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Le mécanisme du Clivage
MessageSujet: Le mécanisme du Clivage   Ven 22 Juil - 15:52

Les nuages recouvrent le ciel d’un voute épaisse et cotonneuse. Ils se parent d’un gris lourd, pesant, qui donne à la journée des airs d’éternel crépuscule. La forêt qu’il faut traverser pour rejoindre l’autoroute à dut être belle, agréable, accueillante. Avant, quand le monde n’était pas malade, quand la neige ne faisait pas crisser les pas des randonneurs pour trahir leur position, quand les arbres ne projetaient pas des ombres qui pouvaient cacher des choses mortes et pourtant mobiles, ces mêmes choses qui se mettaient à vous poursuivre pour vous dévorer à l’aide de leurs dents rouges sombre, tachés d’un sang ancien et coagulé. Une époque ou vous n’aviez pas peur que les branches basses ne fassent comme des bras noueux de vieillards tentant de vous agripper alors que vous cherchiez à échapper à une horde de cadavres dégénérés. Il fallait être dingue pour se balader ici depuis la Grande Panique. Jena avait rechigné, comme à son habitude, quand Mimi avait insisté pour qu’elles y aillent ensemble.

-« T’as qu’à y aller avec Jav’ ! Il est toujours partant pour que vous puissiez vous isoler du groupe tous les deux, non ? Il a des problèmes d’érection en ce moment ? »

Miria aurait-elle insisté malgré l’agressivité de sa sœur ? Jena n’en savait rien. En fait elle avait elle-même retourné sa veste assez rapidement, en s’excusant sans laisser le temps à Miria de l’envoyer se faire voir. Miria avait plus de répartie qu’elle, entre une dispute qu’elle n’avait pas envie d’avoir ajouté à une fin humiliante à la conversation, tout ça pour éviter une sortie qu’elle ferait de toute façon avec un autre membre des égarés, elle avait vite fait son calcul.

Et elle était là. A marché dans la neige à travers la forêt, en jetant des coups d’œil inquiets dès qu’un bosquet imitait une forme un peu étrange, un peu tordue, un peu morte. Un vent froid gémissait dans les branchages des épineux et brassait de la poussière de neige sur son passage. Jena avançait en enroulant ses bras autour de sa taille pour serrer une veste trop grande pour elle en daim, fourré d’une épaisse doublure en laine, mais rien d’assez chaud pour la préserver de ce froid mordant. Bha, du moment qu’il n’y avait que ça qui la mordait aujourd’hui. Elle portait un leggings noir brillant, un de ses tight de trainning qu’elle avait pour la fac et des boots fourrés qui lui remontait mi-mollet.

Si le départ c’était fait sans un mot la plus jeune des deux sœurs avait vite brisé le silence. La plus part du temps pour se plaindre d’ailleurs. Même si la famine qui avait touché les égarés étaient derrière eux –pour combien de temps encore- la faim était un souvenir encore trop vivace pour Jena. Outre le froid, le terrain rendue difficile par le manteau de neige qui le recouvrait et l’idée de rejoindre l’autoroute qui déplaisait à la jeune femme il y’avait une de ces phrases mitraillées qui revenait en boucle.

-« J’ai faim ! »

Jena fit une pause juste à l’aurai d’une petite clairière qui s’ouvrait devant les deux filles. Un grand arbre avait chuté en travers et barrait l’espace enneigé d’un tronc épais et marron qui amassait la poudreuse sur son flanc comme un cadavre inanimé. La jeune femme se massa le mollet. Même si Miria était la plus âgée, la plus maline, la plus intelligente, la plus courageuse, la plus gentille et nia nia nia… Jena était la plus rapide et la plus endurante. Elle n’allait pourtant pas trop vite car elle n’aimait pas la distance qui pouvait la séparer de la seule chose rassurante ici. Putain qu’est ce qu’elle pouvait aimer et détester Miria, et les deux en même temps. Ca portait un nom en psychologie ce phénomène paradoxal. Mais sur le moment elle n’en avait rien à foutre.

-« Tu sais, si on retrouve ma carte étudiante on pourrait faire un truc qui ferait plaisir à tous le monde. » Expliqua-t-elle à sa grande sœur tandis que celle-ci la rejoignait à la lisière de la clairière. Celle-ci était éclairé par un faible rayon de soleil blanchâtre qui, par miracle, arrivait à percer la couche de nuage qui se mouvait lentement au dessus de leurs tête.

-« On pourrait aller au Mc-do avant de revenir. J’avais des réductions. On prendrait un menu pour chacun et on reviendrait avec tous ça. Et tu sais quoi on se prendrait un super déssert rien que pour nous. Du genre… »

Jena lève les yeux pour y chercher souvenir et inspiration.

-« Un Sunday, avec beaucoup, mais alors beaucoup de chocolat. Une tonne de chocolat, tu vois ? »

Comme elle est en train de se donner faim, et qu’elle passe le bout de sa langue sur ses lèvres Jena décide d’arrêter son délire ici. Elle tourne un regard amusé et espiègle sur sa sœur en espérant qu’elle sourit elle aussi. Mais il y a un autre sujet qu’elle veut aborder avec elle, puisqu’elles sont toutes les deux là, loin du groupe.

-«  T’es heureuse avec Jav’ ? » Demande-t-elle à la volée, un peu brutalement. Elle ne savait pas comment poser la question, alors elle le fait comme on arrache un sparadrap. Elle aimerait vraiment comprendre ce que Miria trouve à ce mec.
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MessageSujet: Re: Le mécanisme du Clivage   Sam 23 Juil - 22:03

Dire que c’était compliqué était un euphémisme. Avec Jena, c’était un pas en avant, deux en arrière. Et j’avais beau essayer, qu’importe la manière, elle parvenait toujours à se braquer ou à trouver un moyen de… Bah d’être chiante en fait. Je sais, je sais. C’est de ma faute. Y a pleins de choses que j’aurais dû faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire. Mais au bout d’un moment, il allait bien falloir qu’elle fasse aussi des efforts non ? Je veux dire, tout faire pour me faire chier, c’est une chose, mais si jamais il se passait quelque chose, si j’étais plus là, oui, il y aurait John, mais quand même, il fallait bien qu’elle apprenne, qu’elle avance non ? Je ne pouvais pas la protéger de tout, tout le temps. Quand bien même je le voudrais, quand bien même j’essayais malgré tout. Et elle n’avait plus 8 ans. Elle ne pouvait se permettre ce genre de caprices et de colères, surtout pas alors que la mort accompagne littéralement chacun de nos pas.
Et puis, il faudrait bien qu’elle finisse par comprendre que je n’avais pas eu le choix. Parce que même si elle ne disait rien, je sais très bien que c’est ça. Ce que je comprends. Et je m’en veux déjà bien assez pour ne plus supporter sans cesse ces reproches silencieux et accablants. Si John et Léon ont compris et acceptés, s’ils me soutiennent même, c’est loin d’être son cas à elle. Mais je comprends malgré tout. C’est juste d’autant plus difficile.

J’inspire profondément, finissant de ramasser mes affaires, m’encourageant intérieurement pour aller lui proposer pour la énième fois une sortie, même si le temps est encore une fois pourri. Mais bon, au moins, avec le froid et la neige, on n’a plus de zacks à l’extérieur, et ça, c’est inestimable… ou presque.  Parce que du coup, ça nous prive autant de sources animales ou végétales de nourriture, et on n’est pas vraiment en forme de base, alors forcément… Mais bon, voir le côté positif des choses, c’est bien mieux, n’est-ce pas ?
Et je la fixe en clignant des yeux alors qu’elle m’envoie proprement bouler. Elle est sérieuse là ? Ma mâchoire se crispe. Si elle commence comme ça, on ne va pas aller loin, parce que je ne vais pas le supporter longtemps, malgré tout l’amour que j’ai pour elle. Mais je n’ai pas le temps de répondre, tant mieux, qu’elle s’excuse et accepte même. Bien.

Le fusil sur l’épaule, je lui jette de fréquents et rapides coups d’œil alors qu’on avance dans la forêt. La neige fait crisser nos pas et j’avoue que dans le silence ambiant, ce n’est pas des plus discrets. Mais il n’y a pas grande crainte à avoir. Sauf si on tombe sur des humains… Mais on les entendrait aussi, faut voir le bon côté. Et il faut que je lui trouve des vêtements chauds, des vrais trucs chauds du coin, elle va finir congelée sinon à ce rythme-là.

Je grimace alors qu’elle prend la parole. Oui, on avait tous faim. On mourrait tous de faim. Littéralement aussi. Je crois qu’on avait fini par faire le tour de toutes les planques possibles autour du camp. La forêt en soi n’était pas une mauvaise idée. Même si on trouverait rien dehors, y avait pas mal de cabanes de chasseurs et autres cabanons plus ou moins à l’abandon. On ne savait jamais… Elle s’arrête devant une petite clairière, avant de reprendre sur le même ton. Je ne sais pas trop si je dois être agacée de l’entendre dire de telles sottises, ou être rassurée qu’elle puisse encore dire de telles sottises. Sans doute un mélange des deux, comme souvent avec elle. Mais je prends le parti d’en rire, ou du moins, d’en sourire.

« Du caramel, perso, avec une tonne de caramel qui te coule sur les doigts, mais je vois tout à fait oui. Et des machins au lion dessus. » Je la regarde, souriant toujours, lui rendant son regard espiègle. « Quoique je serais plus partante pour un bigmac chaud et un café tout aussi brulant. Oh, et un muffin au chocolat, ils étaient bons aussi leurs muffins… »

Oui, il faut être idiotes pour parvenir à se donner encore plus faim ainsi. Comme si on avait besoin de ça. Quoique ne n’était pas forcément une mauvaise idée les fast-foods, avec la tonne de produits chimiques qu’ils mettaient dans leurs produits, on pourrait peut-être encore trouver quelques rares trucs. Pas de glace non, mais les pains peut-être ? Et du café, il doit y avoir des stocks de café… Bon, après, je doute qu’on soit super bien accueillis, et ce n’est pas vraiment le genre d’endroit facile d’accès, ou d’où on peut sortir facilement… J’y penserais quand même.

Et je stoppe alors qu’elle me sort à nouveau une phrase venue de nulle part. Enfin, une question en fait. Je lui jette un regard, me demandant si c’est vraiment ce qu’elle veut savoir, si ça l’intéresse vraiment de savoir si je suis heureuse ou non. Je lui souris, en hochant doucement la tête.

« Oui… Oui, je le suis. » Je la dévisage avant de hausser les épaules. « C’est compliqué. IL est compliqué, et la situation l’est tout autant, alors les deux combinés… Mais… Je sais qu’il tient à moi, qu’il m’aime, même s’il n’est pas très doué pour le montrer. »

Je regarde autour de nous tout en parlant, et je finis par soupirer. Ce n’est pas une question innocente je le sais bien. Est-ce qu’elle veut vraiment savoir ? Ou juste comprendre ? Ou juste pour faire genre de s’intéresser ? Quelle que soit la raison, au final, je suis trop bêtement heureuse qu’elle me parle pour ne serait-ce que songer à ne pas répondre vraiment.  
Je reporte mon attention sur elle, la tête penchée sur le côté.

« Je sais bien que tu ne l’aimes pas, et c’est compréhensible. Mais… Je ne sais même pas vraiment pourquoi, ni quand je suis… tombée amoureuse de lui. A la cabane, quand je le soignais et que j’ai réussi à parler avec lui, oui… plutôt que de fuir comme à chaque fois que j’étais face à quelqu’un, comme je faisais avant. Dès le début… Je me suis sentie bien avec lui. » Et il était aussi seul que je pouvais l’être. Même si je vous avais, même si je vous ai. J’étais pas vraiment seule, mais pourtant, sa présence m’a fait du bien, vraiment. Mais ça, je ne le dirais certainement pas… « C’est grâce à lui si je peux parler facilement à Philippe, ou même à Chloé, aujourd’hui. Je sais pas comment ça ce fait, mais… C’est le cas. Enfin, pas que lui, y a tout le reste aussi, tout ce qui s’est passé, mais… il m’aide.
Et oui, j’ai autant besoin de lui que de vous pour être heureuse. C’est vous qui me permettez d’avancer Jena. Vous tous. C’est pour vous. »


Pas pour moi. Parce qu’on soit bien d’accord, si j’avais été seule, j’aurais clairement laissé les parents ou Alice me… Non. Je n’aurais pas pu les laisser comme ça. Mais je les aurais suivis. Oui, on va revenir sur des sujets moins glauques, parce que là…

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MessageSujet: Re: Le mécanisme du Clivage   Lun 25 Juil - 10:58

- « Oui… Oui, je le suis. » Miria dévisage sa sœur, qui lui rend son regard avec un scepticisme affiché. « C’est compliqué. IL est compliqué, et la situation l’est tout autant, alors les deux combinés… Mais… Je sais qu’il tient à moi, qu’il m’aime, même s’il n’est pas très doué pour le montrer. »

Pas doué pour le montrer. Bien sur. Jena n’a pas besoin de réfléchir longtemps pour se faire son propre avis. Elle-même à eue pas mal de mecs à la Fac. Elle les a multipliés, même, jonglant de l’un à l’autre sans jamais trop se soucier des conséquences. Elle n’est pas si différente aujourd’hui qu’elle ne l’était à l’époque. Elle a parfois été cruelle, elle doit bien le reconnaître. Mais elle sait aussi ce que c’est d’être amoureuse. Elle a été amoureuse, une fois. C’est un secret qu’elle a gardé pour elle car il révélerait un fragment de la personnalité de Jena qu’elle ne veut pas dévoiler, surtout pas à Miria, John ou Léon. Elle en a souffert quand sa relation c’est arrêté. Oh bon dieu, oui. Elle avait le cœur en miette et la conviction que jamais elle n’arriverait à s’en relever. Elle savait ce qu’était l’amour, à son petit niveau, du côté de celui qui aime autant que du côté de celui qui joue. Pour elle Miria se plante sur toute la ligne. Celle-ci reporte son attention sur sa soeur en penchant la tête sur le côté.

- « Je sais bien que tu ne l’aimes pas, et c’est compréhensible. Mais… Je ne sais même pas vraiment pourquoi, ni quand je suis… tombée amoureuse de lui. A la cabane, quand je le soignais et que j’ai réussi à parler avec lui, oui… plutôt que de fuir comme à chaque fois que j’étais face à quelqu’un, comme je faisais avant. Dès le début… Je me suis sentie bien avec lui.  C’est grâce à lui si je peux parler facilement à Philippe, ou même à Chloé, aujourd’hui. Je sais pas comment ça ce fait, mais… C’est le cas. Enfin, pas que lui, y a tout le reste aussi, tout ce qui s’est passé, mais… il m’aide.
Et oui, j’ai autant besoin de lui que de vous pour être heureuse. C’est vous qui me permettez d’avancer Jena. Vous tous. C’est pour vous.
»

Jena laisse un ange passé le temps de digérer ça. Elle fait une espèce de grimace et reprends la marche. Le temps ne va pas allez en s’arrangeant et la nuit va tomber vite au vue de la couverture nuageuse qui surplombe toute la ville. Le pire avec cette neige c’est qu’on ne sait jamais s’il n’y a pas un « autre » qui attend, là-dessous, congelé, la bouche ouverte, les dents prêtent à se refermer sur une cheville comme un piège à loup mortel. Ces trucs peuvent rester des jours entiers sans bouger, sans faire un bruit, simplement à regarder le rien. Ils n’ont, du vivant, que la rage et l’appétit. Ces saloperies !

-« Tu veux avoir mon avis ? » Demande Jena en s’arrêtant prêt de l’arbre qui est tombé en travers de la clairière. En fait elle se moque un peu que Miria le veuille ou pas son avis, elle a bien l’intention de le lui donner car, si elle ne se trompe pas sur un point c’est celui-là, elle n’aime pas Javik. Ce type ce la joue survivant, elle se demande même s’il n’aime pas ce monde pourrie dans lequel évolue le groupe, depuis trop longtemps. Mais le plus gros problème ce n’est pas ça, ce qui inquiète vraiment Jena c’est la faculté de Miria à sacrifier les siens. Elle a changé depuis New-York, depuis cette nuit ou maman est rentré de l’hôpital avec le bras bandé.

-« Tu te goure, oui, tu te goure sur toute la ligne Mimi. Tu crois que tu l’aime mais ce n’est pas vrais, c’est juste… » Jena regrette presque aussitôt ce qu’elle va dire, mais parfois il vaut mieux faire un peu mal que de garder ces choses pour soit, puis regretter ensuite de n’avoir rien dit. « …c’est juste que tu étais seule avant, puis le monde est devenus dingue et là tu as changé. T’as pété un câble et tu as changé parce que ce monde là… » Jena englobe la clairière d’un geste de la main « Il nous change, ce monde. Tu as dut te dire que Javik, comme il lorgnait sur toi, c’était le bon type pour réussir la seule chose que tu n’avais pas encore réalisé dans ta vie d’avant. »

Le plus dur arrive et Jena, avant de prononcer les mots qui suivent, déblai la neige du tronc de l’arbre. C’est plutôt une façon de fuir le regard de Miria que vraiment par nécessité. Elle n’a pas envie de voir la colère, ou les remontrances, elle veut juste lui ouvrir les yeux sur ce qui est vraiment important.

-« Et lui s’il est compliqué et qu’il n’exprime pas grand-chose c’est surement pour une bonne raison, Mimi. Ce mec est un opportuniste. Si tu n’étais pas là il nous aurait déjà abandonné depuis des semaines. Et encore, si tu ne l’avais pas aidé il nous aurait peut-être buttés pour récupérer nos affaires, le jour ou on l’a rencontré. Il joue peut-être au prince charmant avec toi, mais ce genre de mec n’a qu’une chose en tête, soi même. »

Jena relève son regard vers sa sœur. Elle est prête à l’affronter. Quelques flocons se mettent à tomber doucement, leur douceur exagérée contraste avec la tension qui est en train de naître dans la clairière.

-« Putain Miria, avec ce qui c’est passé chez Papa et Maman j’ai même peur qu’il te retourne la tête et qu’un de ces jours vous décidiez qu’on est de trop, qu’on pèse trop lourd et qu’on prend trop de place avec Léon. John nous laissera pas, lui, ça j’en suis certaine… Mais toi ? »

Un oiseau se met à chanter, puis s’envole en passant au dessus des cimes des arbres, au dessus des deux filles, mais Jena ne lève pas les yeux.

- « Et quand le monde sera redevenue comme avant, tu crois qu’il va rester avec toi ? Tu penses que tu vas rester avec lui ? Sérieusement ?! »
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MessageSujet: Re: Le mécanisme du Clivage   Ven 29 Juil - 21:47

Même sans la connaître, j'aurais pu lire le scepticisme autant dans son attitude que dans son regard. Je ne sais pas trop ce qu'elle croit, ce qu'elle pense savoir ou autre, mais je sais d'ores et déjà que non seulement, elle ne me croit pas, mais  qu'en plus ça ne lui plaît pas , voire que ça la saoule. Pourquoii ? Qu'est-ce que ça peut lui faire ?
Et je serais tentée de lui dire non, que j'en ai un peu rien à faire de son avis sur le sujet, parce que ça ne la regarde pas et que je suis bien assez grande et responsable pour savoir ce que je veux et ce que je fais merci bien. Mais je suis censée être plus mature que cela, même si évidemment, pour une fois qu'elle semblait décidée à faire quelques efforts et à sortir de son marasme avec moi, ça aurait bien trop demander que d'avoir une conversation agréable et posée avec elle. Peut-être aurais-je dû m'en douter. Mais j'avais sottement espéré qu'elle serait juste heureuse ou qu'elle voudrait essayer d'avancer.

D'accord, si j'avais pensé  durant quelques secondes qu'elle pouvait effectivement véritablement s'intéresser à tout ça, à moi, sans penser à autre chose, je m'étais trompée, et pas qu'un peu.
Dès qu'elle prononce sa première phrase, je sais que je ne vais pas aimer ce qu'elle va dire. Chacune son tour oui sans doute. Pourtant moi, je ne l'ai jamais jugé, je ne lui ai jamais rien reproché, ni avant toute cette merde, ni après, ni maintenant.  Qu'elle m'appelle Mimi ne change rien, n'arrange rien. Même si j'ai tendance à revoir la petite gamine qui me courrait après quand on était petites, je sais bien que ce n'est plus ce qu'elle est.

Et je sens ma mâchoire qui se contracte malgré moi. Pourtant, je la laisse parler. Je fronce les sourcils, la dévisageant alors qu'elle parle de moi, et de Javik, comme si elle savait ce qui s'était passé, comme si elle me connaissait et qu'elle avait forcément raison. Mais c'est faux. Elle a tort. Et je me rends compte que non seulement elle ne me connaît absolument pas , mais qu'en plus oui, elle se permet ouvertement de me juger et de se monter un tableau de toute pièce.
Changé ? Moi ? J'aurais dû la laisser se faire bouffer par celle qui nous avait appris à parler ? Par celui qui nous avait appris à faire du vélo ? Non. Ils étaient déjà morts. Et jamais je n'aurais pu laisser les personnes qui m'ont élevé rester à errer comme des monstres sans âme. Pourquoi ne peut-elle comprendre cela ?
J'ai tellement envie de rire, peut-être croit-elle savoir certaines choses sur Javik, mais elle est loin du compte. Jouer au prince charmant ? Lui ? Mais moi, je sais, et je sais déjà tout ce qu'elle dit, je sais bien mieux qu'elle ce dont il est capable, même si je sais qu'il a changé aussi depuis...

Je la fixe un instant, les yeux écarquillés, sans pouvoir réagir alors qu'elle poursuit. Je savais qu'elle m'en voulait, qu'elle m'en tenait rigueur, mais si j'avais pensé qu'elle en était là... Comment peut-elle oser croire...
Je souffle un rire dénué de joie, regardant autour de nous, avant de secouer la tête. J'inspire profondément, rivant mes yeux  aux siens,et je déglutis difficilement avant de lui répondre.

« Tu as fini ? C'est... ce que tu penses ? D'accord... Je... »

Je secoue à nouveau la tête. Et à la douleur qu'elle puisse penser cela se mêle de la colère. Et je ne suis pas sûre qu'elle soit ravie de savoir que le seul qui ait réussi à me mettre autant en colère qu'elle à l'instant, c'est justement celui dont elle parle. Et je ne peux plus la regarder, parce que je sais que mon regard est bien trop dur, alors je baisse les yeux, observant les flocons se perdre dans la neige déjà présente.

« Je me trompe moi ? Parce que je suis amoureuse de quelqu'un que tu n'apprécie pas ? Parce que tu crois savoir mieux que moi ce que je ressens ? Parce que tu crois me connaître ? Ou le connaître lui ? Tu crois pouvoir juger les autres, du haut de tes 20 ans ? Tu crois pouvoir comparer tes quelques expériences, qui n'ont rien à voir, avec nous, avec moi ? Tu crois savoir ce que j'ai pu vivre ? Tu te fous de moi ? »

Je relève les yeux vers elle, essayant de me calmer. Parce que je ne veux pas réellement m'énerver contre elle. Malgré tout ce qu'elle a dit. Ou peut-être que si. Elle n'a pas le droit de parler comme ça. Elle n'a pas le droit de sortir de telles horreurs, d'un air si calme et si détendu. Elle ne peut pas penser cela et continuer à me regarder si tranquillement. Et malgré moi, je reprends la parole, alors que chacune de ses phrases tournent en boucle dans ma tête.

« Oui, je lui ai sauvé la vie. Et oui, si c'était à refaire, je le referais. Que ce soit lui ou un autre. Parce que je refuse de devenir comme tous ces connards qui n'en ont rien à foutre des autres, et qui se contentent de survivre. Des mecs comme lui oui. Mais tu sais quoi ? Je sais comment il est, ce qu'il est, ce qu'il a fait, et je crois même savoir mieux que toi ce qu'il ferait si je n'étais plus là. Il n'a rien d'un putain de prince charmant. Et tant mieux, les princes charmants sont des connards narcissiques et manipulateurs. Et accessoirement sans doute morts aujourd'hui. »

Sérieusement, je vais vraiment continuer à lui répondre ? Ah oui...

« Dis-moi. Dis-moi ce qu'il s'est passé ?! Tu as vu papa avec le ventre à moitié ouvert ? Tu as vu maman la bouche pleine de sang, les yeux déjà opaques ? Tu as vu Alice avec la gorge à moitié arrachée ? Non, sans doute que non, parce que tu étais déjà prostrée à terre. Ou parce que Léon t'a emmené pour te mettre à l'abri.
Tu sais quoi bordel ? Ce n'était plus eux ! Ils étaient déjà morts ! Ce qui a été... notre mère a bouffé Alice putain ! Et j'aurais dû les laisser ? Les laisser te bouffer toi ? Ou Léon ? J'aurais dû les laisser comme ça, devenus des putains de zombies sans âmes ?
Mais non. Toi, tu as décidé que j'avais tort, que j'étais un monstre, une meurtrière ! Tu n'as pas plus cherché à comprendre ou à voir ce que ça m'avait fait à moi putain !
... Et là... Tu... Comment tu peux seulement penser... Je fais tout ce que je peux depuis le début pour vous protéger tous les trois et... comment tu peux... »


Respire, idiote, respire. J'essuie les larmes qui sont apparues alors que je mentionnais nos parents et Alice. Un jour, ça fera sans doute moins mal, n'est-ce pas ? Tu étais vraiment obligée de lui balancer tout cela comme ça ? Aussi durement ? C'est Jena, elle est juste perdue et en colère et... Non, elle n'est pas juste ça. Elle va trop loin. Elle fait trop mal.
Je la dévisage, redevenant plus abasourdie qu'en colère, en quelques secondes.

« Mais bordel, Jena, ouvre les yeux ! Regarde autour de toi ! Tu crois que le monde va redevenir comme avant ? Je suis positive, mais putain, Jena, dans quel monde tu vis ?  

Tu sais quoi ? En vérité, ça ne lui viendrait même pas à l'esprit de chercher à se débarrasser de vous. Alors la seule pensée qui me vient là à l'esprit, c'est de me demander à quel point toi, qui n'a pas confiance en moi, y a pensé ? »


Et si elle y a pensé, à partir, en a-t-elle parlé à John et Léon ? Mais non, ils ne me laisseraient pas. Ils savent bien eux.
Mais elle... Seigneur, elle dit que j'ai changé, mais elle... comment... Je la dévisage, cherchant à comprendre, comme si j'allais enfin trouver un moyen...
Comment je suis censée la protéger si elle est persuadée de ça ? Si elle est convaincue que je finirais par l'abandonner, ou pire, comment je peux prendre soin d'elle hein?

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