les seules personnes qui aient compté pour moi. Je ferme les yeux et me cale dans le dossier, tout en serrant sa main, comme pour y puiser la force de faire face à cette culpabilité qui m'assaille plus que jamais, que j'avais essayé d'étouffer.

Je les rouvre, pour l'entendre balbutier, prononcer des morceaux de phrases sans la moindre clarté. Que veut-il dire, où veut-il en venir ? Je le fixe, perplexe. Il sait aussi bien que moi s'exprimer, de toute évidence. Je fronce les sourcils mais il reprend avant même que je ne puisse parler. Je ne peux retenir une grimace. Me propose-t-il ça uniquement parce que lui vient de se confier ? Il a l'air sincère, bien trop. Je sais que je ne pourrais garder ça bien longtemps, mais ais-je envie de me dévoiler maintenant ? Après avoir été déjà bien éprouvée ? Alors que je suis déjà terrorisée ?

Je prends une grande inspiration, presse sa main un peu plus fort, tout en refermant les yeux. Je suis incapable d'affronter ça, et je déteste cette faiblesse. Je ne parle pas de suite. Je ne trouve pas les mots, pour exprimer ce que j’ai fait. Je ne veux pas me dédouaner de ça, justifier mes actes. Il n’y a aucune justification à y apporter. J’inspire grandement, et ouvre la bouche. « Ils sont venus en nombre, au commissariat. Une vraie armée, trop grande. Je n’étais pas sur place, j’étais avec mon coéquipier, pour mettre fin à une banale bagarre… Nous n’étions pas prévenus, nous ne sommes pas entrés par la grande porte, pour conduire les fauteurs de trouble dans une cellule pour qu’ils dégrisent. C’est le bruit, qui nous a alertés. Je laissais le silence planer, un instant. Comment continuer ? Que lui dire ? C’était nos collègues, la protection de la ville… De nos familles. On ne pouvait pas les laisser, tu comprends ? On devait les tuer. Mais j’ai pas pu. Ils sont tous tombés, sauf moi. J’ai pas pu. J’ai pas pu leur apporter à tous la paix qu’ils méritaient. Et j’ai assassiné ma famille. J’aurai pu les enfermer, essayer de les sauver. Aller voir un médecin. Au lieu de ça, je les ai tués, mes collègues, ma famille, les gens avec qui je vivais, et j’ai fui. Sans même tous les tuer. J’ai été lâche, et faible. Et jamais, jamais, je ne me le pardonnerai. »

Je fixe le mur devant moi, ma tirade finie. Ma culpabilité avouée, et d’autant plus présente. Je n’hésite pas un instant et saisis la flasque, en bois une longue rasade. Je n’ai plus l’excuse de la douleur à endormir, pour boire. Pour retrouver mes vieux démons de jeune adulte. Je n’en ai rien à faire, là. Je veux juste oublier. Je me penche, pour attraper la bouteille que j’ai posée sur le sol, que j’avais prise pour faire passer l’idée qu’il puisse voir une blessure qui fasse de moi un zombie. On aura assez, pour endormir nos propres démons, pour une nuit, peut-être. « Et tes problèmes sont pas stupides, pas le moins du monde. Je reprends une rasade, pendant qu’il parle. Je me crispe, finissant par lâcher sa main, le fixant du regard à la place. Comment peut-il en être si sûr ? Connaissons nous réellement suffisamment ces créatures, pour pouvoir dire ça ? Je n’en sais rien, mais je ne peux pas y croire. Alors je ne parle pas, je le dévisage, résignée. Toujours aussi effrayée. Mais j’aimerai le croire, putain. Si seulement tu pouvais avoir raison… Si on pouvait en être certain. J’ai peur, Philippe, plus que je n’ai jamais eu peur. »
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMer 15 Oct - 20:58

Je tombais de fatigue, maintenant. Pourtant, je n'avais pas vraiment envie de m'endormir. Vous comprenez, avec tout ce bordel là dehors... Je vivais presque dans la hantise qu'ils entrent en m'entendant... J'avais peur de faire des cauchemars, et j'en faisais. J'anticipais le bruit que j'étais capable de faire en dormant, ou même simplement le hasard. Putain. J'étais capable de tous nous faire tuer parce qu'un connard de Z se serait cogné contre la porte et aurait donc décidé qu'il y avait quelque chose derrière. Pire encore, je n'étais pas dans un environnement un minimum familier, et nous avions été durement éprouvés. L'instant présent ne se prêtait pas vraiment non plus au sommeil... Pas du tout même. J'en avais gros sur la patate, et j'avais besoin d'un verre. Je m'étais surpris avec le temps, combien je pouvais me reposer sur le verre d'alcool quand la journée était dure. Juliette prenait ça pour un apéro, quand on sortait ensemble une fois le travail terminé. Les autres jours de la semaine, je prenais un verre ou deux au bar improvisé dans nos locaux. Avec les copains, ou tout seul. Parce que c'était le meilleur moyen que j'avais trouvé pour faire la paix avec moi même, avec toute cette merde que j'avalais à longueur de journée. Je proposais le même genre d'expédient à Eva. Chacun a son petit truc pour tenir en pleine fin du monde. Celui ci en vaut bien un autre. Eva semble se tortiller sur son siège, et serre ma main. Je sentais qu'elle en avait besoin, qu'elle avait besoin d'une épaule sur laquelle pleurer, quand bien même elle ne se laisserait pas aller jusque là.


Ma main commence sans doute à bleuir alors qu'elle la serre plus fort encore, et je l'entends prendre une grande inspiration. Elle inspire encore, et se lance. Les images de cauchemar qu'elle me raconte me touchent. Je me vois dans mon poste, avec des contaminés partout, parmi les prévenus, d'autres qui forcent l'entrée... Le carnage. Est ce que j'aurais faitpartie des premières victimes, au pays ? On disait que les flics avaient été décimés, comme les médecins, dès les premiers instants de l'infection. Eva avait été en première ligne dès le début... Et d'après ce que je comprenais, les choses avaient dégénéré très rapidement. Elle n'avait pu accorder la moindre merci à ceux qu'elle avait estimé ou aimé. Elle avait dû partir, quand son monde avait été emporté par la violence de la contamination. Eva se retrouve bien vite dans le même état que moi, et elle prend un peu d'alcool. Elle me lâche, ce qui me fait tourner le regard vers elle.



| On va tous les deux devoir vivre avec ça. Moi avec le fait que j'ai séparé les miens de nos familles, qu'on mourra loin des nôtres, à cause de tous les mensonges que j'ai pu dire. Et toi, parce que tu n'as pas pu les sauver. Franchement, je pense pas qu'on pouvait faire beaucoup plus. Toi surtout. Je suis désolé, ça a dû être vraiment horrible. Je serais presque content de ne pas avoir été en service à ce moment là... |


Je reprends la flasque, en engloutis une généreuse gorgée, la laissant presque vide.


| Je crois que j'ai réalisé ce que j'avais infligé à ma propre famille, quand nous étions à l'aéroport JFK, à New York. La Grande Panique avait éclaté quelques jours plus tôt. On devait nous rapatrier. La nuit précédente, j'avais dû sortir en vitesse ma famille de l'appartement qu'on nous avait assigné. Dans la rue, vos flics et vos gardes nationaux flinguaient tout ce qui bougeait, infectés ou non, ou embarquaient tout le monde. On a dû se frayer un passage... Ca a été terrible. Et à l'aéroport, pire encore. Des dizaines de milliers de personnes essayaient de partir, n'importe où sauf ici. On a vu notre avion décoller sans nous, alors que ses coursives étaient déjà envahies d'infectés en pleine transformation. Les flics ont tiré dans le tas, alors que les gens se grimpaient dessus pour s'enfuir, les contaminés se relevant en plein carnage pour attaquer et infecter les autres. A ce moment là, j'ai compris que j'arrivais en enfer avec ma famille au grand complet, par ma faute. Mais c'est aussi ce jour là, quand Juliette et moi nous sommes frayés un chemin au travers de la mêlée, que j'ai compris qu'on était capable d'y arriver. On peut survivre. T'as survécu à l'infection de toute une ville, de tous tes proches. Tu peux survivre à tout aussi. |


Je jette un coup d'oeil à sa blessure, du coin de l'oeil.


| Calmes toi, et reposes toi. Je suis là, et je compte pas m'en aller. Il faut qu'on dorme, maintenant. Qu'on essaie de se reposer un peu, parce que retourner vers les nôtres sera difficile en plein jour.


Je revisse le bouchon de ma flasque, la replace dans ma veste. J'attire à moi un coin de la couette d'Eva, bien assez grande pour nous deux même si nous étions assis sur des sièges différents.

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMer 15 Oct - 21:40

La tension allait avoir raison de moi. Quand elle n’était pas due aux Zack, à la fuite et à la crainte d’en devenir un, c’était celle causée par tous mes souvenirs qui me frappaient de plein fouet. Peut-être un jour serais-je, sinon réconciliée, bien moins atteinte. Peut-être n’en rêverais-je plus toutes les nuits. Peut-être. Mais là, le seul réconfort que je pourrais avoir me viendra de la bouteille que j’ai en main. C’est pathétique, dit comme ça. Mais qui peut réellement me juger ? Personne. Et personne ne sait mon addiction passée, mes déviances. Personne ne m’empêchera d’y replonger, si je perds bien. Peut-être bien devrais-je l’éloigner. Peut-être devrais-je faire preuve de la même volonté que j’avais affirmée, à l’académie de police, puis dans nos locaux, quand je laissais rien passer, pas une remarque déplacée. De la même volonté que j’avais eue, pour suivre la voie que je voulais. De la même volonté, lorsque j’avais refusé continuellement de boire, après le service, malgré la pression, malgré les brimades. Mais pas ce soir. Ce soir… J’avais besoin de ça, parce que c’était le seul réconfort que je pouvais tirer de tout ça. Parce que c’était peut-être ma dernière nuit sur terre. Alors pourquoi m’interdire quoi que ce soit ? Je ne suis pas dans une de ces soirées lycéennes, où tout le monde est supposé être sage, et où tout le monde finit déchirer. Par à une de ces soirées qui avait rythmées ma vie, quatre jours par semaine ou plus, pendant une longue et dévastatrice période. Je viens simplement d’échapper à la mort, et j’ai bien le droit d’agir comme je le souhaite. Pour peut-être ma dernière nuit sur terre.

Je profite de boire, pour détourner mon regard de lui. Je ne peux pas le regarder. Je peux à peine me regarder. Je ne perds pas une miette de ce qu’il dit, pourtant. Je ne pensais pas que ça serait si douloureux. Ils n’ont plus le reste de leur famille, mais ils sont ensemble. Philippe a sa fille, Juliette la sienne. Ils s’ont, mutuellement. J’inspire à nouveau, pour chasser le vague à l’âme. Je ne suis pas seule, pas après ce que Philippe m’a dit, je le sais, mais c’est différent. Je ne suis pas des leurs, pas vraiment, pour autant. Je n’en suis pas jalouse, ou peut-être bien, mais ça ne fait pas naître en moi de la rancœur. Tout au plus de l’envie. Je ne les en apprécierai pas moins. Et puis, il y a plus important. « Leur famille la plus importante est là… Même si c’est difficile. Et tu n’as pas à être désolé… J’ai décidé de sauver ma vie, plutôt que la leur, je mérite tout ça. Je ferai avec. Ca sera ma pénitence… »

Je reprends moi aussi une gorgée d’alcool, qui me brûle alors qu’il progresse dans mon corps. Peu importe. « Ca a du être éprouvant. Terriblement dur. Mais tu as fait ce qu’il fallait, tu les as sauvés. Tu les as sortis de là. Avec Juliette. Vous êtes soudés, et quoi qu’il arrive, une famille. Vous avez survécu à ça, avez réussi à vous évacuer d’une ville encore plus dense que la mienne, avec bien plus de gens… Vous survivrez, ensemble. Malgré tout ce que tu m’as dit. Et je vais essayer de te croire. C’est pas facile. »

J’acquiesçais, en l’entendant. Il avait raison, bien sûr. Et j’étais épuisée, physiquement, même si mon esprit faisait de la résistance. Sauf que je pourrais pas dormir, sur cette chaise de cuisine inconfortable. Qu’il le veuille ou non, j’irai sur le matelas, et il viendrait. Il faisait froid, et il allait attraper une pneumonie ou autre, qu’on ne pourrait peut-être pas soigner, s’il ne restait pas sous la couverture. Je prenais sa main, debout face à lui, la couverture restée sur lui et sur la chaise maintenant inoccupée, essayant d’ignorer ma semi-nudité à nouveau. « Je dormirai jamais là-dessus, et toi tu vas mourir de froid si tu n’es pas sous la couette, alors viens sur le lit. On est trop tendus pour faire abstraction du plus petit bruit, et toi comme moi on gardera nos armes à proximité. Et on veillera l’un sur l’autre. »

Je m’arrêtais encore, le regardant. Stressée. « Reste à côté, pour… Au cas où, on se tromperait. J’essaye de te croire, mais le petit doute, il est toujours là. »


Dernière édition par Eva McAllister le Jeu 16 Oct - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyJeu 16 Oct - 17:43

Je n'avais absolument aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. La nuit devait bientôt arriver à son terme, j'imaginais. Je ne savais pas plus à quelle heure nous étions partis de notre « camp ». L'approche des Z avait bien dû prendre un bon dix minutes, l'action pure au moins dix autres, la fuite pareil... Puis notre première étape, notre seconde fuite et notre mouvement jusqu'ici, plus toute cette discussion... Il allait sans dire à mon avis que l'essentiel du temps d'obscurité était derrière nous. L'horizon n'allait pas tarder à s'éclaircir, et dans quelques heures le jour se lévera pour de bon. Ce sera plus dangereux pour nous, mais nous serons aussi bien plus dans notre élément. L'obscurité fait naître en nous la prudence et la peur, qui ne sont pas toujours de mauvaises choses... Mais les contaminés, eux, ne sont pas handicapés comme nous pouvons l'être, par cette même obscurité. Ou en tous cas, ils ne se laissent pas affecter de la même manière. De jour, nous pouvons rétablir l'équilibre. Bref. Nous verrons bien. Il faut encore passer le reste de la nuit, et cela n'a rien de si facile... Là, Eva et moi sommes en train de tomber de fatigue, et la pression nous abat complètement. Nous en venons à dire des choses que nous pourrions peut être regretter demain. Mais pour le moment, cela me faisait simplement me sentir plus en paix. Peut être aussi, plus en symbiose avec ma propre nature. Je n'en savais rien, finalement. Tout était tellement confus dans ma tête...


Je n'avais pas non plus le moindre tact vis à vis de mon histoire, pas la moindre retenue. Je ne pensais même pas que je pouvais blesser Eva en lui parlant de ma famille, de mes problèmes de couple... Alors que tous les gens qu'elle avait connu étaient morts, ou infectés. Ce qui revenait fondamentalement parlant au même.



| Tu n'aurais rien pu faire de plus, Eva. Il est des désordres que l'Histoire ne permet pas de combler. |


Je ne savais même plus qui avait dit ça. Ecrivain, film ou un de mes profs, aucune idée. La moralité était qu'on ne pouvait pas toujours avec le meilleur contrôle possible sur les choses qui nous entouraient. C'était même plus souvent l'inverse qui se vérifiait... Je hausse les épaules à tout ce qu'elle dit sur moi, sur ma famille. Sur Juliette. J'ai du mal à voir de l'espoir là dedans, pas après tout ce que ma compagne a pu me dire. Notre éloignement me pèse, de toutes les manières possibles et imaginables. Je me sens seul, bien qu'entouré, j'ai l'impression d'avoir perdu quelque chose d'essentiel à mon existence. Et la pression sexuelle, bien sûr. Plus que jamais, j'ai envie d'évacuer toute cette tension, mais je n'ose même plus approcher ma compagne. Bref. L'impasse. Eva vient prendre ma main.C 'est marrant comment sa main peut être aussi douce, mais à la poigne aussi dure. Ces mains ont tué. Comme les miennes. Et elle est encore à moitié à poils. Je ne peux retenir mon regard un court instant, qui s'attarde sur ses courbes. Je me sens bizarre. J'ai envie de la suivre dans le lit. Je me lève.


| D'accord... |


Je pose ma veste sur l'accoudoir du canapé, mon flingue sur la tablette à côté. Je ne suis plus du tout fatigué, en arrivant près d'elle. Elle m'attire, c'est un fait. Mais j'ai Juliette. Et en plus, elle peut se transformer. Jamais je ne pourrais dormir. Je m'allonge tout habillé, plus par commodité qu'autre chose, mais aussi un peu par gêne.


| T'en fais pas. J'ai pas l'impression de partir. Par contre, demain matin, croissants et café, bien noir, s'il vous plaît. Bonne nuit. |


je me tourne de mon côté, n'essayant même pas de fermer les yeux, bien trop taraudé par les événements de la soirée pour fermer l'oeil

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyJeu 16 Oct - 21:21

L’Histoire ? Nous l’écrivons, la réécrivons peut-être, par le fait même que nous sommes encore en vie. Peut-être que rien n’aurait du se passer comme ça. Peut-être que j’aurai du me laisser aller, ne pas résister, m’offrir l’illusion dérisoire que je pouvais encore profiter de ma famille. Jusqu’à ce que je n’ai plus la moindre pensée cohérente, et dévaste tout et tout le monde. Je frissonne – pas de froid, j’ai relativement chaud, sous la couette. Non, je frissonne de terreur. Et j’ai paradoxalement la conviction que jamais je ne pourrai me laisser tomber comme ça. Je l’ai dit à Philippe plus tôt – je préférerai la honte du suicide, que celle de me laisser devenir une créature sans raison, prête à décimer toute un peuple sans même sans rendre compte. Mais je ne peux laisser ces pensées me parasiter. Pas alors que j’ai tant en tête, qui déjà me hante. Mais je ne réponds rien, le regarde brièvement, et hausse les épaules en me levant, en prenant sa main pour le convaincre doucement de me suivre. Essayer de lui imposer n’aurait fait que le braquer, mais je ne pensais pas qu’il me suivrait aussi docilement. Je lâche sa main et me penche pour saisir la couette tombée sur le sol, m’approchant du lit et la plaçant en bout, le temps qu’on s’allonge tous les deux.

Je suis mortifiée, à cette idée, même si je la sais indispensable pour que l’on puisse regagner des forces, même brièvement, même sans réellement dormir. Je peux toujours me débiner, dire que je me sens mal et occuper le fauteuil sur lequel il se trouvait. Ou dire que je veux dormir à l’étage, seule. Pour me remémorer ma famille – c’est intime, il n’oserait pas s’imposer à moi, dans de telles circonstances, si ? Je secoue la tête, à ma propre attention. Bien sûr que si. Simplement pour s’assurer que je ne mute pas, et que je ne mets pas fin à mes jours en sautant de la fenêtre, m’empalant sur quelque chose, me flinguant parce que je n’allais à coup sûr pas lui laisser mon flingue… Non, jamais ça ne serait possible. Mais jamais je ne pourrai rester sereine, à le savoir si près de moi.

Par peur de le contaminer – on ne savait pas comment le virus se propageait réellement, après tout -, mais surtout parce que je me savais à même de faire une connerie. Putain, pourquoi il avait que je me blesse et qu’on se retrouve là, seuls tous les deux ? Et qu’il me suive docilement ? Pourquoi avait-il refusé de prendre ce lit et de me laisser sur le fauteuil ? Je devrais peut-être m’attacher toute seule à un truc, et jeter la clef n’importe où, comme ça il n’y aurait aucun problème. Il me tuerait avant même que je me transforme, mais ça serait tout aussi bien. Ou peut-être que si je buvais assez, je serai trop déphasée pour faire quoi que ce soit. C’était pas l’idée la plus brillante, mais j’avais rien d’autre à l’esprit. Je soupirais, assise sur le bord du lit, et me relevais pour chercher la bouteille, et en boire une longue rasade. Je la lui tendais, de dos, préférant ne pas le regarder. Et si je faisais semblant de m’endormir, de tomber du lit, et de pas me réveiller ? Ca serait bien, aussi, non ?

Je m’allongeais, alors que je le sentais se saisir de la bouteille, me mettant à un millimètre du bord, pour ne pas l’importuner, et rabattant la couette sur nous. Il faisait froid, bordel. Signe que la nuit était bien installée. Je me retournais un instant, pour voir qu’il tournait le dos. Sur une impulsion, je reprenais sa main. J’avais encore peur, plus que tout, même si j’essayais de pas. Même si j’essayais, comme je lui avais dit, de croire que je devenais rien. Que je restais moi.

« Si t’as l’impression que je vais te mordre, tu peux m’lâcher, hein. A moins que ça soit ton truc… »

Petite pique d’humour, ratée peut-être. Pas sûre que le ton lugubre soit de bon ton, pour aller avec une plaisanterie. Pas sûre que mes mots aient pas dépassé ma pensée. Ou peut-être qu’ils l’ont trahie. Mais bon.
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyVen 17 Oct - 9:09

J'entends Eva bouger derrière moi, et je sens au poids qui se concentre derrière le bas de mon dos que la flic doit être assise. Ben quoi ? Elle a fait des pieds et des mains pour que l'on se couche, et maintenant elle hésite ? C'est elle qui l'a voulu, pourtant. Et qu'elle me fasse pas le coup de se sentir coupable elle aussi, sinon on n'en sortira jamais. Ici, le seul qui devait se sentir mal c'était moi. Voir ses jambes mises à nues, me mettre à imaginer son corps... Voilà qui ne faisait rien pour soulager ma très mauvaise conscience. D'un autre côté, j'étais parfaitement incapable de bouger. Je ne voulais pas me l'avouer, mais je sentais de plus en plus mon attirance pour Eva. Franchement, quel homme resterait indifférent à ce genre de situations ? Nous venons de risquer nos peaux, nous sommes éreintés, à cran, nous avons partagé un moment très fort de camaraderie et de confiance, et nous sommes unis dans l'appréhension du sort qui est le sien. Et puis, Eva n'était pas le laideron de l'équipe, hein... Une fille grande, bien bâtie mais qui restait très féminine dans son apparence. Une conjonction de force terrible, mortelle même, couplé à une fragilité certaine. Cela faisait se sentir proche d'elle... Et puis voilà, quoi. On a tous nos limites. J'avais déjà eu ce genre de sensation, ce genre de pulsion même, quand j'avais dû planquer avec une collègue. On n'avait rien fait, bien sûr. Même maintenant, j'aimais Juliette, et je ne concevais pas l'infidélité comme le moteur d'une relation épanouie. Mais là, j'avais vraiment envie, le désir sexuel montait en flèche, et plus j'y réfléchissais, moins j'étais capable de me dire que c'était une mauvaise idée.


Même si ce n'était qu'une pulsion.


Même si demain je le regretterais.


Même si Juliette me repoussait, même si elle ne semblait plus vouloir partager ce genre de moment avec moi.


Eva me tend une bouteille d'alcool que j'attrape. Son plan, c'est de se souler pour éviter de ressentir la peur ? On avait déjà bu. Je me redressais sur le côté, appuyé sur l'un de mes coudes, pour avaler une généreuse gorgée d'alcool.



| Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée de boire. On aura peut être besoin de tous nos moyens, avant la fin de la nuit. |


puis, je sens la main d'Eva qui cherche la mienne, sous la couette. Mon cœur fait un bond, et je sens la douce chaleur du désir se répandre partout dans mon corps. J'étais à deux doigts de faire une bêtise, là. Et ses paroles ne faisaient rien pour me calmer. Je me retourne vers la jeune femme.


| Si tu savais... |


J'avais envie de l'embrasser, là maintenant. Cela me faisait me sentir incroyablement bien, mais terriblement mal aussi. Je ne lachais pas sa main. Je déglutissais.


| Je... Je devrais peut être quand même dormir sur le fauteuil, Eva. J'ai pas l'habitude de dormir avec une femme qui n'est pas la mienne, et tu voudrais pas te réveiller en pleine nuit avec un type à moitié endormi et à moitié saoul qui te tripote... |


je riais nerveusement. J'essayais d'utiliser l'humour comme défense, et je ne savais pas si... J'espérais que mon désir ne s'entendait pas dans ma voix.

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyVen 17 Oct - 22:09

Pas une bonne idée, de boire ? Pour notre efficacité, certainement pas. Pour ma tranquillité d’esprit, bien plus. Mais je sais, que ça serait une connerie. Mais je sais aussi que si je ne m’assomme pas assez, ça sera une autre connerie, que je ferai. La présence de Philippe à mes côtés me trouble, bien trop. Fait monter en flèche le désir que je cache tant bien que mal – plus mal que bien, alors que je saisis sa main, m’essaye à une plaisanterie sérieuse en bien des sens. Bien trop sérieuse, sous tous les points. Pourquoi avais-je dit ça ? Peut-être que je devais apprendre à me taire. Et je devais définitivement taire ce que je ressentais, l’oubliais, même. Sauf qu’il s’était retourné, parlant de manière aussi ambiguë que moi, ne lâchant pas ma main.

Je me mordais l’intérieur de la joue, sans détourner mon regard. Peut-être que j’aurai pas du m’allonger, au final, et encore moins saisir sa main. Mais elle me faisait du bien, c’était bien de la sentir, là, dans la mienne. C’était réconfortant, et plus. Je brûlais de briser la distance, et de saisir ses lèvres. De pas rester seule, pour cette peut-être dernière nuit. J’avais plus peur, plus vraiment. Moins peur, en tout cas, que je ne me sentais coupable d’avance. J’étais pas comme ça. Je poussais pas les hommes des autres au vice… Alors pourquoi j’en avais autant envie, et que j’étais tellement incapable de lâcher sa main ?

Je grimaçais, en le voyant déglutir, sachant que ce qu’il allait dire n’allait pas me plaire. Je reprenais la bouteille de ma main libre, buvant une nouvelle rasade, pour supporter ce qu’il allait me dire. Et une deuxième, pour la forme. Parce que je me sentais très très mal, là. A l’entendre. A penser à sa femme… Une troisième gorgée, parce que jamais deux sans trois ? Non. Pas encore. Ou pas du tout. Il se serait arrêté là, ça aurait été très bien. Me balancer qu’il y avait sa femme, qu’il aimait. Sauf qu’il n’y avait pas que ça. Il y avait lui, qui parlait de me tripoter. Qu’est-ce qu’il en savait, que je voulais pas, au final ?

Et puis… Pourquoi il semblait aussi gêné que moi, avec son rire bizarre ? Putain, dans quel bordel je nous avais mis ? « Bah peut-être que tu te réveilleras en pleine nuit avec une femme à moitié endormie et à moitié saoule qui te tripote… » J’étais bien trop sérieuse, alors que j’embrayais sur ses propres paroles. Alors que j’essayais de plaisanter, mais que je trahissais juste surement l’envie que j’en avais. Elle serait bien, cette troisième gorgée, là, finalement. Je buvais, encore. Et je posais la bouteille, avant d’embrasser Philippe. Voilà. J’ai pas assez bu, pour m’abrutir et me faire tomber comme une masse. Je devrais peut-être reprendre la bouteille, maintenant. Peut-être que comme ça, je finirai par oublier. Que j’ai embrassé l’homme de quelqu’un d’autre. Que je suis qu’une connasse, au final. Peut-être que je pourrais me convaincre qu’il n’y a rien eu. Je me séparais de ses lèvres, et reprenais une gorgée, avant de lui tendre la bouteille.

|HJ| Qu'Eva l'embrasse ou non s'est joué à pile ou face, tu peux remercier Roxie. So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 2667491445
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 21 Oct - 9:38

Ce n'était pas une bonne idée, mais alors pas du tout. On allait droit dans le mur, là. Si je considérais tout de même qu'un homme et une femme puissent être amis sans penser au cul qu'il pourrait y avoir entre eux, je pensais que se retrouver à deux, crevés, éprouvés et pour partie dénudés n'était pas vraiment une bonne idée pour sauvegarder la paix des ménages. Ce qui fonctionnait en temps normal très bien sur le terrain, soit ma collaboration avec Eva, semblait s'approfondir plus encore pour dépasser le cadre d'une simple relation d'utilité ou de travail. Les choses devenaient pas dangereuses, pas pour notre santé ou nos chances de survie, mais bien pour la relation que je partageais avec Juliette. Il ne fallait pas oublier que la tentation et la luxure sont bien souvent les facteurs aggravants de tensions et de rupture pour nombre de couples : combien en avais je vu se déchirer, voire basculer dans le drame dans le cadre de mon travail, pour des histoires de fesse ? Eva était une femme très attirante, c'était indéniable. Et la force, la puissance des choses que nous partagions au quotidien depuis des jours ne renforçait que plus fortement encore cette attirance que nous ressentions. Je connaissais aussi le piège de sentiments libérateurs, comme ceux que nous ressentions actuellement. Après avoir échappé à tous ces infectés, les choses prenaient un tout autre visage...


Je sais en plus que je ne rends pas Eva indifférente. J'en ai souvent eu le vague sentiment, mais maintenant les choses deviennent de plus en plus claires. Peut être est ce le fantasme de l'étranger, du type qui vous sauve la vie, je n'en sais rien, mais tous ces regards glissent vers quelque chose qui n'est plus très innocent, vers quelque chose de plus proche, plus intime. Eva n'arrêtait plus de boire ; elle allait très vite devenir ivre avec le peu de forces qu'il nous restait, la fatigue comme la pression, ainsi que la faim qui nous tiraillait et contribuait à nous affaiblir. Et voilà qu'elle réplique, lâchant la vérité crue sur ce qu'il se passait. Elle voulait... Elle me voulait moi. Et moi aussi, je la désirais. Eva boit, encore, et pose la bouteille avant de m'embrasser.


Je me laisse totalement faire. Je réponds au baiser, même, ma main libre se posant sur sa joue, son cou, sa nuque. Elle met fin au baiser, alors que j'ai le cerveau qui ne fonctionne plus. Une douce chaleur se répand dans mon corps tout entier, et j'en veux plus. IL m'en faut plus. Je repousse sa main me tendant la bouteille et me penche sur elle, l'embrassant avec fougue, cherchant ses lèvres, sa langue. Ma main lâche la sienne et vient rejoindre sa sœur sur le bassin et le bas des côtes de la flic. Je me laisse entraîner, l'embrasse encore et encore, et alors que mes mains glissent sous son haut, touchent sa peau...


Je m'arrête, je me fige.


J'ai un goût de bile dans le fond de la bouche. Le rythme de nos baisers diminue, jusqu'à ce que j'arrête, je me décolle du corps de la policière, et me tourne du côté du canapé.



| Je ne peux pas. Je ne peux pas, Eva, je suis désolé. J'en ai envie. Mais j'en ai pas le droit. Je peux pas faire ça à Juliette. Il ne reste plus grand chose entre elle et moi, mais je peux pas faire comme s'il n'y avait plus rien. Je suis désolé, je ne peux pas. |


Très remonté contre moi même, je me lève non sans fureur, retire ma veste et en m'asseyant sur le fauteuil tout proche, je la cale contre moi, comme une couverture. Fâché contre moi même, mes instincts et ma faiblesse, contre Eva qui faisait ressortir tout ce que je ressentais, contre Juliette, qui provoquait cette situation en m'éloignant d''elle plus que je ne l'avais fait moi même. J'avais envie d'Eva ; personne n'aurait rien su... Mais le faire dans les circonstances présentes n'aurait pas été respectueux ; elle n'aurait été qu'un exutoire.


| Ne t'en veux pas. C'est ma faute, ce qu'il arrive. Et je le désire aussi. Mais je ne peux pas, pas dans les circonstances présentes. Nous devrions dormir... |

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMar 21 Oct - 23:23

Je sais que je n’aurai pas du faire ça, jamais. Je le sais aussi sûrement que je connais mon prénom. Je n’ai pas pu m’en empêcher, pourtant. Ce n’est pas l’alcool, qui m’embrouille le cerveau malgré tout, qui m’a fait céder à mon impulsion. Non, c’est tout. Ce à quoi on vient d’échapper, l’attirance que j’éprouve pour Philippe et que je cachais tant bien que mal, notre proximité, ma solitude aussi… Je n’aurai jamais du insister, pour qu’il me rejoigne, peu importe le besoin qu’il avait de dormir réellement. Peu importe le besoin que j’avais de ne pas me sentir seule, alors que j’affrontais ma plus grande peur. J’étais une grande fille, j’avais toujours géré seule, et je pouvais le faire encore. Si seulement… Boire était une très mauvaise idée, mais aurait pu être l’exutoire dont j’avais besoin. Si seulement ma main n’avait pas cherché la sienne, s’il n’avait pas laissé sa propre main dans la mienne, s’il n’avait pas embrayé sur mes propos maladroits avec une plaisanterie qui sonnait trop vraie… Si je ne m’étais pas écoutée, rien de tout cela ne serait arrivé. Si je n’avais pas eu l’idiotie d’embrayer encore sur ses paroles, l’idiotie de lui avouer sans le vouloir tout le désir que je ressentais. Je devais garder mes distances, il n’était pas libre.

Et pourtant, je lui rendais ses baisers, alors qu’il saisissait à nouveau mes lèvres. Je laissais tomber la bouteille, pour poser mes mains sur son corps, alors que lui-même découvre le mien, sous mon haut. Ma torpeur se dissipe, en l’instant. Je voudrais m’arrêter, mais j’en suis bien incapable, bien trop distraite par l’instant présent. Ce serait me mentir, de dire que je ne l’ai pas voulu. Mais pas dans ces conditions. Pas comme ça. Je n’en ai pas le droit. Et lui non plus. On ne peut pas. Je m’apprête à le repousser, alors que lui-même se fige. J’éloigne mes lèvres, alors que lui me tourne le dos un bref moment. Je ferme les yeux, accablée. Accablée par ce que j’ai fait, la honte que j’en ai. Jamais, jamais, je n’aurai fait ça. J’ai fait plein de choses dont je ne suis pas fière, mais toucher au mec d’une autre, jamais. Et jamais cela n’aurait du arriver. Je ne suis rien de plus qu’une traînée. Je n’ai plus rien à faire ici. Mais je ne peux pas partir, pas maintenant.

« Je te le demande pas. J’aurai jamais du… faire ça. Jamais. Je suis désolée. »

Et je le suis. Sincèrement, plus que je ne l’ai jamais été, à part peut-être quand je suis retournée voir ma famille, après avoir pris conscience de mon attitude. A part peut-être du fait que je suis une meurtrière, qui les ai assassinés. Une meurtrière, et maintenant, je poussais à l’adultère. Elle était belle, ma morale. Déviante, et probablement écrabouillée. Je n’étais rien de plus qu’une catin sans foi ni loi, sans aucun respect, et sans la moindre inhibition. Peut-être aurais-je du me tirer cette balle, quand j’ai souligné la possibilité de le faire. Peut-être aurais-je du enlever un peu de la gangrène qui évoluait sur cette planète, avant d’oser juger les zombies. Je ne valais pas mieux – au moins, eux, n’étaient-ils conscients de rien, pas plus qu’ils ne l’avaient choisi.

« Arrête. Je suis fautive, et tu le sais. Et ne me dis pas que tu le désires aussi. Tu n’en as pas le droit, et moi non plus. Je t’ai poussé à agir ainsi, et ça ne se reproduira plus. Tu m’oublieras bien vite, et tu arrangeras les choses avec Juliette. Avec Chloé. Et tu les défendras. Moi… Moi, je partirai. Demain, une fois revenus, je prendrais ce que je peux dans la maison que j’occupe, de quoi survivre jusqu’à rencontrer d’autres survivants, et je partirai. Ils ne sont pas loin, ceux que nous avons repérés. Mais jamais je ne te pousserai à agir comme ça. Je partirai, c’est la seule possibilité. » Parce que sinon, je ne pourrai pas résister. Je me tais, toutefois. Je laisse ma phrase en suspend, je ne poursuivrai pas ce que je dis. Il n’en a pas besoin. Il n’a pas à savoir. Il n’a pas à être d’accord, non plus. Et je semblerai peut-être ingrate, mais je m’en fous. Je ne peux pas rester avec eux. Je ne peux pas briser la quiétude du groupe. Je ne peux pas être une source de tension. Non, je partirai. Je soupirai, et, alors que je le fixais dans la pénombre, distinguant difficilement sa silhouette, je me détourne, me rallonge, dos à lui. Je ne peux le regarder. Je ne peux faire abstraction de sa présence, mais inutile de m’obliger à le voir. « Réveille moi dans une heure, je te lasserai le canapé lit. Tu dois dormir aussi, mieux que sur ce fauteuil. On alternera. Et ça n’est pas sujet à discussion. » Ce n’était pas comme si j’allais réellement dormir, de toute façon. Je le ferai se lever, et prendre le lit.
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyLun 27 Oct - 15:54

Les choses sont allées trop loin. Oui, nous avions toutes les excuses du monde pour le faire. Mais avoir des excuses ne suffit pas. J'essayais d'assumer ce que je faisais et qui j'étais. J'essayais de faire en sorte d'être un homme, un compagnon digne de Juliette et le père que Chloé méritait. Je ne voulais pas me laisser embarquer dans les pires histoires, et je savais d'expérience que les histoires de cul étaient justement ce qu'il y avait de pire pour des familles, qui se déchiraient à cause de l'erreur d'un seul. Je ne voulais pas être celui là... Et pourtant... On en revenait aux excuses. Qui 'nen étaient pas vraiment. Circonstances atténuantes, oui j'en avais des tas. Mais la vérité, c'était qu'Eva m'attirait beaucoup. Elle était une femme forte, indépendante. Incroyablement sexy ; j'avais toujours été attiré par les femmes à poigne. Physiquement très attractive, elle ne me jugeait pas ni ne me soupçonnait pas sans arrêt. Juliette était depuis longtemps dans une attitude de froide distance avec moi. Elle n'avait plus confiance et cela gâchait entièrement notre vie de couple. Eva s'appuyait sur moi, elle me laissait entrer dans ses pensées. Oui, j'avais envie d'Eva. Mais malheureusement, pour tout un tas de mauvaises raisons comme de bonnes, et les mauvaises ne feraient que gâcher le tout. Je ne pouvais pas lui infliger l'affront de la déshabiller, de la baiser, pour ensuite faire comme s'il ne se passait rien.


Le problème était que maintenant, il était incroyablement difficile de revenir en arrière.


Nous nous étions embrassés, nous nous étions effleurés, empoignés. J'avais envie de plus. Même si mon esprit disait non, j'avais bien du mal à me contenir. Je voulais me perdre avec Eva, en elle. Je voulais qu'il arrive ce qu'il devait arriver. Elle aussi en a envie. Elle s'excuse. Ces mots me font mal.



| Non, ne t'excuses pas, c'est ma faute. |


Moi qui l'avait déshabillée, moi qui l'avait regardée comme ça. Elle s'accable de reproches. Eva avait raison, je n'en avais pas le droit. Maintenant, je ressentais de la colère. A cause de moi, elle voulait partir maintenant. Même si elle se détourne, je la contourne et vais me placer accroupi, face à elle.


| Tu ne dois pas te sentir coupable, jamais. Je serais mort depuis longtemps sans toi, ma famille serait probablement morte sans toi. Alors tu ne partiras pas. J'ai... J'avais envie de ça. J'avais envie de toi. C'est ma faute si les choses vont si mal avec Juliette, mais tu ne mérites pas de tomber entre les pattes d'un connard qui sait plus où il en est avec sa famille. Tu dois me pardonner pour cet instant de faiblesse, Eva. Tu dois me pardonner. Mais tu ne peux pas nous abandonner. Sans toi, sans ta détermination, on ne tiendra pas plus de quelques jours. |


je soupirais, et détournais les yeux.


| On doit oublier ce qu'il vient de se passer. Tu as dit que tu survivais grâce et pour des gens comme nous. Continuons. C'est la seule manière d'y arriver. On ne veut pas te perdre. Je ne veux pas te perdre, pas pour un moment d'égarement... |

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyLun 27 Oct - 21:42

Ma culpabilité, tout autant que ses mots, m’étaient insupportables. J’étais la seule fautive, parce que j’avais initié le baiser, je n’avais su ignorer le désir et l’affection que j’avais pour lu. Je n’avais su rester dans mon coin, je n’avais su regagner ma quiétude sans le contact de sa main. Je n’avais pas été capable de faire taire mon inquiétude et mon besoin de réconfort. Non, rien de tout ça. J’avais été faible, j’avais cédé à une attitude qui ne devait pas être, encore moins maintenant. Céder à tout ça, c’était signer ma fin. Mon arrêt de mort, peut-être. Certainement pas une survie dans des conditions optimales, en tout cas. J’aurai du partir il y a bien longtemps. Avant de m’attacher. Avant de me lier à eux. Dès que j’avais compris que la simple entraide à parts égales n’était plus ma motivation. Mais non, j’étais restée. Et j’en payais le prix. Philippe en payait le prix, par ma faute. Parce que j’avais saisi ses lèvres, je lui avais avoué de manière trop claire sous la plaisanterie, mon attirance. Je me haïssais, plus que tout. Rien ne justifiait mon attitude, rien ne l’expliquait. J’avais mal agi, envers lui, envers Juliette, envers Chloé, envers Gabriel aussi. Envers le groupe. Et malgré ça, malgré la honte cuisante et la haine, j’avais encore envie de lui. Mais il était hors de question que je laisse encore parler cette envie déplacée.

Je soupirais, en l’entendant réitérer sa culpabilité. Qui leurrait-il ? Personne. Lui peut-être, et encore, je n’en étais pas certaine. Il devait bien se rendre compte que j’étais la cause de tout cela. Et si ça n’était pas le cas, je lui ouvrirai les yeux. Je lui montrerai, que je n’avais que mal agi. Il devait comprendre. Je sursautais très légèrement, le voyant face à moi, et reculais beaucoup plus brusquement. Il était très bien, sur son fauteuil, pourquoi se rapprochait-il ? Avait-il la moindre idée de la difficulté que j’avais à rester stoïque, à ne pas le rejoindre et à ne pas l’embrasser à nouveau ? N’en avait-il rien à faire ? Je ne comptais pas me donner l’occasion de refaire une telle connerie. Je me sentais déjà bien assez mal comme ça. J’aurai peut-être du le repousser, lui faire comprendre de garder ses distances – peut-être que ça l’aurait énervé, et convaincu de laisser tomber. Mais ça, je ne le saurai pas. Je ne comptais pas me rapprocher pour le pousser, et m’éloigner à nouveau.

« Je le suis. Que tu le veuilles ou non, je le suis, contrairement à toi. C’est de ma faute. Et tais-toi. Ne reparle pas de l’envie que tu en as ou en avais. Tu ne peux pas te permettre d’avoir une telle envie, alors oublie la. Elle n’est rien, de toute façon, quant à l’amour que tu portes à Juliette et à Chloé, à Gabriel aussi. Et je n’ai rien à te pardonner. Je le voulais, tu n’as pas cédé parce que tu le souhaitais. Je t’y ai poussé, et je le regrette. Arrête de me demander l’impossible. C’est moi, que je ne peux pardonner. Mais je ne peux m’ôter la vie, n’est-ce pas ? Voix morne, sarcastique, désabusée. Ca serait presque pratique, que je sois une putréfiée en devenir. Plus de problème, comme ça. Ma détermination, Juliette l’a aussi. Repose toi sur elle, mais tu ne peux pas compter sur moi. Plus compter sur moi. Vous êtes ensemble, vous avez Chloé pour vous soigner, Violet pour se battre. Teresa, aussi. Vous y arriverez. »

Moi pas. Je ne vivrais surement plus longtemps. Mais ma survie n’était rien, comparé à la leur. Comparé à leur sérénité. Je culpabilisais, de vouloir partir. Il jouait dessus, sans même s’en rendre compte. Je serrais les dents, et me détournais, incapable de le fixer.

« Arrête. Je ne peux pas raisonner comme ça. Ma survie n’a aucune importance. Et je ne peux pas faire comme si de rien n’était, comme si ça n’était qu’un moment d’égarement. Je n’aurai jamais du, non, mais ça ne veut pas dire que c’est quelque chose d’insignifiant, sans aucune importance. C’est comme ça, tu n’y peux rien. Et moi je dois partir. Vous vous débrouillerez sans moi, sans problème. »
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyLun 27 Oct - 23:01

Bravo Philippe, t'as tout gagné à penser qu'avec ton membre. Maintenant, regardes le résultat. Eva semblait totalement troublée et perdue. Elle réagissait comme... Comme je sais pas. J'avais envie de dire comme une femme, mais je serais bien incapable de dire comment une femme était sensée réagir dans ce genre de situation. Tout ce que je savais, c'était que je m'étais loupé, comme d'habitude. J'avais encore mis les pieds dans le plat, mais plutôt que de le faire en douceur j'avais comme qui dirait sauté à pieds joints dedans. Et maintenant que l'action était passée, que la voix d'Eva se faisait moins forte et plus troublée, j'avais aussi plus de mal à la comprendre. Je comprenais bien qu'elle continuait de s'accabler de reproches, de se dire encore une fois que tout était sa faute. Elle m'y avait poussé ? Mais non, pas du tout. Et puis quoi ? C'était un baiser, hein, rien de plus. Ok, on avait failli faire une connerie, mais c'était pas comme si on s'était fait piquer en train de violer une mamie, hein ! Fallait quand même relativiser, dehors c'était un peu la fin du monde, fallait pas trop s'en faire non plus hein. Et voilà qu'elle parle de suicide, et qu'on peut y arriver sans elle. Je perds patience, et savoir que ça n'avait rien d'insignifiant ne m'engageait pas à m'arrêter là, comme ça.


Je prends son visage entre mes mains, la force à me regarder dans les yeux.



| On s'est embrassé. Ca arrive, quand deux personnes partagent un moment fort. C'est humain. |


Je soupire, en la lâchant.


| Putain, mais moi j'ai flippé ma race, hein! | ajoutais je en français.


je reprenais, sans détourner les yeux.


| On va pas se flageller pour un moment d'égarement. Oui, ça veut peut être dire plus. Et alors ? L'un de nous deux doit mourir pour ça ? Souffles un coup, et reposes toi. Ce qu'il s'est passé est ma faute. Franchement... Je me sens proche de toi. Beaucoup plus proche que de Juliette, en ce moment. Mais je n'ai pas à jouer avec toi. Tu n'as pas à subir les contrecoups de ce qui arrive dans ma vie. On est des professionnels, n'est ce pas ? Notre boulot, c'est de protéger des gens. C'est exactement ce qu'on va faire. D'accord ? |


Je ne me voyais pas dire autre chose. J'avais envie d'Eva, j'avais envie d'elle, là tout de suite maintenant. Bien sûr, que ça se voyait. Sinon elle n'aurait rien tenté. Mais j'avais des choses à régler. J'aimais Juliette plus que je désirais Eva. Personne ne devait pâtir de cette situation à cause de moi. Si quelqu'un devait partir, ce n'était certainement pas la jeune américaine qui avait tant donné pour nous ce soir. Mais je voulais croire qu'avec un peu d'autodiscipline et du dialogue, on pouvait remonter la pente.

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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyLun 27 Oct - 23:52

J’essaye de me soustraire à l’étau de ses mains qui enserrent son visage, de fuir le contact qu’il veut établir, sans succès. Je ferme les yeux, d’abord, avant de réaliser oh combien stupide et puéril c’est. Je ne le regarde pas droit dans les yeux pour autant, même si je n’arrive pas à éviter son regard non plus. Quoi, maintenant, il peut pas me laisser tranquille ? Je secoue la tête, quand il la lâche. Quoi, parce que ça arrive, je devrais l’accepter ? Je devrais ne pas me sentir coupable ? Je devrais laisser passer, et oublier ? Juliette laisserait-elle passer, elle ? Non. Que l’on ait vécu quelque chose de fort, quoi que l’on ait été amenés à partager ensuite, à échanger, ça ne justifiait rien. Si ça n’avait impliqué que nous, alors oui, ça aurait pu arriver. Mais là… Non, je ne pouvais l’accepter, je ne pouvais croire en la façon si simple qu’il avait de présenter les choses. Parce que ça n’était pas si simple. Ca ne serait pas si simple. Jamais.

J’aurai pu parler, sauf qu’il reparla en français. Putain, ce que ça m’énervait ! Il savait que je comprenais pas, en plus. A croire qu’il le faisait exprès. Je croisais les bras, bien décidée à montrer que je ne le laisserais pas arranger les choses à sa sauce, que je n’acceptais et ne croyais pas ce qu’il disait. C’était un tas de connerie, c’était tout. Pas la réalité, pas quelque chose de crédible, juste ce qu’il disait pour se rassurer comme il pouvait, comme si on avait pas merdé.

« Tu m’emmerdes. Tu peux dire ce que tu veux pour ta conscience, si ça marche tant mieux, mais ça marche pas sur moi. C’est peut-être qu’un baiser, mais tu le sens pas, que tu as trompé Juliette ? Qu’elle le prendra pas comme ça, elle ? Moi non plus je le prends pas comme ça. Je suis une connasse qui te pousse à l’adultère, c’est tout. J’ai pas dit que je voulais mourir, juste que si j’étais un cadavre, ça serait plus simple. »

Je laissais échapper un rire jaune. Plus simple d’annoncer que j’avais été bouffée par ces horreurs, que d’avouer que je l’avais embrassé. Putain.

« Et je t’ai déjà dit que t’avais pas à dire ça. C’est peut-être vrai, et alors ? Ca fait quoi, cette proximité ? C’est elle que t’aime, Chloé la considère comme une mère, tu considères Gabriel comme ton fils, tu crois que ça importe ce que tu penses de moi ? Si t’es borné à dire que c’est ta faute, bien, mais arrête. Arrête d’insulter Juliette, en nous comparant. Arrête de me faire culpabiliser encore. »

Je soupirais. « Et tu m’emmerdes, parce que t’as raison. Oui je suis une professionnelle, oui j’ai juré de protéger les gens. Oui, je vous protègerais. Mais je serai que ça, une professionnelle. Dors, maintenant. »

Je me levais, pour me recroqueviller sur le fauteuil, en boule. J’étais plus petite que lui, largement, je pouvais, en toute relativité, me mettre plus à mon aise sur le siège. J’avais froid, par contre, toujours à moitié dessapée. Mais je m’en foutais, j’avais mon orgueil, et je n’irai pas chercher cette foutue couverture. Pas plus que je ne retournerai sur le lit.
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MessageSujet: Re: So Take This Night [Livre I - Terminé]   So Take This Night [Livre I - Terminé] - Page 4 EmptyMer 29 Oct - 11:33

Il fallait que je parvienne à la convaincre. Les femmes dramatisaient toujours tout. Je savais que mon souci c'était peut être que je ne les dramatisais pas assez. Il fallait que je fasse plus attention. Mais ce qui autrefois était préjudiciable à mon couple dans un contexte de vie normale ne l'était probablement plus aujourd'hui. Nous ne pouvions plus vivre comme autrefois. Aujourd'hui le pire qui pouvait nous arriver n'était pas une séparation. C'était se faire dévorer vivant, ou pire encore, revenir. Devenir soi même infecté par cette peste d'un nouveau genre qui décimait l'humanité. Ça, c'était le pire. Comparé à ça, que pouvait valoir un baiser, une pulsion charnelle ? Cela ne remettait pas en question l'amour que je portais à Juliette ; c'était ma compagne elle même qui mettait ces beaux sentiments à rude épreuve, je dirais même plus que c'était son propre manque de confiance qui atténuait l'indéfectible loyauté que je ressentais auparavant pour elle. A vous faire passer toujours pour le dernier des connards, elle avait un don incroyable quand il s'agissait de vous faire culpabiliser, et j'en avais assez. Si je passais trop de temps et dépensais trop d'énergie à m'auto flageller, je n'allais pas tarder à me faire infecter. Et voilà qu'Eva faisait aussi des pieds et des mains pour rendre les choses plus difficiles qu'elles ne l'étaient déjà. Et voilà qu'elle essayait de me culpabiliser à mon tour. Ce qui marchait très bien,mais je ne pouvais pas m'offrir le luxe de remords.


Me cracher à la figure que j'avais trompé Juliette, ce n'était pas le meilleur moyen d'avancer. Je soupirais. Je prends la couette et lui jette dessus, tandis que je me blottis sous ma veste.



| Très bien, bonne nuit. |


Je n'étais pas en colère, j'étais las. Pourquoi les choses devenaient sans cesse plus compliquées ? Ca en devenait carrément insupportable! Maintenant, il fallait que je laisse faire le temps, il fallait qu'on se repose. Peut être que demain, on y verrait un peu plus clair. Peut être que demain, nous serons morts.

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